Le filtrage automatique des FAI, destiné à protéger les internautes mineurs, continue à faire du bruit. Après IRIS (imaginons un réseau internet solidaire) qui a révélé cette idée gouvernementale, c’est Odebi qui tape du poing sur la table. Le collectif juge « inqualifiable [...] la manoeuvre de récupération de la Délégation aux usages de l'internet (DUI) qui consiste à utiliser le thème de la protection des mineurs pour essayer d'imposer par la loi un système de filtrage de l'internet français techniquement comparable à celui demandé avec insistance par le lobby des majors ».
Odebi rappelle que la DUI s'appuie sur une étude de l’Institut Médiamétrie selon laquelle « 83% des parents n'ont pas de logiciel de protection en service ». Et les causes de cette défaillance seraient à la fois le prix des logiciels, le manque de compétence en informatique et le manque d’informations pour se procurer un tel logiciel. En réaction, le collectif Odebi fait savoir qu’il est « plus qu'étonnant qu'au vu des causes de non-installation de logiciel de protection mises en évidence par l'étude médiamétrique, la seule conclusion de la DUI soit de demander l'installation obligatoire du filtrage au niveau des réseaux des FAI ».
« Il apparaît clairement, poursuit-on, que l’obligation légale faite aux fournisseurs d’accès, en 2000, d’informer les parents sur les logiciels de contrôle parental ne suffit pas pour inciter les parents à prendre les mesures de protection adaptées » constate de son côté la DUI dans un communiqué de presse.
D’autres solutions plus adaptées devraient au contraire être envisagées. « Au lieu de se défausser sur le secteur privé », le gouvernement pourrait avoir d’autres solutions : inciter au développement de logiciel libre et gratuit, rendre ce logiciel le plus simple d'emploi possible et mener « une campagne d'information sur ce logiciel, et en le diffusant largement. »
Odebi s'interroge en outre sur la logique générale et les choix pédagogiques des autorités. Ainsi, dans le guide Net Attitude qui devait être diffusé dans les établissements scolaires, dans le chapitre consacré à la lutte contre le P2P, on «menaçait les jeunes de 300.000 euros d'amende ». Or, « la violence sur mineur de 15 ans coûte 45.000 euros [et] dans le même ordre d'idée, le rapport Breton sur la cybercriminalité prévoit l'ajout d'un article 227-22-1 au code pénal ». Cet article sanctionnera le fait pour une personne majeure de proposer des échanges de nature sexuelle à un mineur de quinze ans à l'aide d'un moyen de communication au public en ligne est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende. « Les Français jugeront sur ces faits les places respectives que le gouvernement accorde à la protection des mineurs d'une part, et à la protection des majors d'autre part. »
Interrogé par l’AFP, Benoît Sillard, responsable de la délégation aux usages internet, semble faire relativiser les informations publiées hier par IRIS « Il ne s'agit pas de demander aux FAI de contrôler les sites (…) Nous leur demandons de fournir automatiquement un outil de contrôle afin de mettre les parents dans la possibilité d'exercer leur responsabilité parentale ». Un début de marche arrière ?
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