Le célèbre linguiste, philosophe et écrivain italien Umberto Eco avait accordé en avril une interview à Wikinews.org à propos de son utilisation et de ses pensées sur l'encyclopédie libre. Elle a été traduite en français, et publiée ce week-end par @Brest.net.
D'abord, cette interview nous apprend que l'intellectuel est un fervent utilisateur de Wikipedia. Il confesse : « Quand j’écris, je vais sur Wikipédia trente à quarante fois par jour, parce que c’est bien pratique. Quand on écrit, il arrive de ne pas se souvenir si tel ou tel est né au VIe siècle ou au VIIe siècle, ou combien de "n" il y a dans Goldmann... Autrefois pour ce genre de chose on perdait beaucoup de temps. Aujourd’hui, entre Wikipédia et Babylon, qui corrige les erreurs d’orthographe, on en gagne beaucoup. »
Mais quant à la fiabilité de l'encyclopédie, il est plus dubitatif, et d'expérience. « À moi, Wikipédia apporte quelque chose, je trouve les informations dont j’ai besoin. Mais cela est dû au fait que je n’ai pas une confiance aveugle en elle, puisque l’on sait bien que plus Wikipédia se développe, plus se multiplient aussi les erreurs. J’ai trouvé des affirmations me concernant complètement aberrantes, et si personne ne m’avait averti, elles seraient encore là » explique-t-il. Pour lui, l'encyclopédie est comme une voiture. Il en a une, et ne peut pas s'en passer, mais ça ne l'empêche pas d'admettre ses défauts et les problèmes créés par son utilisation.
Sur les articles qui ne le concernent pas, il relève aussi des erreurs, par exemple sur les sujets dont il est spécialiste. Mais il ne les corrige pas : « je ne vois pas pourquoi je devrais perdre du temps à rectifier [les erreurs que je vois]. Je ne suis pas la Croix-Rouge. [rire, NdR]. J’ai donc relevé qu’à l’intérieur du même article il y avait une contradiction. Comme je suis compétent, je l’ai remarqué. C’est mon métier. Mais un pauvre homme [intellectuellement] pourrait ne lire qu’une partie de l’article et ne retenir que la première information ». Umberto Eco n'est donc pas un contributeur de l'encyclopédie, juste un utilisateur assidu.
La fonction de Wikipédia : une expérience
« Selon moi, Wikipédia a deux fonctions. La première est de permettre une recherche rapide d’informations. Sous ce rapport, c’est seulement une amplification des "Garzantine" [encyclopédies italiennes], et c’est tout. L’autre fonction, et ici nous parlons de l’autre, est de vérifier si le contrôle par le bas [NdT, la foule des contributeurs anonymes] n’est pas souvent plus fructueux que le contrôle par le haut [NdT, les experts reconnus et validés]. Du fait que le monde est plein d’experts idiots, assurément il peut l’être » explique le philosophe. Une œuvre validée par la masse, et non par les experts, peut-elle être plus exacte qu'une autre faite par des experts ? Les résultats de Wikipedia sont autant d'indices.
En ce qui concerne l'anonymat sur Internet, M. Eco est surtout surpris que ceux qui partagent leur opinion ne donnent pas leur nom en même temps : « En fait, je trouve énormément de textes intéressants non signés, je n’ai jamais compris pourquoi ». La qualité des textes publiés sur la toile varie néanmoins beaucoup, du pire au meilleur, avec souvent des inexactitudes criantes.
Même sur Wikipédia, le problème se pose : « l’anonymat total, alors qu’il semble plus démocratique, porte à croire que, sur certaines questions, il y aurait une seule et unique vérité. Ne pourrait-il arriver que sur Wikipédia même, sur certaines pages (pas celles qui concernent les tables de multiplication, évidemment), on ouvre des appendices intitulés « Conflits » où apparaîtraient, signés, les divers témoignages s’affrontant ? » Il explique cette idée en donnant l'exemple de Pie XII et de son rôle pendant la deuxième guerre mondiale : a-t-il aidé les Nazis, ou les Juifs ? Vaut-il mieux choisir une version, ou « ouvrir un appendice, dans lequel une série d’auteurs, assumant chacun sa responsabilité, exposent en vingt lignes le fait qu’il existe des interprétations divergentes ? »
L'interview se poursuit, sur le rôle de la communauté, le fait que les articles de l'encyclopédie ne sont jamais définitifs, et autres sujets plus philosophiques.
