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Musique : l'UFC-Que Choisir réagit aux propos de Pascal Nègre

Un homme pressé

Dans une interview au Figaro, le patron d’Universal Music a été amené à répondre à cette question : « Pourquoi UFC-Que choisir a-t-elle choisi comme cheval de bataille la gratuité de la musique? ». Réponse de Pascal Nègre : « Je n'ai pas compris. Quand on prend l'exemple de l'Italie, où la production musicale a été totalement détruite par la piraterie, on s'interroge. Il faut savoir qu'il y a des semaines où ne sort aucun nouvel album de musique italienne. Je n'ai pas l'impression que ce soit une très bonne chose pour le consommateur. Défendre les consommateurs, c'est faire en sorte qu'ils puissent avoir le choix. Il est donc important que tous les genres, tous les styles musicaux existent. Si nous n'avions produit que la « Star Academy », ce serait dramatique. Ce qui est génial, c'est que nous avons aussi produit Cecilia Bartoli, Hélène Grimaud ou Zazie. Cela s'appelle la diversité. La fonction sociale et politique de la musique est essentielle ».

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Nous avons donc demandé à l’UFC Que Choisir de réagir à ces propos. Édouard Barreiro, chargé de mission sur les technologies de l'information au sein de l’association, a bien voulu nous répondre.


L'UFC aurait pour cheval de bataille la gratuité, estime Pascal Nègre. Qu'en est-il ?

La question comme la réponse m’ont beaucoup fait rire. C’est au mieux de l’ignorance, au pire de la mauvaise foi. L’UFC-Que choisir n’a jamais défendu « la musique gratuite ». Et même lorsqu’elle défend des médias du type Spotify où il n’y a pas forcement un acte d’achat, ce n’est pas défendre le gratuit, car il y a bien un paiement in fine.

C’est d’autant plus choquant quand ce type d’inepties sort de la bouche des maisons de disque qui siphonnent tous les revenus crées par ce type de plateformes (on se rappelle les révélations de Jiwa). L’UFC Que Choisir défend la gestion collective, car au-delà d’un déverrouillage des catalogues, qui autoriserait une offre décente, cela assurerait une rémunération équilibrée pour les artistes créateurs.

Ensuite, lorsque l’UFC-Que Choisir défend le téléchargement, c’est en contrepartie d’une contribution des internautes. Et avec 5 euros par mois, ce serait possible de dégager au minimum 1,2 milliard d’euros. Alors même que chaque année la gestion collective pour la musique, l’audiovisuel et le multimédia « ne rapporte que » 240 millions d’euros au titre de la vente ou des licences directes aux usagers finaux, Concrètement la musique gratuite ou l’art gratuit n’existe pas : s’il n’y a pas un acte d’achat direct, l’accès est financé par un moyen détourné, contribution, publicité, etc.

Il ne faut pas se tromper, les propos de Pascal Nègre visent à dénigrer des alternatives qui conduiraient à une répartition de la rémunération plus équitable. En effet, il ne faut pas négliger que sur un CD, la maison de disques prend 50% des revenus et sur un fichier numérique, 60%. Sur les plateformes, cela est plus opaque, mais cela ne doit guère être plus favorable à l’artiste créateur.

Pensez-vous qu'on puisse défendre le consommateur et défendre l'artiste et la maison de disque ? Ou bien il y a forcément un perdant ?

Disons que si la question est : peut-on faire un système ou tout le monde s’y retrouve ? Ma réponse est oui. En effet, il n’y a pas de crise de la culture, nos différentes études le démontrent, les consommateurs ne dépensent pas moins (même plus) mais différemment. Puis, le numérique peut encore permettre de créer de nouvelles sources de revenus, comme la contribution créative. Mais pour cela tout le monde doit accepter de se mettre autour d’une table pour discuter sereinement, et oublier certaines postures corporatistes.

Si votre question est, est-ce que les maisons de disques vont être perdantes ? Dans la mesure où elles semblent s’approprier la majeure partie de certaines formes de rémunérations, il est probable qu’elles y perdent à court terme. Mais cela est également le prix à payer pour leur incroyable immobilisme. Si je devais citer un exemple de rigidité et d’incapacité à s’adapter à un nouvel environnement, je pense que ce serait mon exemple numéro un. Cette industrie doit arrêter de vouloir remonter le temps en restaurant des modes de commercialisation et des modèles économiques, notamment au moyen de lois répressives, obsolètes et sans avenir.

Tant que les maisons de disques n’auront pas mis à jour leur logiciel interne, nous resterons dans cette situation ubuesque : une guerre couteuse contre les internautes qui ne génère aucun revenu ni pour les maisons de disque ni pour les artistes/créateurs. Et un consommateur qui supporte les coûts de la bataille via l’impôt sans voir venir ni une offre légale de qualité, ni un accès garanti à la culture. Le bilan pour la collectivité du positionnement de ces acteurs et des politiques gouvernementales qu’ils influencent depuis les débats autour de la loi DADVSI est clairement négatif. Il faudra bien un jour que les premiers comme les seconds l’admettent et en assument la responsabilité !

Le marché de la musique enregistrée est en recul de 5,9% selon les derniers chiffres du SNEP. À qui la faute selon vous ?

Il est difficile de trancher toutes les responsabilités, car les maisons de disques ne sont pas les seules responsables. Certains artistes, certaines sociétés de gestion de droits ont freiné des quatre fers lorsqu’au début des années 2000 s’est posée la question de la conversion au numérique. Les gouvernements, la commission européenne ont également leur part de responsabilité. Le droit d’auteur doit être modernisé, par exemple en prévoyant des licences paneuropéennes et une gestion collective des droits pour l’univers numérique. Pourtant, la France comme l’Europe défendent l’immobilisme en s’appuyant aveuglément sur les analyses aussi orientées que malhonnêtes (par exemple le rapport Tera) de quelques lobbies de l’industrie culturelle.

Ces lobbies feignent de ne pas voir qu’en proposant/soutenant des lois répressives et injustes comme DADVSI ou Hadopi, elles créent un sentiment de rejet chez les consommateurs assez conséquent qui peut impacter durablement le marché. D’autant plus, qu’elles remettent en cause le téléchargement, qui constitue un accès universel à culture élargie tout en maintenant d’importants blocages sur les marchés de gros, ce qui empêche l’émergence d’offres légales attractives.

Pour résumer, les lobbies de la culture scient la branche sur laquelle ils sont assis. Et, même s'ils pensent pouvoir amortir leur chute grâce aux parachutes (crédits d’impôts, subventions, cartes jeune, taxes, etc.) confectionnés année après année par les gouvernements successifs, aux frais du contribuable, ils finiront par toucher terre...
le 25 janvier 2011 à 08:43 (41 258 lectures)