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USA : 2 % des albums se vendent à plus de 5 000 exemplaires

Musicien : un métier d'avenir ?

SNEP Musique Chute France dessinLors de conférence NARM (National Association of Recording Merchandisers) à Chicago le mois dernier Nielsen a dévoilé des chiffres de ventes pour les albums physiques qu'il est intéressant d'analyser.

Tout d'abord nous apprenons que 97 751 albums ont été publiés par les maisons de disques aux États-Unis en 2009. Mais sur cette masse colossale, seuls 12 ont dépassé le million d'exemplaires vendus, et à peine 2 050 albums ont dépassé les 5 000 exemplaires. Or un artiste sous contrat touche typiquement 1 $ par CD vendu. Ils ne peuvent donc plus vivre de leurs ventes d'albums.

En 2008, le nombre d'albums millionnaires s'élevait à 22, en 2007 à 27 et en 2006 à 35. Nous voyons donc une forte érosion des blockbusters. Mais si certains voudraient se réjouir de la mévente des albums commerciaux destinés à accumuler les bénéfices, il ne faut pas oublier que leur succès permet d'alimenter le financement des jeunes artistes. Or la baisse du nombre de ces hits provoque une baisse du nombre d'albums mis sur le marché, puisqu'en 2008 il y avait encore 105 000 nouveaux albums proposés par les maisons de disque, soit plus de 7 000 artistes supplémentaires qui ont pu enregistrer un disque.

albums millionnaires

La baisse du nombre de blockbusters serait due à la baisse globale des ventes d'albums physiques (remplacés en partie par des ventes de chansons à l'unité sur Internet, en partie par le piratage), à la diminution des moyens marketings mis en jeu par les Majors de la musique, et plus globalement au manque d'alternative au modèle économique des majors.

Car on le voit très clairement, le modèle de mutualisation des risques des artistes est en train de s'épuiser. Il reposait sur les milliers de contrats signés par la maison de disque, sur lesquels elle ne gagne de l'argent (mais beaucoup d'argent) que pour une poignée. Alors quel modèle pourrait le remplacer ?

Des calculs récents sur l'argent que les sites de vente de musique en ligne et de streaming rapportent aux artistes montrent qu'ils sont loin d'un niveau où les artistes pourraient en vivre. A l'exception des quelques rares chanceux qui bénéficient d'une publicité virale sur la toile, et finissent généralement par se faire signer par une maison de disque. Les labels participatifs du genre de MyMajorCompany ont également des problèmes de leur côté, et ils ne compensent pas la baisse actuelle des ventes de musique.

Comment sauver les artistes professionnels ?

Du coup les ventes de chansons en ligne (excluant donc les sites de streaming gratuits, mais incluant les méthodes où le paiement  d'une chanson est effectué en regardant une publicité) sont la seule alternative qui ait pour l'instant fait ses preuves pour les artistes voulant vivre de leur musique. La dématérialisation de ce support permet également aux artistes prêts à faire leur propre promo de se passer des Majors, abaissant du coup considérablement le nombre de chansons à vendre avant de toucher de l'argent.

En attendant que les ventes de chansons sur Internet prennent vraiment de l'ampleur, les artistes et leur public se tournent en masse vers les concerts et les festivals. Mais tous les genres de musiques ne sont pas adaptés à la scène, et pour ces styles ce sont les artistes "bénévoles" ou à temps partiel qui reprennent le flambeau.

Certains diront que c'est bien mieux comme ça, l'art devenant ainsi à la fois un spectacle et l'affaire de tous les talents au lieu d'une élite professionnelle. D'autres soutiendront qu'une société démocratique a besoin d'artistes à plein temps, libres et iconoclastes qui questionnent sans arrêt nos valeurs.
Source : billboard.biz
le 4 juin 2010 à 18:05 (24 545 lectures)