D'abord, cette interview nous apprend que l'intellectuel est un fervent utilisateur de Wikipedia. Il confesse : « Quand j’écris, je vais sur Wikipédia trente à quarante fois par jour, parce que c’est bien pratique. Quand on écrit, il arrive de ne pas se souvenir si tel ou tel est né au VIe siècle ou au VIIe siècle, ou combien de "n" il y a dans Goldmann... Autrefois pour ce genre de chose on perdait beaucoup de temps. Aujourd’hui, entre Wikipédia et Babylon, qui corrige les erreurs d’orthographe, on en gagne beaucoup. »
Mais quant à la fiabilité de l'encyclopédie, il est plus dubitatif, et d'expérience. « À moi, Wikipédia apporte quelque chose, je trouve les informations dont j’ai besoin. Mais cela est dû au fait que je n’ai pas une confiance aveugle en elle, puisque l’on sait bien que plus Wikipédia se développe, plus se multiplient aussi les erreurs. J’ai trouvé des affirmations me concernant complètement aberrantes, et si personne ne m’avait averti, elles seraient encore là » explique-t-il. Pour lui, l'encyclopédie est comme une voiture. Il en a une, et ne peut pas s'en passer, mais ça ne l'empêche pas d'admettre ses défauts et les problèmes créés par son utilisation.
Sur les articles qui ne le concernent pas, il relève aussi des erreurs, par exemple sur les sujets dont il est spécialiste. Mais il ne les corrige pas : « je ne vois pas pourquoi je devrais perdre du temps à rectifier [les erreurs que je vois]. Je ne suis pas la Croix-Rouge. [rire, NdR]. J’ai donc relevé qu’à l’intérieur du même article il y avait une contradiction. Comme je suis compétent, je l’ai remarqué. C’est mon métier. Mais un pauvre homme [intellectuellement] pourrait ne lire qu’une partie de l’article et ne retenir que la première information ». Umberto Eco n'est donc pas un contributeur de l'encyclopédie, juste un utilisateur assidu.
La fonction de Wikipédia : une expérience
« Selon moi, Wikipédia a deux fonctions. La première est de permettre une recherche rapide d’informations. Sous ce rapport, c’est seulement une amplification des "Garzantine" [encyclopédies italiennes], et c’est tout. L’autre fonction, et ici nous parlons de l’autre, est de vérifier si le contrôle par le bas [NdT, la foule des contributeurs anonymes] n’est pas souvent plus fructueux que le contrôle par le haut [NdT, les experts reconnus et validés]. Du fait que le monde est plein d’experts idiots, assurément il peut l’être » explique le philosophe. Une œuvre validée par la masse, et non par les experts, peut-elle être plus exacte qu'une autre faite par des experts ? Les résultats de Wikipedia sont autant d'indices.En ce qui concerne l'anonymat sur Internet, M. Eco est surtout surpris que ceux qui partagent leur opinion ne donnent pas leur nom en même temps : « En fait, je trouve énormément de textes intéressants non signés, je n’ai jamais compris pourquoi ». La qualité des textes publiés sur la toile varie néanmoins beaucoup, du pire au meilleur, avec souvent des inexactitudes criantes.
Même sur Wikipédia, le problème se pose : « l’anonymat total, alors qu’il semble plus démocratique, porte à croire que, sur certaines questions, il y aurait une seule et unique vérité. Ne pourrait-il arriver que sur Wikipédia même, sur certaines pages (pas celles qui concernent les tables de multiplication, évidemment), on ouvre des appendices intitulés « Conflits » où apparaîtraient, signés, les divers témoignages s’affrontant ? » Il explique cette idée en donnant l'exemple de Pie XII et de son rôle pendant la deuxième guerre mondiale : a-t-il aidé les Nazis, ou les Juifs ? Vaut-il mieux choisir une version, ou « ouvrir un appendice, dans lequel une série d’auteurs, assumant chacun sa responsabilité, exposent en vingt lignes le fait qu’il existe des interprétations divergentes ? »
L'interview se poursuit, sur le rôle de la communauté, le fait que les articles de l'encyclopédie ne sont jamais définitifs, et autres sujets plus philosophiques.
Jeff,
Le 6 septembre 2010 à 16:13
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Il y a 66 commentaires
[quote] il relève aussi des erreurs, par exemple sur les sujets dont il est spécialiste. Mais il ne les corrige pas : « je ne vois pas pourquoi je devrais perdre du temps à rectifier [les erreurs que je vois]. Je ne suis pas la Croix-Rouge.[/quote]
Profiteur !
