Ils sont parfois incontournables, leurs publicités sont partout, tout comme leurs produits, et quand ils n’ont pas quelque chose, ils l’achètent. Ils, ce sont les grands groupes. Ce n’est pas nouveau, et le secteur informatique et celui du Web ne dérogent pas à la règle. Ainsi, aujourd'hui, être petit et indépendant dans ces secteurs est quasi impossible, contrairement à une dizaine d'années. La seule façon est de prendre rapidement du poids, coûter trop cher, et donc rebuter d’éventuels prédateurs. Mais cela peut aussi signifier devenir soi-même un grand groupe. En somme, on est une proie, ou l’on devient prédateur.
Google en est le meilleur exemple récent. Lors de sa création il y a une dizaine d’années, certains (comme Yahoo!) ont senti le potentiel de la société et ont voulu la racheter. Mais les sommes proposées n’étaient pas suffisantes pour les dirigeants de Google. Résultat, c’est désormais lui qui croque à tout va, à coup de centaines de millions de dollars, voire plusieurs milliards…
Mais comment rester indépendant dans un tel monde ? Certes, beaucoup d’entrepreneurs créent leur entreprise tout en sachant qu’ils la cèderont au plus offrant. C’était même un sport de faire ça lors de la bulle Internet il y a 10 ans, certaines entreprises étant rachetées des millions de dollars à peine quelques mois après leur création… Du grand n’importe quoi.
Cependant, d’autres ont une vision à plus long terme et souhaitent rester indépendant le plus longtemps possible. Une donnée fondamentale peut néanmoins les faire reculer : l’état du marché (et/ou de la concurrence). Le marché de la musique en streaming est symptomatique. Nous savons depuis longtemps que les nombreux sites de ce marché ont du mal financièrement, tout simplement parce que les rentrées d’argent sont faibles, et que les majors demandent à être rétribuées.
Résultat : rien que cette année, Jiwa a passé l’arme à gauche, et Deezer s’est lié à Orange. En attendant de se faire croquer intégralement tôt ou tard ? Tout ceci était prévisible, il ne pouvait en être autrement.
Mais prenons un exemple qui vous parlera plus encore : celui des sites d’actualités informatiques. Aujourd’hui, Clubic appartient à M6 (depuis plus de 2 ans), Presence-PC a été racheté par Best of Media Group il y a déjà 6 ans et est devenu Tom’s Hardware (qui s’est lui-même fait racheter par BoM il y a 3 ans), Hardware.fr est la propriété du magasin LDLC depuis déjà 10 ans, etc. En somme, à ce jour, aucun gros site d’actualités n’est indépendant. Sauf peut-être PC INpact, si l’on peut nous considérer comme « gros ».
Et cela s’applique pour bien des grands sites. Récemment, Priceminister, qui fait pourtant parti des sites les plus importants du paysage français, s’est fait croquer par une société japonaise (Rakuten). Et TF1 a il y a quelques années pris une participation dans OverBlog, seule plateforme de blogs importante en France aux côtés de Skyrock.
On peut alors – et c’est l’objet de cet édito – se poser de sérieuses questions sur le futur proche des dernières sociétés indépendantes françaises. Dailymotion par exemple, qui reste important dans l’Hexagone, mais qui ne parvient pas à contrer YouTube (racheté par Google en 2006), n’est-t-il pas voué à être racheté tôt ou tard ? La société ne vaut peut-être pas 1,65 milliard de dollars (somme posée sur la table par Google pour YouTube) mais elle a nécessairement une valeur intéressante.
Résultat, si l’on s’arrête juste au Web, aucun des plus gros sites français n’est totalement indépendant. Sauf un : Entreparticuliers.com. Mais pour combien de temps ? Le dernier classement de Médiamétrie est frappant, sachant que comme expliqué plus haut, OverBlog n’est pas à 100 % indépendant, que PMU.fr est un GIE, et que Homelidays a été racheté il y a 1 an et demi par HomeAway.
Leboncoin, l’un des sites les plus visités de France (si ce n’est le plus visité), ne figure pas dans ce classement. Mais il ne s’agit pas là, encore, d’un site indépendant, puisqu’il a été créé il y a quatre ans par le groupe Spir Communication, qui détient notamment le fameux Top Annonces.
Bref, sur le Web, il est difficile d’exister bien longtemps tout en étant indépendant. Et la pression financière des grands groupes (qui captent toute la publicité notamment) n’arrange rien à l’affaire…
Et en dehors du Web, c’est bien évidemment la même chose. Les éditeurs de logiciels français sont rachetés assez régulièrement, et le leader incontesté, Dassault Systèmes, est une filiale du Groupe Dassault… Du côté des SSII, des rachats ont aussi été opérés, et seules les grosses SSII françaises arrivent à lutter (voire à racheter, mais à ce moment là, ils rentrent dans la catégorie des Groupes).
Le marché de la téléphonie mobile ne compte aucun indépendant d’envergure, MVNO compris. Et celui des FAI ? Aujourd’hui, seul Free (malgré le rachat d'Alice) cloche dans le paysage, qui ne compte que des multinationales réalisant des dizaines de milliards d'euros par an. Et la pression ne cesse de se faire sentir sur les épaules d'Iliad. Ses trois principaux concurrents proposent des offres quadruple-play, ce qu’il ne pourra pas encore faire avant un an et demi. Les recrutements de nouveaux abonnés de Free ne sont pas exceptionnels, et Alice perd des abonnés. Et qui sait, peut-être que d’ici quelques mois, nous allons vivre un fait historique : la perte (nette) d’abonnés pour le groupe Iliad.
