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Édito : Pascal Nègre, la musique, la TV & le restaurant vietnamien

Sans contrefaçon

pascal negre loi hadopi riposte graduée DRMDepuis quelques jours, « Sans Contrefaçon », le livre de Pascal Nègre (président d’Universal Music et fervent Hadopiste), est disponible dans toutes les librairies. Je suis en train de le lire et les premières dizaines de pages sont déjà fort intéressantes. Elles reviennent notamment sur les années 80 et 90, et pour analyser le présent et prévoir le futur, il est toujours bon de connaître le passé. Profitons donc du point de vue de Pascal Nègre pour faire le point.

Ce dernier nous rappelle tout d’abord très vite les différentes sources de revenus d’une maison de disques :
  • Les nouveautés : il n’y a pas à argumenter sur ce point.
  • Le « back catalog » (jargon du secteur) : il s’agit tout bêtement des anciens morceaux enregistrés et encore propriétés du label. Le fond de catalogue qui s’est particulièrement vendu ces derniers temps est sans conteste celui de Michael Jackson. Les raisons de sorties de vieux morceaux sont d’ailleurs nombreuses :
    • La mort d’un artiste ou la date d’anniversaire de sa mort : cas Michael Jackson l’an dernier.
    • L’anniversaire d’une carrière : les 50 ans de carrière de Johnny Halliday par exemple.
    • Le retour en grâce d’un « vieil » artiste : Pascal Nègre prend en exemple Elton John, dont le « Very Best Of » a fait un carton lors de la sortie de sa nouvelle chanson pour le Roi Lion.
    • La sortie d’un nouveau support : ce point est capital et est largement confirmé par Pascal Nègre lui-même.
Le passage des vinyls/cassettes aux CD a ainsi eu des répercussions positives très importantes sur les ventes : « (…) le marché est dans une période d’euphorie. L’industrie avait failli mourir au début des années 1980 avec la baisse des ventes d’albums vinyle. Avec l’arrivée du CD, elle s’est remise en route et, au début des années 1990, elle tourne à plein régime : le public achète des nouveautés promotionnées par la FM et la télé comme jamais on ne l’aurait rêvé, et en plus il rachète massivement tout ce qu’il avait en 33-tours et en 45-tours, ainsi que les disques négligés à leur sortie. » (pages 32 et 33)

Pascal Nègre nous rappelle ici plusieurs choses. Tout d’abord, dans les années 80, le secteur est en crise. « Des labels ferment (…) Le métier est en pleine mutation (…) Un certain nombre de professionnels n’y survivent pas » (page 17) explique le PDG d’Universal Music. La suite sera donc bien plus rose grâce au CD. Mais ce nouveau support ne sera pas la seule raison du renouveau du secteur. Pascal Nègre insiste (inconsciemment ?) sur un point primordial sur de nombreuses pages : les médias, et plus particulièrement la télévision, sont un moyen très rapide et facile de vendre des disques. Et depuis la fin des années 80, il est en plus possible de faire de la publicité pour des artistes… Jackpot !

Les deux passages les plus emblématiques sur ce sujet sont ceux-ci :
  • Page 17 : « Bientôt débarqueront dans le disque des spécialistes du marketing soutenant que l’on peut tout vendre grâce à la pub télé, qui sera autorisée en 1988. Pendant un moment, ça fonctionnera. Pendant un moment seulement. »
  • Page 22 : « (…) le poids des médias audiovisuels est faramineux à cette époque. Un artiste, s’il en est d’accord, peut chanter la même chanson dans cinquante émissions différentes. »
Le rôle de la télévision

Concernant la crise des années 80, Pascal Nègre n’accuse pas le « piratage » (les fameuses copies de cassettes, notamment grâce aux radios). Il n’accuse d’ailleurs personne. Il ne fait que constater. L’apport de la télévision est par contre maintes fois cité, que ce soit via les émissions ou la publicité. Et c’est un point qu’il serait bon d’aborder en profondeur.