Franchement quand on constate une erreur dont on est sûr, ça coûte pas grand chose de la corriger ou de la signaler... Evidemment que wikipédia n'est pas parfait, mais ça sert à rien de s'en plaindre si on fait rien pour l'améliorer...
Profiteur !
Franchement quand on constate une erreur dont on est sûr, ça coûte pas grand chose de la corriger ou de la signaler... Evidemment que wikipédia n'est pas parfait, mais ça sert à rien de s'en plaindre si on fait rien pour l'améliorer...
Profiteur !
Franchement quand on constate une erreur dont on est sûr, ça coûte pas grand chose de la corriger ou de la signaler... Evidemment que wikipédia n'est pas parfait, mais ça sert à rien de s'en plaindre si on fait rien pour l'améliorer...
Je serais moins intransigeant que toi, mais il est vrai que je suis un peu déçu par l'attitude d'Umberto Eco. Lui qui est défini comme philosophe et dont les livres par de "l'élevation" de l'être humain...
5 minutes de perdu pour une personne à corriger une erreur fait gagner combien de temps aux nombreuses personnes lisant cette information pour un jour s'apercevoir que c'était faux.
Bien dommage attitude!!
Je dis pas qu'il faut chasser les erreurs et toutes les corriger. On en a pas toujours le temps, ni c'est vrai l'envie, mais ne jamais rien corriger quand on le peut et que ça ne nous coûte presque rien, je trouve ça très dommage
http://www.simongrant.org/web/eco.html
http://www.courtois.cc/humour/info_eco.html
http://www.courtois.cc/humour/info_eco.html
Une attention trop faible a été accordée à la nouvelle guerre religieuse souterraine qui transforme le monde moderne. C'est une de mes vielles idées, mais je découvre qu'à chaque fois que j'en parle aux gens, ils sont d'accord avec moi.
Le fait est que le monde est divisé entre les utilisateurs d'ordinateurs Mac et les utilisateurs d'ordinateurs compatibles MS-DOS. Je suis entièrement convaincu que le Mac est Catholique et le DOS Protestant. En effet, le Mac est contre-réformiste et a été influencé par le "ratio studiorum" des Jésuites. C'est un système gai, convivial, amical, il dit au croyant comment il doit procéder étape par étape pour atteindre - sinon le Royaume des Cieux - le moment où le document est imprimé. C'est une forme de cathéchisme : l'essence de la révélation est abordée au moyen de formules simples et d'icônes somptueuses. Chacun a droit au Salut.
DOS est Protestant, voire Calviniste. Il permet la libre interprétation des écritures, réclame des décisions personnelles difficiles, impose une herméneutique subtile àl'utilisateur et tient pour acquis que tout le monde ne peut pas atteindre le Salut. Afin de faire fonctionner le système, il faut interpréter soi-même le programme : loin de la communauté baroque des fêtards, l'utilisateur est enfermé à l'intérieur de la solitude de ses propres tourments.
Le fait est que le monde est divisé entre les utilisateurs d'ordinateurs Mac et les utilisateurs d'ordinateurs compatibles MS-DOS. Je suis entièrement convaincu que le Mac est Catholique et le DOS Protestant. En effet, le Mac est contre-réformiste et a été influencé par le "ratio studiorum" des Jésuites. C'est un système gai, convivial, amical, il dit au croyant comment il doit procéder étape par étape pour atteindre - sinon le Royaume des Cieux - le moment où le document est imprimé. C'est une forme de cathéchisme : l'essence de la révélation est abordée au moyen de formules simples et d'icônes somptueuses. Chacun a droit au Salut.
DOS est Protestant, voire Calviniste. Il permet la libre interprétation des écritures, réclame des décisions personnelles difficiles, impose une herméneutique subtile àl'utilisateur et tient pour acquis que tout le monde ne peut pas atteindre le Salut. Afin de faire fonctionner le système, il faut interpréter soi-même le programme : loin de la communauté baroque des fêtards, l'utilisateur est enfermé à l'intérieur de la solitude de ses propres tourments.
Groumfy
Le lundi 6 septembre 2010 à 16:50:42
#5
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le mercredi 8 décembre 04
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commentaires
Profiteur !
Franchement quand on constate une erreur dont on est sûr, ça coûte pas grand chose de la corriger ou de la signaler... Evidemment que wikipédia n'est pas parfait, mais ça sert à rien de s'en plaindre si on fait rien pour l'améliorer...
J’ai donc relevé qu’à l’intérieur du même article il y avait une contradiction.
Repérer une contradiction, c'est différent de savoir la corriger.
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