Édito : Nintendo doit-il élargir ses horizons pour survivre ?
Mario et Link ne seront pas toujours là
Afin de faire face à des ventes décevantes, le géant japonais a fortement réduit le prix de sa 3DS. Or certains investisseurs pensent ardemment que cela ne suffira pas à redresser les comptes de Nintendo, et qu’un changement de stratégie s’impose. Concevoir ses jeux pour smartphones, et en particulier sur iOS (iPhone, iPad et iPod Touch) est notamment conseillés par ces investisseurs. Mais nous pourrions voir bien plus loin.
Dans notre précédent édito, nous mettions en avant la philosophie de Jim Buckmaster et l’immobilisme forcé de sa société Craigslist. Mais si cela peut fonctionner dans son secteur, celui des petites annonces, celui de Nintendo est bien différent. Pour survivre, la société nipponne n’a pas le choix : elle doit vendre massivement ses consoles et ses jeux. Il lui faut en tout cas atteindre un seuil minimum, sans pour autant être numéro un partout (exemple avec l’époque du Gamecube).
Contrairement à Craigslist, Nintendo doit chaque année investir massivement en Recherche & Développement et dans du matériel parfois coûteux. Un échec est donc exclu, d’autant plus que s’il ne vend pas de consoles, il ne vendra donc pas de jeux vidéo. Or Nintendo est totalement dépendant de ce secteur. Si bien sûr les ventes de cartes (Pokémon) lui rapportent quelques yens, tous comme les animes et films de la même franchise, ainsi que les figurines et les peluches de ses personnages fétiches, il reste malgré tout dépendant des jeux.
Rajoutez à cette dépendance l’exclusivité de ses jeux à ses propres consoles, et l’émergence de nouveaux concurrents (smartphones) et des jeux sociaux (type FarmVille) et vous obtenez une situation instable fort dangereuse pour Nintendo. Et maintenant quoi ? Certains pensent que vendre du Mario et du Zelda sur smartphones changera la mise. Cela n’est-il pas trop simple ?
Nintendo est avec ses jeux dans la même situation qu’Apple avec Mac OS X. Si Apple ne souhaite pas proposer son système d’exploitation sur PC, c’est notamment pour en garder l’exclusivité et maitriser de bout en bout son OS. Il sait pertinemment que la fin de cette exclusivité aura de façon inévitable des conséquences négatives sur les ventes de ses Mac. Si les jeux portables de Nintendo venaient à être disponibles sur iPhone et Android, voire sur d’autres plateformes, le risque de voir ses DSi et 3DS disparaitre n’est donc pas nul.
Proposer ses jeux sur d’autres plateformes présente donc le risque de transformer Nintendo en un simple éditeur de jeux, et non un constructeur. Mais en aucun cas cela lui assurera un avenir radieux. Or si Nintendo est dépendant des jeux vidéo, regardons de près qui sont ses concurrents directs et indirects :
Aujourd’hui, contrairement à ce que l’on peut croire, Sega n’est pas mort. Il s’est juste retiré du marché des consoles en tant que constructeur pour se consacrer exclusivement au développement et à l’édition de jeux vidéo, ainsi qu’aux bornes d’arcade (surtout au Japon). Depuis de longues années maintenant, Sega propose donc ses jeux sur de nombreuses plateformes (consoles, smartphones, PC, et même Mac). Si Sonic a bien sûr moins la cote aujourd’hui qu’hier, la situation actuelle semble suffisante pour lui permettre de survivre. Mais sans plus…
Or depuis longtemps maintenant, Nintendo est le plus gros vendeur de jeux vidéo au monde (selon les années). Pas en tant que plateforme, mais bien en tant qu’éditeur. C’est-à-dire que lors des bonnes années, Mario, Zelda, Metroid et ses autres franchises se vendent mieux que les jeux édités par Electronic Arts, Activision, Ubisoft et Take-Two. Cumulez cette situation à d’excellentes ventes de consoles, et vous obtenez un géant. Mais cette position reste fragile et pourrait bien ne plus exister dans le futur.
Face à une concurrence de plus en plus rude, il ne reste alors que deux solutions pour Nintendo : se transformer en une sorte de Sega améliorée, ou investir de nouveaux marchés. Grâce à ses excellentes années, Nintendo dispose d’un trésor de guerre de plusieurs milliards de dollars. De quoi racheter quelques sociétés, que ce soit dans le secteur des jeux vidéo ou d’autres totalement différents.
Réagir est vital pour Big N. Se reposer sur ses lauriers est en tout cas risqué, tant l’avenir est plus incertain que jamais désormais. Dans le cas contraire, le risque de devenir une société secondaire n’est pas à exclure. Et au final, un géant pourrait bien mettre la main sur Nintendo, ce dernier devenant une simple filiale… Un scénario improbable il y a encore quelques années.
Nintendo ne serait en tout cas pas la première société à rater un virage stratégique et à en payer durement les conséquences.
