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L’Hadopi diffuse son bêtisier, en oubliant le devoir de réserve

Quand Hadopi se moque des abonnés flashés

«Nous ne sommes pas un radar qui sanctionne massivement et automatiquement les infractions sur le Net. Nous devons instruire tous les dossiers avant de les transmettre éventuellement à un juge. Nous sommes trois, ce sera forcément lent, forcément pédagogique !» Voilà le témoignage que le Figaro a retenu de la Commission de protection des droits.

hadopi ministere culture installation

Ce cœur de l’Hadopi, composé de magistrats, entend démontrer dans les colonnes du journal qu’il est et reste attachés à d'honorables valeurs. Nous sommes dans un «dilemme diabolique: soit nous envoyons des flopées de mails et on nous traitera d'abominables répressifs. Soit nous sommes plus prudents et on nous qualifie d'inefficace». Les propos sont de Jacques Bille, détaché de la Cour des comptes. Et la ligne de défense est exactement la même que celle utilisée par Éric Walter récemment à la SACD, témoignant d’une communication bien aiguisée et d’éléments de langage choisis.

«Nous ne sommes pas payés à la recommandation. Nous sommes des magistrats indépendants», tambourine harmonieusement Jean-Yves Montfort, de la Cour de cassation. Et le Figaro n’a de cesse d’utiliser le mot « magistrat ». C’est simple : le mot est utilisé 9 fois dans l’article, un petit record.

Dans un autre article, ces mêmes « magistrats » se laissent aller à plus de liberté. Ils diffusent et commentent les lettres reçues par les premiers abonnés avertis. Un exemple issu de l'article : « Je sais que je n'aurais pas dû. Je m'engage à ne plus recommencer. Mais, s'il vous plaît, laissez-moi télécharger encore le dernier épisode de la série». «Beau, non ?» , tente la magistrate Mireille Imbert-Quaretta, avant de reprendre : «Le pire, c'est qu'il ne le savait pas mais on l'avait repéré pour le téléchargement illégal… d'un morceau de musique !» » etc.

Réserve et discrétion

« Indépendance, intégrité, impartialité, réserve-discrétion, diligence, respect et capacité d’écoute, égalité de traitement, compétence et transparence sont les valeurs communes retenues » voilà pourtant ce qu’on peut lire sur le site du Conseil Supérieur de la Magistrature.

Où sont donc la réserve et la discrétion dans ces morceaux choisis ? A-t-on déjà vu des magistrats à la TV commenter des dossiers qu’ils ont sur le feu, ricanant des lettres reçues, laissant supposer que leur religion est faite ?

Le ministère de la Justice estime pour sa part que « l'obligation de réserve, dont les fondements sont rappelés dans une circulaire du 29 décembre 1952, implique, de la part des magistrats de l'ordre judiciaire, une nécessaire retenue dans leurs déclarations publiques, destinée à préserver l'exercice de leurs fonctions de toute critique de partialité. »

Pas de communication avec la presse sur les affaires en charge

Autre piste plus intéressante : « Le magistrat évite de s’exprimer, même avec prudence et modération, sur les causes dont il est susceptible d’être saisi. Le magistrat, individuellement, ne communique pas directement avec la presse sur les affaires qu’il a en charge. Cependant, en application de l’article 11 du Code de procédure pénale, le magistrat du parquet peut rendre publics des éléments objectifs d’une procédure, dès lors qu’il ne porte aucune appréciation sur le bienfondé des charges retenues ».

Ce passage est extrait du précieux recueil des obligations déontologiques des magistrats qu’on peut trouver sur le site du Conseil Supérieur de la Magistrature.

Certes, on pourra toujours rétorquer que l’Hadopi est tout sauf un tribunal. Nous n’oublions pas avec quelle énergie Franck Riester avait justement chassé l'intervention du « juge » avant la coupure. Mais il reste que les membres de la Commission de protection des droits ont justement été nommés pour leur statut de magistrat.

Nous avons contacté le Conseil Supérieur de la Magistrature pour obtenir plus de précisions sur le statut des magistrats et spécialement l’état de leurs obligations quand ils œuvrent au sein d’une commission comme celle de la Hadopi. Réponse sous peu.
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

Le 28 décembre 2010 à 12:14 (58 042 lectures)

Il y a 111 commentaires

Avatar de brokensoul INpactien
brokensoul Le mardi 28 décembre 2010 à 12:17:28
Inscrit le mardi 16 mai 06 - 4166 commentaires
[mini-troll]comme d'habitude, le figaro brille par la qualité de ses articles.. [/troll]

edit : sur le fond, c'est quand même assez affligeant... l'autorité impartiale est quand même assez loin, et ça reste une condamnation a priori, pas tellement de défense possible.

Edité par brokensoul le mardi 28 décembre 2010 à 12:21
Avatar de Darkfun INpactien
Darkfun Le mardi 28 décembre 2010 à 12:20:52
Inscrit le dimanche 2 novembre 03 - 42 commentaires
On a oublié de leur dire "cheese" avant la photo :(
Avatar de coucou_lo_coucou_paloma INpactien
coucou_lo_coucou_paloma Le mardi 28 décembre 2010 à 12:23:38
Inscrit le jeudi 9 décembre 04 - 8884 commentaires
Et ton devoir de réserve Marc.
Avatar de larkfount INpactien
larkfount Le mardi 28 décembre 2010 à 12:26:05
Inscrit le mardi 20 avril 10 - 35 commentaires
Suis je le seul à le trouver particulièrement âgés pour s'occuper du domaine des nouvelles technologies et plus particulièrement d'internet? Ils ne sont surement pas de la génération la plus apte à comprendre les défis d'internet. Gérontocratie .

Avatar de 127.0.0.1 INpactien
127.0.0.1 Le mardi 28 décembre 2010 à 12:28:49
Inscrit le mercredi 29 avril 09 - 12252 commentaires
Suis je le seul à le trouver particulièrement âgés pour s'occuper du domaine des nouvelles technologies et plus particulièrement d'internet? Ils ne sont surement pas de la génération la plus apte à comprendre les défis d'internet. Gérontocratie .


Y a pas besoin d'être jeune pour interpréter un texte de loi.
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