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Hadopi ou la persistance de la présomption de responsabilité

Fraus omnia corrompit

La sécurisation de l’accès n’en finit pas d’inquiéter les députés. Dans une question, le député socialiste Jean-Claude Fruteau a interrogé le ministère de la Culture sur la sacralisation de l’adresse IP. « Force est de constater qu'il est très simple, pour un utilisateur moyennement confirmé, de falsifier sa propre adresse IP en prenant celle d'un autre ordinateur. Ainsi, une personne ne téléchargeant pas illégalement des oeuvres sur Internet pourrait être sanctionnée à tort » oppose-t-il au ministère de la Culture.

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Usurper, c'est difficile

Frédéric Mitterrand n’est pas de cet avis : d’un, « la loi ne méconnaît pas le fait que la vigilance des internautes sera susceptible d'être trompée par des tiers qui tenteraient d'usurper leur adresse IP ou d'utiliser frauduleusement leur réseau Wi-Fi ». Il fait ici preuve d’un certain réalisme aussi bienvenu qu’inquiétant. Toutefois, précise-t-il immédiatement, « il convient toutefois d'observer que ces pratiques de contournement devraient rester limitées. Elles nécessitent en effet, pour certaines d'entre elles, des connaissances informatiques inconnues du plus grand nombre ». Il y a donc un risque, mais peu importe : c’est statistiquement dans l’ordre du négligeable.

La Rue de Valois estime que le risque juridique, l'usurpation d'identité sur un réseau, « qui suppose de s'introduire frauduleusement dans un système informatique » est lui bien réel. Il est « passible des peines prévues aux articles 323-1 et suivants du Code pénal, lesquelles s'élèvent à deux ans d'emprisonnement et 30 000 EUR d'amende ».

Par ailleurs, « le fait d'utiliser l'adresse IP de quelqu'un d'autre pour commettre un acte de contrefaçon est également passible des peines que prévoit le Code pénal pour les usurpations d'identité commises en vue de commettre un délit. L'article 434-23 du Code pénal institue une peine de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 EUR d'amende à l'encontre des personnes qui prennent le nom d'un tiers dans des circonstances qui ont déterminé ou auraient pu déterminer contre celui-ci des poursuites pénales ».

Enfin, prévient-il, le projet de loi LOPPSI « prévoit de créer un délit spécifique d'usurpation d'identité sur Internet, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 EUR d'amende ».

Bref : d'une part, les contrefacteurs auront beaucoup de difficultés pour chaparder la connexion de Mme Michu, de deux, ils devront craindre une avalanche de peines s’ils s’adonnent à ce petit sport. Cependant... la contrefaçon est punie de 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende, mais ceci n’a jamais empêché les abonnés de cliquer sur « download »…. Alors pour le « vol » de connexion, on devine sans mal l’effet dissuasif de la batterie de menaces. 

Des moyens de sécurisation

La Rue de Valois estime malgré tout que la loi Hadopi est un texte de « pédagogie et de sensibilisation ». C'est là qu'on en vient aux effets attendus des messages d'avertissement : « afin de prévenir de telles pratiques de contournement, la loi (…) précitée incite les internautes à mettre en place des mesures de sécurisation de leur accès à Internet, notamment des accès Wi-Fi, qui leur sont notamment proposées par leurs fournisseurs d'accès à Internet. Dans les messages qu'elle adressera aux internautes dont l'accès aura été utilisé à des fins de téléchargement illicite, la Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (HADOPI) mentionnera l'existence de moyens de sécurisation permettant de prévenir les manquements à l'obligation de surveillance et invitera le titulaire de l'accès à Internet à s'équiper d'un tel moyen de sécurisation pour prévenir toute nouvelle utilisation de son accès à des fins de téléchargement illicite ».

Lisons bien : le message d’avertissement ne dira pas à l'abonné quel est le « moyen de sécurisation à employer » pour éviter le risque Hadopi. Il dira qu’il existe « des moyens de sécurisation ». Une nuance de taille qui touche au fameux mythe de la sécurisation de l’accès, sacralisé par ce texte.

