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Le mode "shuffle" (aléatoire) de l'iPod remis en question

L'Ipod aurait-il des préférences musicales à l'instar son propriétaire ? ...

L'Ipod aurait-il des préférences musicales à l'instar son propriétaire ? Si cette question peu paraître saugrenue, il n'en demeure pas moins qu'elle fait l'objet d'un véritable débat sur beaucoup de forums de discussion spécialisés. La fonction shuffle (mode aléatoire) focalise d'ailleurs toutes ces discussions.

Le mot « aléatoire » en l'espèce n'est pas à prendre dans sa définition la plus stricte car il n'existe pas de hasard à proprement parler en informatique. Pour simplifier et ne pas rentrer dans des considérations trop difficiles (comme la complexité de Kolmogorov qui pourrait prouver l'existence d'un aléa au sein d'objets finis...), il convient de prendre un exemple simple. Le résultat d'un tir de dés par un Homme et un programme informatique ne sont pas comparables.

Il apparaît que l'individu qui lance le dé ne sait pas quel résultat va apparaître (exception faite des dés pipés) car le processus de lancement fait entrer de multiples facteurs en jeu – l'humeur du lanceur qui influe sur la position initiale de la main et du bras, la distance entre l'organe préhensile et le support de réception, la position de la main au moment du lancement du dé etc... – alors que le logiciel ne peut suivre que ses propres instructions et quelques éléments exogènes. Ainsi, l'heure est souvent utilisée en informatique pour générer de l'aléatoire, à travers des algorithmes plus ou moins complexes. Mais ces éléments exogènes sont tous rationnels et, a priori, prévisibles (C'est ainsi que le tirage du loto se déroule toujours de façon si pragmatique).

Cette mise au point est importante pour comprendre le désarroi de certains utilisateurs qui pensent que l'option shuffle de leur Ipod permet à ce dernier d' « écouter » ses morceaux de musique préférés ! L'exemple de Bob Angus est révélateur de cette constatation. Celui-ci possède en effet une seule chanson de Ruben Studdard (Chanteur américain dont le rythme est assez langoureux...) parmi les 20 gigaoctets de son Ipod et constate qu'elle est jouée à chaque fois qu'il fait du sport en salle de gym. Ainsi déclare-t-il dépité : « Il n'y a rien de pire quand vous fournissez un effort intense et que Ruben [commence à être joué], mais il semble que ça m'arrive toujours. »

Un message posté sur le site MacSlash.org rapporte la même problématique : le mode « aléatoire » de l'Ipod choisit-il les musiques en fonction de leurs qualités esthétiques ? Ainsi, toutes sortes de théories plus ou moins réalistes sur le type d'algorithme utilisé par l'Ipod émergent-elles sur des forums consacrés, ce qui fait sourire Stan Ng, Directeur Marketing de l'Ipod chez Apple pour qui ce mode « (...) est vraiment aléatoire (sic). » Il ajoute d'ailleurs pour se justifier : « Quand vous activez le mode shuffle, cela créé une liste aléatoire de toutes les musiques de votre Ipod sans répéter une seule chanson. »

Cependant, cette explication se heurte aux expériences quotidiennes comme celle de Dan Cedarholm (Webdesigner au Massachusetts) qui est persuadé que son Ipod aime le groupe de punk indien Fuagazi. Il ne possède en effet que deux chansons de ce groupe et celles-ci sont joués de manière largement* disproportionnées par rapport à la mémoire du baladeur. M. Cedarholm semblait avoir trouvé la solution en les supprimant de l'Ipod mais s'est rendu compte que ce dernier s'était rabattu sur les Pixies...


Revere Greist, pour qui l'Ipod serait un fan de 50 cent... - © Alex di Suvero for The New York Times

Or, il arrive même que l'Ipod ait les goûts de son propriétaire, comme en témoigne le doctorant Revere Greist, passionné de cyclisme amateur. Son Ipod jouerait ainsi le titre « In da club » de 50 Cent au moment opportun pour lui redonner de la motivation lors de ses quinze kilomètres hebdomadaires.

Quelle explication donner à tout cela ? L'algorithme de l'Ipod (tenu secret par la firme Apple) sélectionnerait-il les chansons en fonction de leurs rythmes ? Ou alors « oublierait-il » les chansons délaissées par la fonction skip ? La seule chose certaine est que ces exemples illustrent une tendance à l'anthropomorphisme des appareils électroniques de la vie courante. En donnant des goûts musicaux à l'Ipod, on le dote par voie de conséquence d'une conscience, d'une âme. Ce cas ne sera sûrement pas le dernier et est peut-être un conceptat de feu le Tamagoshi enfouit profondément dans l'inconscient matérialiste en manque d'attention humaine de la plupart des addicts aux nouvelles technologies...


* Dan Cedarholm souligne bien le largement « [the] band seems to dominate [my] iPod to a degree wildly disproportionate to the amount of space it occupies on [my] player's memory »
Source : New York Times
le 27 août 2004 à 11:22 (9 302 lectures)