Les droits d'auteur ralentissent-ils la croissance économique ?
Et celle des Présidents de la République ?
Un historien économiste allemand, Eckhard Höffner, a théorisé que la rapide industrialisation de l'Allemagne au 19ème siècle, comparé au lent déclin de l'empire britannique, était dû aux différences dans la protection des droits d'auteur pendant la période.
C'est un journaliste de Der Spiegel (en anglais) qui relaye cette analyse étonnante dans un article intitulé « Pas de lois sur les droits d'auteurs : la vraie raison de l'expansion industrielle allemande ». Selon les recherches du professeur Höffner, le fait que la croissance allemande ait été si extraordinaire au 19ème siècle et au début du 20ème siècle était due au fait que les droits d'auteurs étaient très faibles à cette époque, et donc que les éditeurs republiaient les ouvrages de leurs concurrents (« les plagiaient ») pour moins chers, sans se soucier de leur exclusivité.
Il en a découlé un engouement général pour la lecture, et une multitude de publications : 14 000 nouveaux livres pendant l'année 1843. Rapporté à la population de l'époque, cela représenterait presque autant qu'aujourd'hui. Surtout qu'en plus des romans, une majorité de ces livres étaient des papiers universitaires, sur la physique, la chimie, la biologie ou l'industrie en plus de la poésie et la philosophie, et étaient lus par un large public. Ils auraient donc fortement favorisé la révolution industrielle connue à cette époque par l'Allemagne.
L'Angleterre avait de son côté une législation beaucoup plus sévère et respectée, réservant l'exclusivité de la publication des livres à leurs éditeurs, qui en profitaient pour publier des petites séries luxueuses vendues plus cher. Il en résultait que seulement 1 000 nouvelles publications étaient faites chaque année, et que la majorité des citoyens n'y avaient pas accès, sauf à se procurer les contrefaçons provenant d'Irlande ou d'Écosse.
Cette analyse est présentée comme la première étude académique sur l'influence du droit d'auteur sur la croissance entre deux pays sur une longue période, et provoque un vif débat scientifique.
Une théorie sujette à critique
Dans une réaction publiée sur Ars Technica, le professeur américain d'histoire et de politique Matthew Lasar de l'Université de Californie, signale quelques limites dans l'analyse de son collègue allemand.
En comparant la croissance à cette époque de plusieurs pays européens, avec diverses législations sur le droit d'auteur, il remarque que si l'Allemagne dépasse bien la Grande Bretagne, c'est aussi le cas de plusieurs autres pays industriels de l'époque :
Dans ces conditions, il est facile de critiquer un aspect de la politique anglaise et de lui imputer tous les malheurs du pays. Cependant il est dommage que ces chiffres commencent en 1870, alors que l'Allemagne a commencé à introduire progressivement une protection des droits d'auteur à partir des années 1840. Et ce sont surtout les pays du nouveau monde qui s'enrichissent le plus vite sur cette période, à part l'Australie qui avait les mêmes conditions législatives que l'Angleterre, puisque 80 % de ses livres en étaient importés.
En prenant des exemples plus contemporains, on peut remarquer que la Chine et l'Inde, qui sont très proches en population et développement, ont depuis 20 ans des taux de croissance très différents, à la faveur de la Chine. Or ce pays fait beaucoup moins respecter les droits d'auteur que son voisin trans-himalayen. Mais des contre-exemples existent aussi, comme la différence de croissance entre l'Europe et les États-Unis alors que ces derniers sont un peu plus sévères concernant les infractions aux propriétés intellectuelles.
Dans tous les cas, l'idée est intéressante, et mérite d'être approfondie par la communauté scientifique. Elle viendra enrichir le débat sur la réforme de la propriété intellectuelle à l'heure d'Internet et du partage de masse des biens culturels.
C'est un journaliste de Der Spiegel (en anglais) qui relaye cette analyse étonnante dans un article intitulé « Pas de lois sur les droits d'auteurs : la vraie raison de l'expansion industrielle allemande ». Selon les recherches du professeur Höffner, le fait que la croissance allemande ait été si extraordinaire au 19ème siècle et au début du 20ème siècle était due au fait que les droits d'auteurs étaient très faibles à cette époque, et donc que les éditeurs republiaient les ouvrages de leurs concurrents (« les plagiaient ») pour moins chers, sans se soucier de leur exclusivité.
Il en a découlé un engouement général pour la lecture, et une multitude de publications : 14 000 nouveaux livres pendant l'année 1843. Rapporté à la population de l'époque, cela représenterait presque autant qu'aujourd'hui. Surtout qu'en plus des romans, une majorité de ces livres étaient des papiers universitaires, sur la physique, la chimie, la biologie ou l'industrie en plus de la poésie et la philosophie, et étaient lus par un large public. Ils auraient donc fortement favorisé la révolution industrielle connue à cette époque par l'Allemagne.
L'Angleterre avait de son côté une législation beaucoup plus sévère et respectée, réservant l'exclusivité de la publication des livres à leurs éditeurs, qui en profitaient pour publier des petites séries luxueuses vendues plus cher. Il en résultait que seulement 1 000 nouvelles publications étaient faites chaque année, et que la majorité des citoyens n'y avaient pas accès, sauf à se procurer les contrefaçons provenant d'Irlande ou d'Écosse.
Cette analyse est présentée comme la première étude académique sur l'influence du droit d'auteur sur la croissance entre deux pays sur une longue période, et provoque un vif débat scientifique.
Une théorie sujette à critique
Dans une réaction publiée sur Ars Technica, le professeur américain d'histoire et de politique Matthew Lasar de l'Université de Californie, signale quelques limites dans l'analyse de son collègue allemand.
En comparant la croissance à cette époque de plusieurs pays européens, avec diverses législations sur le droit d'auteur, il remarque que si l'Allemagne dépasse bien la Grande Bretagne, c'est aussi le cas de plusieurs autres pays industriels de l'époque :

Dans ces conditions, il est facile de critiquer un aspect de la politique anglaise et de lui imputer tous les malheurs du pays. Cependant il est dommage que ces chiffres commencent en 1870, alors que l'Allemagne a commencé à introduire progressivement une protection des droits d'auteur à partir des années 1840. Et ce sont surtout les pays du nouveau monde qui s'enrichissent le plus vite sur cette période, à part l'Australie qui avait les mêmes conditions législatives que l'Angleterre, puisque 80 % de ses livres en étaient importés.
En prenant des exemples plus contemporains, on peut remarquer que la Chine et l'Inde, qui sont très proches en population et développement, ont depuis 20 ans des taux de croissance très différents, à la faveur de la Chine. Or ce pays fait beaucoup moins respecter les droits d'auteur que son voisin trans-himalayen. Mais des contre-exemples existent aussi, comme la différence de croissance entre l'Europe et les États-Unis alors que ces derniers sont un peu plus sévères concernant les infractions aux propriétés intellectuelles.
Dans tous les cas, l'idée est intéressante, et mérite d'être approfondie par la communauté scientifique. Elle viendra enrichir le débat sur la réforme de la propriété intellectuelle à l'heure d'Internet et du partage de masse des biens culturels.
Jeff
le 23 août 2010 à 16:55
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