Cette situation peut-elle durer ? Un succès dans le mobile semble quasi indispensable…
Google en est le meilleur exemple récent. Lors de sa création il y a une dizaine d’années, certains (comme Yahoo!) ont senti le potentiel de la société et ont voulu la racheter. Mais les sommes proposées n’étaient pas suffisantes pour les dirigeants de Google. Résultat, c’est désormais lui qui croque à tout va, à coup de centaines de millions de dollars, voire plusieurs milliards…
Mais comment rester indépendant dans un tel monde ? Certes, beaucoup d’entrepreneurs créent leur entreprise tout en sachant qu’ils la cèderont au plus offrant. C’était même un sport de faire ça lors de la bulle Internet il y a 10 ans, certaines entreprises étant rachetées des millions de dollars à peine quelques mois après leur création… Du grand n’importe quoi.
Cependant, d’autres ont une vision à plus long terme et souhaitent rester indépendant le plus longtemps possible. Une donnée fondamentale peut néanmoins les faire reculer : l’état du marché (et/ou de la concurrence). Le marché de la musique en streaming est symptomatique. Nous savons depuis longtemps que les nombreux sites de ce marché ont du mal financièrement, tout simplement parce que les rentrées d’argent sont faibles, et que les majors demandent à être rétribuées.
Résultat : rien que cette année, Jiwa a passé l’arme à gauche, et Deezer s’est lié à Orange. En attendant de se faire croquer intégralement tôt ou tard ? Tout ceci était prévisible, il ne pouvait en être autrement.
Mais prenons un exemple qui vous parlera plus encore : celui des sites d’actualités informatiques. Aujourd’hui, Clubic appartient à M6 (depuis plus de 2 ans), Presence-PC a été racheté par Best of Media Group il y a déjà 6 ans et est devenu Tom’s Hardware (qui s’est lui-même fait racheter par BoM il y a 3 ans), Hardware.fr est la propriété du magasin LDLC depuis déjà 10 ans, etc. En somme, à ce jour, aucun gros site d’actualités n’est indépendant. Sauf peut-être PC INpact, si l’on peut nous considérer comme « gros ».
Et cela s’applique pour bien des grands sites. Récemment, Priceminister, qui fait pourtant parti des sites les plus importants du paysage français, s’est fait croquer par une société japonaise (Rakuten). Et TF1 a il y a quelques années pris une participation dans OverBlog, seule plateforme de blogs importante en France aux côtés de Skyrock.
On peut alors – et c’est l’objet de cet édito – se poser de sérieuses questions sur le futur proche des dernières sociétés indépendantes françaises. Dailymotion par exemple, qui reste important dans l’Hexagone, mais qui ne parvient pas à contrer YouTube (racheté par Google en 2006), n’est-t-il pas voué à être racheté tôt ou tard ? La société ne vaut peut-être pas 1,65 milliard de dollars (somme posée sur la table par Google pour YouTube) mais elle a nécessairement une valeur intéressante.
Résultat, si l’on s’arrête juste au Web, aucun des plus gros sites français n’est totalement indépendant. Sauf un : Entreparticuliers.com. Mais pour combien de temps ? Le dernier classement de Médiamétrie est frappant, sachant que comme expliqué plus haut, OverBlog n’est pas à 100 % indépendant, que PMU.fr est un GIE, et que Homelidays a été racheté il y a 1 an et demi par HomeAway.
Leboncoin, l’un des sites les plus visités de France (si ce n’est le plus visité), ne figure pas dans ce classement. Mais il ne s’agit pas là, encore, d’un site indépendant, puisqu’il a été créé il y a quatre ans par le groupe Spir Communication, qui détient notamment le fameux Top Annonces.
Bref, sur le Web, il est difficile d’exister bien longtemps tout en étant indépendant. Et la pression financière des grands groupes (qui captent toute la publicité notamment) n’arrange rien à l’affaire…
Et en dehors du Web, c’est bien évidemment la même chose. Les éditeurs de logiciels français sont rachetés assez régulièrement, et le leader incontesté, Dassault Systèmes, est une filiale du Groupe Dassault… Du côté des SSII, des rachats ont aussi été opérés, et seules les grosses SSII françaises arrivent à lutter (voire à racheter, mais à ce moment là, ils rentrent dans la catégorie des Groupes).
Le marché de la téléphonie mobile ne compte aucun indépendant d’envergure, MVNO compris. Et celui des FAI ? Aujourd’hui, seul Free (malgré le rachat d'Alice) cloche dans le paysage, qui ne compte que des multinationales réalisant des dizaines de milliards d'euros par an. Et la pression ne cesse de se faire sentir sur les épaules d'Iliad. Ses trois principaux concurrents proposent des offres quadruple-play, ce qu’il ne pourra pas encore faire avant un an et demi. Les recrutements de nouveaux abonnés de Free ne sont pas exceptionnels, et Alice perd des abonnés. Et qui sait, peut-être que d’ici quelques mois, nous allons vivre un fait historique : la perte (nette) d’abonnés pour le groupe Iliad.
Cette situation peut-elle durer ? Un succès dans le mobile semble quasi indispensable…
Nil Sanyas
le 28 août 2010 à 08:00
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