Pour « expliquer » la crise du disque, on a souvent mis en avant l’essor d’autres secteurs. Les jeux vidéo par exemple génèrent aujourd'hui un chiffre d’affaires largement supérieur au secteur de la musique, et même du cinéma. Or les dépenses des consommateurs ne sont pas extensibles…

Et la présence de la musique à la télévision a grandement évoluée ces dernières années, plutôt négativement il faut bien le dire. L'importance de la TV sur les ventes est pourtant toujours d’actualité. Le cas de Michael Jackson est symptomatique. Il n’a pas vendu des millions de disques que « grâce » à sa mort, mais aussi et surtout parce que ses chansons ont été matraquées partout et tout le temps pendant des jours, pour ne pas dire des semaines. Même René la taupe avec un tel matraquage pourrait se vendre massivement. C’est d’ailleurs ce qu’il fait…

Les musiciens et les chanteurs sont certes encore présents à la télévision, que ce soit par des émissions régulières (type « N'oubliez pas les paroles » présenté par Nagui sur France 2), des émissions spécialement dédiées à la chanson voire à un chanteur particulier, des émissions plus généralistes comme « On n’est pas couché » animée par Laurent Ruquier, ou des émissions spécialisées sur Arte ou des chaînes de la TNT, du câble et du satellite. Mais « Le Top 50 » n’existe plus depuis longtemps, M6 a un rôle bien moins important dans la musique qu’hier, et les émissions dédiées à la musique sont souvent loin de faire un tabac, hors exceptions. En somme, la visibilité du secteur aujourd’hui est bien inférieure à son âge d’or.

Ne serait-ce déjà pas une explication supplémentaire au recul des ventes, même s’il existe bien d’autres raisons ? Ces dernières sont d’ailleurs peut-être abordées dans le livre, mais comme dit en début d’article, je ne l’ai pas lu en intégralité.

Le livre est quoi qu’il en soit assez bien écrit (par Pascal Nègre lui-même ?), agréable à lire, globalement intéressant, avec des points de vue qui semblent vraiment francs, et avec des thématiques claires.

La théorie du restaurant vietnamien

Voici d’ailleurs les titres des différents chapitres par ordre d’apparition : « Malgré Julio » (référence à Julio Iglésias) ; « Le Vilain Petit Canard » ; « Président (première leçon) » ; « Qu’est-ce qu’un producteur ? » ; « Que de la soupe ? » ; « Un sur sept » ; « L’affaire Halliday » ; « À qui la musique appartient-elle ? » ; « À quoi sert la Star Ac ? » ; « Avatar de la chanson (vraiment) populaire » ; « La crise donc » ; « Le temps perdu, le terrain perdu » ; « Le massacre de la classe moyenne » ; « La théorie du restaurant vietnamien » et « Notre curieuse victoire ».

Cela fait donc pas mal de sujets différents abordés. Ils n’ont pas forcément de liens entre eux et finalement, il doit être possible de lire le livre dans le désordre. L’avant-dernier chapitre, celui sur la théorie du restaurant vietnamien, aborde beaucoup Internet ainsi que la Longue Traîne. Quelle est cette théorie ?

Se basant sur le fait que sur l’iTunes Store, la moitié des titres présents dans le catalogue n’est jamais téléchargée, et une grande partie n’est téléchargée qu’une seule fois, Pascal Nègre explique ceci : Dans un restaurant que nous connaissons bien, nous ne regardons plus au bout d’un moment la carte et ne commandons que nos plats préférés. Ce qui lui permet de dire : « De la même manière que la plupart des clients ignorent toutes les subtilités culinaires qui leur sont proposées dans le menu d’un restaurant vietnamien, les clients des sites de téléchargement vont vers très peu de références. »

Résultat, Pascal Nègre oppose cette théorie à la Longue Traîne : « Plus grand est le choix, plus le consommateur réduit le sien ; plus il est réduit, plus le consommateur varie le sien. »

Une théorie pas forcément bien expliquée dans le livre, qui peut d’ailleurs paraître insensée au premier abord. Pour Pascal Nègre, trop de choix perdrait le consommateur de musique, qui ne s’y retrouverait plus et foncerait donc dans les « classiques », sans chercher à découvrir de nouveaux artistes. Une logique qui, si elle se constate peut-être pour le moment, mériterait d’être approfondie…
Nil Sanyas

Journaliste, éditorialiste, créateur des LIDD, aime les interviews insolites et les tablettes tactiles. Présent sur Twitter et Google+.