Établir l'existence d'une fraude, non d'une sécurisation

Mitterrand en outre rappelle qu’Hadopi 1 et 2 « n'instituent [pas de] présomption de responsabilité. Les internautes victimes d'une usurpation de leur adresse IP pourront faire valoir des observations auprès de la Haute Autorité ». Et ? La Hadopi (ou plutôt la Commission de protection des droits, avec ses trois magistrats) « appréciera ces observations et les circonstances d'espèce et mettra un terme à la procédure engagée à l'encontre des internautes dont il aura été établi qu'ils ont été victimes d'une fraude ».

On se délecte de la contorsion : il n’y a pas de présomption de responsabilité, mais ce sera à l’abonné d’expliquer à la Commission de protection des droits qu’il a été victime d’une fraude. Problème : Hadopi ne "disculpe" pas ceux qui ont été victimes d'une fraude mais seulement ceux qui ont sécurisé leur accès. C'est (très) différent. Lier la démonstration d'une absence de fraude avec la responsabilité Hadopienne, c'est justement flirter avec la présomption de responsabilité qu'avait sanctionnée le Conseil constitutionnel dans sa décision Hadopi 1.

La parole au ministère public et au juge, en bout de course

Pas d'inquiétude, explique néanmoins le ministre de la Culture : « la loi (...) prévoit l'intervention systématique d'un juge, seul à même de prononcer une peine de suspension de l'accès à Internet, de sorte que les prescriptions de la procédure pénale comme le principe de la présomption d'innocence seront pleinement respectés. La charge de la poursuite et celle de la preuve incomberont ainsi au ministère public ». Cette réponse avait déjà été donnée en janvier dernier. Le ministère public aura cependant dans une main une adresse IP flashée par un agent assermenté avec un PV qui fait foi, et de l’autre notre bonne Mme Michu qui expliquera avec un luxe de détails qu’un tiers a pillé son accès très très sécurisé. Devinez qui l’emportera ?
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

Le 1 septembre 2010 à 09:34 (28 361 lectures)

Il y a 179 commentaires

Avatar de pamputt INpactien
pamputt Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:41:37
Inscrit le mardi 4 mars 08 - 739 commentaires
Force est de constater qu'il est très simple, pour un utilisateur moyennement confirmé, de falsifier sa propre adresse IP en prenant celle d'un autre ordinateur.

Je suis peut être mauvais à part un accès wifi ouvert ou avec une clé WEP, je ne vois pas comment on utilise une autre IP facilement.
Avatar de goodwhitegod INpactien
goodwhitegod Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:42:12
Inscrit le vendredi 31 octobre 03 - 10242 commentaires
Normalement, le gouvernement est la vois du peuple... Non ?
Les lois sont faites pour le peuple... Non ?

Avec ce cas, je ne vois rien de cela.

Est-ce dues à leurs total INcompétences dans les domaines de l'informatique, de la politique et de l'humain (droit de l'homme) ?
Avatar de RoToR INpactien
RoToR Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:42:22
Inscrit le mercredi 2 juillet 08 - 717 commentaires
et comme depuis le début des débats HADOPI, la charge sera à l'abonné de prouver que sa ligne a été piraté et si possible de trouver le vilain usurpateur d'IP
Avatar de yeti62 INpactien
yeti62 Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:42:32
Inscrit le mercredi 15 juillet 09 - 7438 commentaires
Je propose de demander à Monsieur le Ministre de la Culture Frédéric Miterrand (vous remarquerez le ton respectueux que j'emploie, histoire de ne pas être vu comme un effronté) sur quelles connaissances techniques (en termes de réseaux, ou de programmation) il se base pour dire que ces méthodes sont "inconnues du plus grand nombre" et "devraient rester limitées" ?

