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Le bonus Carte Musique Jeune marchandé à coup de label Hadopi

Un baton, une cârotte

Dans une tribune publiée en mai 2009, Eric Petrotto, président de CD1D (Fédération nationale de labels indépendants) se positionnait clairement contre Hadopi, texte alors en (chaude) discussion au Parlement.
L’analyse n’était alors pas tendre : « si elle rappelle le droit inaliénable des ayants droit à être rémunérés, [cette loi] en oublie la réalité vécue par des milliers d’artistes et de producteurs, en posant dans le même temps de vraies questions sur les libertés individuelles ».

Autre passage : « Par un discours inique contre le public, désigné comme voleur potentiel avant d’être amateur de musique, les majors ont radicalisé le phénomène, en développant en même temps une politique de prix cassé qui cherche à condamner le physique (moins rentable pour eux que le numérique). Après avoir bradé leur catalogue dans des offres parfois aberrantes, les majors adoubent des sites de streaming tel Deezer. Deezer est non seulement une escroquerie, mais surtout le dernier degré de la dévalorisation de la musique ».

Le CD1D fustigeait également le rôle des FAI, accusés de profiter de la musique sur le web pour engranger des abonnements. La fédération demandait ainsi une redevance sur le C.A. de ces intermédiaires, ainsi qu’une interopérabilité matérielle parfaite et « donner la libre utilisation des fichiers acquis légalement, dans la limite de son cercle d’amis ».

Un opposant Hadopi candidat au label Hadopi

Deux ans plus tard, on retrouve CD1D comme candidat au label « Offre légale » de l’Hadopi. Du coup, la fédération nous a transmis un communiqué pour nous expliquer son curieux parcours. « Après avoir pris clairement position en 2009 contre la dynamique répressive et contre-productive du dispositif Hadopi, la fédération de labels indépendants CD1D (au travers notamment de sa plateforme de vente en ligne www.cd1d.com) se retrouve aujourd’hui à participer à un certain nombre de dynamiques mises en place par le Ministère de la Culture et de la communication… participations qui appellent aujourd’hui quelques précisions afin de ne pas prêter à confusion quant aux objectifs et aux valeurs défendues. »

CD1D l’assure : le temps n’a pas égratigné son avis sur Hadopi. « Nous pensons toujours qu’il n’est ni sensé ni productif de répondre par un panel de mesures répressives, stigmatisantes et obsolètes à certaines pratiques peu scrupuleuses du respect du droit d’auteur, de la création ».

L'astuce juridique du ministère de la Culture

Alors ? La fédération rappelle le cœur de son ADN : celui de développer des outils pour permettre aux artistes de faire face « aux mutations d’un secteur qui ne laisse que peu de place à nos logiques, nos modèles économiques et nos structures ». C’est dans cette optique que depuis juin 2010, CD1D participe à la carte musique jeune, une carte cofinancée pour moitié par l’Etat et pour moitié par le consommateur. « C’est pour défendre nos esthétiques non commerciales et nos musiques de niches que nous avons rejoint le dispositif ».

Carte Musique Jeune CMJ Cd1d

Or… Là est l’astuce : « La convention signée par toutes les plateformes de la Carte musique imposait « l’obtention de la labellisation » » Hadopi. Ainsi, par une clause insérée dans le dispositif Carte Musique, la fédération CD1D a été obligé de réclamer un label dans la maison Hadopi, maison qu’elle dénonce encore aujourd’hui. Contactée, CD1D nous dit ne pas avoir agi le couteau sous la gorge. Dans son communiqué elle indique cependant que « c’est (…) dans cet esprit de conformité juridique que nous avons rempli la demande de labellisation et pas dans le but de cautionner la Haute autorité qui n’explore que tardivement les autres aspects de ses missions inscrites dans la Loi ». Malgré ce carcan, la fédération insiste : « CD1D continuera de façon libre, indépendante et constructive à prendre part à l’ensemble des débats menés afin d’essayer de faire entendre d’autres voix, d’autres logiques et d’autres modèles économiques ou technologiques ».

On peut être certain des convictions de cette fédération, mais voilà une opération rondement menée par le ministère de la Culture : opération qui permet de contraindre en douceur les acteurs appâtés par la Carte Musique Jeune de venir légitimer Hadopi et son Label. Un Label qui permettra en outre d'alimenter les listes blanches des moyens de sécurisation sur les futurs outils eux aussi labellisés.

Belle mécanique, non ?
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

Publiée le 03/05/2011 à 18:18

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Il y a 33 commentaires

Avatar de kade INpactien
kade Le mardi 3 mai 2011 à 18:26:52
Inscrit le mercredi 24 octobre 07 - 3264 commentaires
...une mécanique orange
Avatar de tomy13 INpactien
tomy13 Le mardi 3 mai 2011 à 18:29:44
Inscrit le samedi 26 avril 08 - 403 commentaires
Belle mécanique, non ?

Oui, c’est selon les gouts beau mec a nique ça peut pour certaine.

Avatar de sylnivhp INpactien
sylnivhp Le mardi 3 mai 2011 à 18:31:49
Inscrit le samedi 11 février 06 - 6009 commentaires
Belle mécanique, non ?


+1 !Çà confine au génie !

Autant de fourberie ne peut mériter que récompense !






Avatar de ano_635301045460992542 INpactien
ano_635301045460992542 Le mardi 3 mai 2011 à 18:33:23
Inscrit le mardi 13 octobre 09 - 4184 commentaires
une carte cofinancée pour moitié par l’Etat et pour moitié par le consommateur.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça me fait rire chaque fois que je vois cette phrase ... Ils nous prennent vraiment pour des idiots roule2.gif
Avatar de 127.0.0.1 INpactien
127.0.0.1 Le mardi 3 mai 2011 à 18:41:45
Inscrit le mercredi 29 avril 09 - 13212 commentaires
c’est dans cet esprit de conformité juridique que nous avons rempli la demande de labellisation et pas dans le but de cautionner la Haute autorité


Idéologie : 0 / Subvention : 1

Il y a 33 commentaires

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