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Petite visite du musée de l'informatique à la Défense

Nicolas.G le 12 juin 2007 (21 181 lectures)
Vincent Audigier : Bonjour Philippe, on a entendu que tu es Président de l'association AntéMémoire, mais comment t’est venue l’envie d’ouvrir un musée ?
Philippe Nieuwbourg : Ben tu vois, quand j’étais petit, je détestais les musées dans lesquels mes parents m’emmenaient. Je pouvais difficilement faire autrement que d’ouvrir le mien. (rires) En fait, je suis journaliste informatique avec 20 ans de métier. Pas spécialiste hard, hein. D'ailleurs, le musée est venu de ce que je donnais des cours d'informatique, et je me confrontais à l’incompréhension des élèves, j’ai voulu mettre en avant l’histoire de ces technologies. La collection a commencé par des machines offertes que j’entassais dans mon garage. Puis, ce fut la véranda, et enfin un entrepôt, parce que ça va vite et que ça prend de la place. Aujourd’hui, j’ai 700 machines.
 
Musée Info
Philippe Nieuwbourg

Nicolas.G : On dit que les femmes et l’informatique ne font pas bon ménage. Toi, t'ouvres un musée : tu cherches les embrouilles ?
Philippe N. :  (mort de rire) Ben tu vois, la mienne au contraire m’a apporté son soutien et a toujours appuyé cette initiative. Dans son esprit, comme pour moi, l’idée de montrer l’évolution des choses, de combler le vide face à l’absence de savoir dans ce domaine de l’histoire s’imposait.

Musée InfoVincent Audigier : Tu es en partenariat avec le ministère de l’Enseignement supérieur ?
Philippe N. : Exact. (blanc) Ah, c’était une question ? (rires) Oui, ce qui m’a marqué, c’est qu’en BTS informatique on n’étudie pas l'histoire. Quand l’Osborne de 15 kg sans DD ni batterie est arrivé, il était révolutionnaire pour son concepteur. Et les suivants ont voulu être encore plus révolutionnaires. Ce qu’on voit ici, c’est dépassé et has-been. Mais ça motivera la création informatique du futur. Les vieux nostalgiques qui traînent ici ne sont pas notre cible. L’idée serait plutôt d’offrir un support de cours, pour appuyer une découverte des machines, ce qui n’existe pas encore en France.

Nicolas.G : Dis carrément que les vieux t’ennuyent.
Philippe N. : Eh non, mais tu me cherches ? (rires)

Vincent Audigier : Et si tu balançais un peu, pour nous dire qui t’a mis des bâtons dans les roues ?
Philippe N. : Les premiers, ce sont les hyper spécialistes. Ici, je réunis 50 ans informatiques sur 400 m². Pour eux c’est trop rapide comme présentation. Il faudrait 400m² sur l'histoire de la disquette... Ceux-là me gonflent un peu. Le toit de l’Arche, c’est 20 000 personnes par mois, des visiteurs étrangers, vieux, des jeunes, des familles. Il fallait que ce soit une visite qui soit accessible au grand public.

Nicolas.G : Bon, je te fais redescendre de ton petit nuage. La suite de ton expo, c’est quoi ?
Philippe N. : T'as pas écouté la fin du discours ?
Nicolas.G : Euh... Nan ?
Philippe N. :  Le musée va devenir permanent et l’on va multiplier par trois la surface au détriment des artistes contemporains, qui deviendront nos ennemis. Enfin à la base, la Grande Arche devait être un carrefour communication. Mais ça n’a jamais marché.
Nicolas.G : Et tu présumes pas un peu de ce que tu peux faire, toi ?
Philippe N. : La différence avec ceux qui avaient autant de légitimité que moi, c’est que je n’ai pas attendu qu’on me tende la main. Et je me suis lancé.

Musée Info
Facétieux Vincent

Vincent Audigier : T’as une machine préférée ?.
Philippe N. :
Le modem acoustique ou Osborne. Imagine qu’en 1981 ça valait des milliers de dollars et que celui à qui la boîte en avait fourni un était considéré comme les possesseurs de BlackBerry aujourd’hui.

Musée InfoNicolas.G : Et pourquoi t’arrêter en 90 ?
Philippe N. :
Franchement à partir de là, le design n'a pas changé : les portables ont tous la même tête. Et puis la seule société qui a vraiment fait des efforts m'a pas assez payé pour que je lui consacre plus de 3 machines. Mais c’est surtout que Apple - pour ne pas les nommer - n’accepte aucune manifestation qui met en perspective l'histoire de la boîte. Ils ont un gros souci psychologique avec ça. Apple, c’est l‘iPod, l’iPhone, mais également une histoire avec des hauts et des bas. C’est l’euphorie chez eux. Ils ont changé de design, changé d’optique commerciale, changé leurs modèles...

Nicolas.G : Dans l’oreillette, on me dit que Jobs a aussi changé de fournisseur de drogue...
Philippe N. :
(mort de rire) Ça, j’ai pas d’infos. Mais en tout cas, Apple veut paraître comme une société jeune, et surtout ne pas être assimilée aux dinosaures, genre Bull, HP ou IBM.

Vincent Audigier :
Et les constructeurs t’ont prêté du matériel ?
Philippe N. :
Pardon ? Aucun ! Français ou Américains, ils n’ont aucun pouvoir de décision pour faire quoi que ce soit. Aucun ne s’est bougé à la création du musée, pour rechercher dans les vieux stocks, ou trouver de vieilles machines. Enfin, maintenant que c’est parti, certains se bougent un peu...

Vincent Audigier :
Et la pièce la plus chère ?
Philippe N. :
Je peux pas vous le dire sinon je serais obligé de vous tuer. Il y a des pièces chères, mais la plus grosse est évaluée par le contrat d’assurance à 100 000 €.
Nicolas.G :
Ah, ben pour l'arnaque à l'assurance on va s’arranger après.

Musée Info Musée Info

Philippe N. :
Le problème est qu’il n’existe pas de marché comme il existe un marché de l'art. Un Amiga 500 n’a aucune valeur sauf celle des frais de transport. Ce qui coûte ce sont les modèles des années 40/50. Ça a une véritable valeur, mais pas de marché : les fous que ça intéresse n'ont pas les moyens.
Nicolas.G :
Mince, pas moyen de lancer un marché du faux de l'informatique.
Philippe N. :
(mort de rire) Une idée à lancer peut-être. Bon, on va aller se boire une coupe de champagne ?
Nicolas.G :
Ce serait pas de refus
Vincent Audigier :
Non merci, je conduis. Merci pour cette interview.
Sommaire
  • 3. interview de Philippe Nieuwbourg, fondateur du musée