Sachant que c'est maintenant arrivé à la portée de toute personne sachant faire une recherche sur un moteur quelconque, j'ai du mal à croire que cet usage va rester limité, ou que certains développeurs hardis ne vont pas se lancer dans la création de programmes facilitant la falsification d'ip ou l'insertion dans dés réseaux Wifi soit-disant sécurisés...
Avatar de patos INpactien
patos Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:43:19
Inscrit le mercredi 7 novembre 07 - 6735 commentaires
Par ailleurs, « le fait d'utiliser l'adresse IP de quelqu'un d'autre pour commettre un acte de contrefaçon est également passible des peines que prévoit le Code pénal pour les usurpations d'identité commises en vue de commettre un délit. L'article 434-23 du Code pénal institue une peine de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 EUR d'amende à l'encontre des personnes qui prennent le nom d'un tiers dans des circonstances qui ont déterminé ou auraient pu déterminer contre celui-ci des poursuites pénales ».

Donc utiliser TOR est puni, ainsi que les VPNs... mais encore faut-il qu'ils puissent prouver la contrefaçon qui est derrière, ce qui risque d'être comique (surtout derrière TOR en fait).
Avatar de yeti62 INpactien
yeti62 Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:43:45
Inscrit le mercredi 15 juillet 09 - 7438 commentaires
Je suis peut être mauvais à part un accès wifi ouvert ou avec une clé WEP, je ne vois pas comment on utilise une autre IP facilement.

Il paraît que le WPA ("simple", pas le WPA2) commence à montrer des signes de faiblesse, si la clé choisie n'est pas assez complexe
Avatar de Poseyidon INpactien
Poseyidon Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:44:32
Inscrit le mardi 11 mai 04 - 4135 commentaires
Quelle bouillie indigeste tout ça...
Avatar de huskie INpactien
huskie Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:48:23
Inscrit le mercredi 20 avril 05 - 29925 commentaires
Le ministère public aura cependant dans une main une adresse IP flashée par un agent assermenté avec un PV qui fait foi, et de l’autre notre bonne Mme Michu qui expliquera avec un luxe de détails qu’un tiers a pillé son accès très très sécurisé. Devinez qui l’emportera ?

Fastoche.
L'irréfragabilité étant flagrante, la procédure par injonction est inconstitutionnelle.
17. Considérant, en outre, qu'en vertu de l'article 9 de la Déclaration de 1789, tout homme est présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable ; qu'il en résulte qu'en principe le législateur ne saurait instituer de présomption de culpabilité en matière répressive ; que, toutefois, à titre exceptionnel, de telles présomptions peuvent être établies, notamment en matière contraventionnelle, dès lors qu'elles ne revêtent pas de caractère irréfragable, qu'est assuré le respect des droits de la défense et que les faits induisent raisonnablement la vraisemblance de l'imputabilité ;

Décision n° 2009-580 DC du 10 juin 2009
Avatar de atomusk Modérateur
atomusk Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:49:15
Inscrit le mardi 20 juillet 04 - 19844 commentaires
Non c'est tout ce qu'il y a de plus logique ...

Hadopi ne sanctionne pas la contrefaçon (ou piratage, le couteau entre les dents avec le perroquet et la jambe de bois), mais le "défaut de sécurisation" ou "négligeance carractérisé" ou "l'incompétence en informatique"

WEP au lieu de WPA ! hop ! un mail ! WPA avec un mot de passe trop faible ? HOP ! une lettre recommandée ! on ouvre un mail avec un PDF verollé qui fait une faille de buffer overflow qui permet au process de tuer le process d'antivirus/firewall et transforme ta machine en Pc proxy !

PLUS DE NET !

Aaaaah c'est beau l'avenir

Non ce que j'explique à tous ceux autour de moi c'est que pour Hadopi que sanctionne la "négligeance carractérisée", c'est parfait !

Pirate ? Oui, Négligeant ?? JAMAIS !
Avatar de goodwhitegod INpactien
goodwhitegod Le mercredi 1 septembre 2010 à 09:49:54
Inscrit le vendredi 31 octobre 03 - 10242 commentaires

voix (à une touche près )
Il paraît que le WPA ("simple", pas le WPA2) commence à montrer des signes de faiblesse, si la clé choisie n'est pas assez complexe

Il n'y a pas de technique de sécurisation WiFi sûr...
Elles ont toutes été hackées ! (à part peut être RADIUS)

Edité par goodwhitegod le mercredi 1 septembre 2010 à 09:52
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