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Le 6 novembre 2010 à 00:00 (27 315 lectures)

Il y a 169 commentaires

Avatar de Marco07 INpactien
Marco07 Le samedi 6 novembre 2010 à 00:11:06
Inscrit le mercredi 1 août 07 - 5570 commentaires
C'est le facteur qui l'a tué.

De rien
Avatar de Maxobelix INpactien
Maxobelix Le samedi 6 novembre 2010 à 00:20:04
Inscrit le mercredi 5 avril 06 - 1825 commentaires
Réussir à parler de la crise des années 80, de la poule aux oeufs d'or ( le passage au CD), pour ensuite tout mettre sur le dos du piratage et réussir à faire voter une loi et des financements par la bande à Sarko.

Qui est encore dupe ?
Combien de temps va t'on devoir supporter ces énormités ?

Edité par Maxobelix le samedi 6 novembre 2010 à 00:22
Avatar de zeVlad INpactien
zeVlad Le samedi 6 novembre 2010 à 00:20:24
Inscrit le vendredi 28 mars 08 - 4016 commentaires
Avatar de Alucard63 INpactien
Alucard63 Le samedi 6 novembre 2010 à 00:20:38
Inscrit le mardi 7 mars 06 - 7250 commentaires
Une théorie pas forcément bien expliquée dans le livre, qui peut d’ailleurs paraître insensée au premier abord. Pour Pascal Nègre, trop de choix perdrait le consommateur de musique, qui ne s’y retrouverait plus et foncerait donc dans les « classiques », sans chercher à découvrir de nouveaux artistes. Une logique qui mériterait d’être approfondie, et qui, si elle se constate peut-être pour le moment, mériterait d’être approfondie…


Ce n'est pas le cas dans d'autres secteurs?
Avatar de Maxobelix INpactien
Maxobelix Le samedi 6 novembre 2010 à 00:21:34
Inscrit le mercredi 5 avril 06 - 1825 commentaires
...fuck j'arrete de picoler moi...





Edité par Maxobelix le samedi 6 novembre 2010 à 00:22
Avatar de Kostadinov INpactien
Kostadinov Le samedi 6 novembre 2010 à 00:24:19
Inscrit le samedi 7 novembre 09 - 3119 commentaires

Bon courage Nil pour terminer son livre,
mais bonne démarche "Know your ennemy"

C'est trop d'importance donnée à un petit monsieur, sa théorie montre bien qu'il a le front bien bas, j'ai même pas l'envie de la commenter.

Bon sinon la bonne nouvelle c'est qu'avec les clopes et la voix qu'il a, on l'aura pas sur le dos pendant des décennies.
Avatar de Alucard63 INpactien
Alucard63 Le samedi 6 novembre 2010 à 00:34:22
Inscrit le mardi 7 mars 06 - 7250 commentaires


C'est trop d'importance donnée à un petit monsieur, sa théorie montre bien qu'il a le front bien bas, j'ai même pas l'envie de la commenter.


PN est un chef d'entreprise pas un saint.

Mais je pense qu'il a une très bonne expérience du secteur( bon ok, il est largué maintenant avec les nouvelles technologies... ). Le petit résumé est très intéressant et confirme bien qu'une grande partie du succès est lié au marketing audiovisuel et au matraquage médiatique. Qui explique aussi surement la "théorie du restaurant vietnamien": quand on matraque sur 1 ou 2 produits, les consommateurs se limitent, surtout si ils sont perdus dans le reste de l'offre.