Dans notre précédent édito, nous mettions en avant la philosophie de Jim Buckmaster et l’immobilisme forcé de sa société Craigslist. Mais si cela peut fonctionner dans son secteur, celui des petites annonces, celui de Nintendo est bien différent. Pour survivre, la société nipponne n’a pas le choix : elle doit vendre massivement ses consoles et ses jeux. Il lui faut en tout cas atteindre un seuil minimum, sans pour autant être numéro un partout (exemple avec l’époque du Gamecube).
Contrairement à Craigslist, Nintendo doit chaque année investir massivement en Recherche & Développement et dans du matériel parfois coûteux. Un échec est donc exclu, d’autant plus que s’il ne vend pas de consoles, il ne vendra donc pas de jeux vidéo. Or Nintendo est totalement dépendant de ce secteur. Si bien sûr les ventes de cartes (Pokémon) lui rapportent quelques yens, tous comme les animes et films de la même franchise, ainsi que les figurines et les peluches de ses personnages fétiches, il reste malgré tout dépendant des jeux.
Rajoutez à cette dépendance l’exclusivité de ses jeux à ses propres consoles, et l’émergence de nouveaux concurrents (smartphones) et des jeux sociaux (type FarmVille) et vous obtenez une situation instable fort dangereuse pour Nintendo. Et maintenant quoi ? Certains pensent que vendre du Mario et du Zelda sur smartphones changera la mise. Cela n’est-il pas trop simple ?
Nintendo est avec ses jeux dans la même situation qu’Apple avec Mac OS X. Si Apple ne souhaite pas proposer son système d’exploitation sur PC, c’est notamment pour en garder l’exclusivité et maitriser de bout en bout son OS. Il sait pertinemment que la fin de cette exclusivité aura de façon inévitable des conséquences négatives sur les ventes de ses Mac. Si les jeux portables de Nintendo venaient à être disponibles sur iPhone et Android, voire sur d’autres plateformes, le risque de voir ses DSi et 3DS disparaitre n’est donc pas nul.
Proposer ses jeux sur d’autres plateformes présente donc le risque de transformer Nintendo en un simple éditeur de jeux, et non un constructeur. Mais en aucun cas cela lui assurera un avenir radieux. Or si Nintendo est dépendant des jeux vidéo, regardons de près qui sont ses concurrents directs et indirects :
- Microsoft : ses principales ressources viennent des ventes de Windows et d’Office. Les jeux vidéo sont secondaires même s’ils génèrent un beau chiffre d’affaires et même des bénéfices.
- Sony : si le secteur des jeux a pris une part de plus en plus importante chez Sony, d’autant plus avec les échecs d’autres produits (baladeurs numériques, liseuses, téléphones, etc.), Sony propose tout de même des télévisions et bien d’autres appareils électroniques.
- Apple : les jeux ne sont qu’une goutte d’eau pour la Pomme. Cette dernière ne sert de plus que d’intermédiaire. Apple ne s’occupe que du matériel (Mac, iPhone, iPad, iPod), du logiciel (iOS, Mac OS X) et de certains services (iTunes, etc.). Mais les jeux, développés et édités par d’autres, restent secondaires.
Aujourd’hui, contrairement à ce que l’on peut croire, Sega n’est pas mort. Il s’est juste retiré du marché des consoles en tant que constructeur pour se consacrer exclusivement au développement et à l’édition de jeux vidéo, ainsi qu’aux bornes d’arcade (surtout au Japon). Depuis de longues années maintenant, Sega propose donc ses jeux sur de nombreuses plateformes (consoles, smartphones, PC, et même Mac). Si Sonic a bien sûr moins la cote aujourd’hui qu’hier, la situation actuelle semble suffisante pour lui permettre de survivre. Mais sans plus…
Or depuis longtemps maintenant, Nintendo est le plus gros vendeur de jeux vidéo au monde (selon les années). Pas en tant que plateforme, mais bien en tant qu’éditeur. C’est-à-dire que lors des bonnes années, Mario, Zelda, Metroid et ses autres franchises se vendent mieux que les jeux édités par Electronic Arts, Activision, Ubisoft et Take-Two. Cumulez cette situation à d’excellentes ventes de consoles, et vous obtenez un géant. Mais cette position reste fragile et pourrait bien ne plus exister dans le futur.
Face à une concurrence de plus en plus rude, il ne reste alors que deux solutions pour Nintendo : se transformer en une sorte de Sega améliorée, ou investir de nouveaux marchés. Grâce à ses excellentes années, Nintendo dispose d’un trésor de guerre de plusieurs milliards de dollars. De quoi racheter quelques sociétés, que ce soit dans le secteur des jeux vidéo ou d’autres totalement différents.
Réagir est vital pour Big N. Se reposer sur ses lauriers est en tout cas risqué, tant l’avenir est plus incertain que jamais désormais. Dans le cas contraire, le risque de devenir une société secondaire n’est pas à exclure. Et au final, un géant pourrait bien mettre la main sur Nintendo, ce dernier devenant une simple filiale… Un scénario improbable il y a encore quelques années.
Nintendo ne serait en tout cas pas la première société à rater un virage stratégique et à en payer durement les conséquences.
Nil Sanyas
le 13 août 2011 à 11:00
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