Bref, faudrait que je le lise ce bouquin:

Je vais regarder sur the pirate bay si je le trouve.

Edité par Alucard63 le samedi 6 novembre 2010 à 00:37
Avatar de thaerlbone INpactien
thaerlbone Le samedi 6 novembre 2010 à 00:45:56
Inscrit le mercredi 29 octobre 08 - 37 commentaires
Je sens que Nil va approfondir un sujet qui mériterait d'être approfondi phiphi.gif



Merci pour ce petit topo
Avatar de ffvsdoom INpactien
ffvsdoom Le samedi 6 novembre 2010 à 00:46:33
Inscrit le samedi 21 mai 05 - 737 commentaires
Autant je vomi1.gif quand j'entends ou lis des choses de Pascal Nègre généralement, autant là, je ne suis pas en désaccord avec lui sur la théorie de la Longue Traîne. En effet, des études sont sorties depuis que Chris Anderson a formalisé cette théorie très intéressantes, et ont montré qu'elle ne pouvait s'appliquer à tous les secteurs. En particulier, d'ailleurs, le secteur de la musique (attention : j'ignore si les majors sont derrière lesdites études). Quelques liens pour plus d'infos :
http://www.fluctuat.net/blog/15166-La-long-tail-a-t-elle-du-plomb-dans-l-aile-
http://www.journaldunet.com/ebusiness/breve/39121/la-theorie-de-la-longue-traine...
http://www.internetactu.net/2009/01/22/que-faire-de-la-longue-traine/

Il faut savoir que le bouquin d'Anderson, qui remonte à 2004, n'était pas basé sur des travaux "scientifiques" particuliers pour développer cette passionnante théorie (dont je pense à titre personnel qu'elle reste applicable à certains secteurs).

En outre, l'argument donné par P. Nègre n'est pas stupide, même si sa métaphore lui fait perdre une grande partie de son sens : quand on voit que les consommateurs préfèrent des hypermarchés avec un nombre réduit de références car ils s'y retrouvent mieux et perdent moins de temps à chercher / trouver ce qu'ils veulent, son argumentation se tient.

En tout cas, Nil, merci pour ce résumé fort intéressant , j'attends la suite avec impatience (surtout, quelles énormités va-t-il nous sortir encore pour justifier Hadopi ? Va-t-il reconnaître que l'industrie de la musique, et du ciné, n'a pas été visionnaire pour deux sous ? Et qu'ils n'ont pas été en mesure d'adapter leurs modèles économiques ? Et qu'ils font un lobbying médiatique éhonté en racontant des énormités en permanence ? Etc.)
Avatar de 127.0.0.1 INpactien
127.0.0.1 Le samedi 6 novembre 2010 à 00:48:10
Inscrit le mercredi 29 avril 09 - 12270 commentaires
Une logique qui mériterait d’être approfondie, et qui, si elle se constate peut-être pour le moment, mériterait d’être approfondie


Ca mériterait d’être approfondi.

Plus grand est le choix, plus le consommateur réduit le sien ; plus il est réduit, plus le consommateur varie le sien


Ah... les statistiques. Je sens que ca va être drole. Approfondissons :

Se basant sur le fait que sur l’iTunes Store, la moitié des titres présents dans le catalogue n’est jamais téléchargée, et une grande partie n’est téléchargée qu’une seule fois


Hé hé... Une variante du birthday paradox. Les chances que deux personnes téléchargent le meme titre "connu" sont grandes. trois personnes encore plus. etc. C'est donc normal d'observer ce genre de score.

Mais il ne faut pas renverser le problème. Ce n'est pas l'étude statistique des ventes d'un titre qui est importante. C'est l'étude des achats d'un client. Si un client achète en moyenne 9 titres "connus" et 1 titre "rare", supprimer la longue traine c'est perdre 10% des ventes.
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