Dans un long entretien avec le magazine Les Inrocks, le cinéaste Jean-Luc Godard a abordé de nombreux sujets intéressants. De Roman Polanski à la crise grecque en passant par sa mort et Barack Obama, l'interview a rapidement dévié du sujet initial : le dernier film en date du réalisateur, "Film Socialisme". L'artiste est ainsi résolument...Dans un long entretien avec le magazine Les Inrocks, le cinéaste Jean-Luc Godard a abordé de nombreux sujets intéressants. De Roman Polanski à la crise grecque en passant par sa mort et Barack Obama, l'interview a rapidement dévié du sujet initial : le dernier film en date du réalisateur, "Film Socialisme".
L'artiste est ainsi résolument opposé à l'Hadopi, mais ses arguments ne sont pas ceux repris habituellement sur Internet. Pour lui, qui en est à 55 ans de carrière dans le cinéma, c'est le concept même de droit d'auteur qui est absurde :
« [Si on parle politique on peut parler] par exemple de la loi Hadopi, de la question du téléchargement pénalisé, de la propriété des images…
Je suis contre Hadopi, bien sûr. Il n’y a pas de propriété intellectuelle. Je suis contre l’héritage, par exemple. Que les enfants d’un artiste puissent bénéficier des droits de l’oeuvre de leurs parents, pourquoi pas jusqu’à leur majorité… Mais après, je ne trouve pas ça évident que les enfants de Ravel touchent des droits sur le Boléro…
Vous ne réclamez aucun droit à des artistes qui prélèvent des images de vos films ?
Bien sûr que non. D’ailleurs, des gens le font, mettent ça sur internet et en général c’est pas très bon… Mais je n’ai pas le sentiment qu’ils me prennent quelque chose. Moi je n’ai pas internet. Anne-Marie (Miéville, sa compagne et cinéaste – NDLR) l’utilise. Mais dans mon film, il y a des images qui viennent d’internet, comme ces images de deux chats ensemble ».
Le cinéaste est connu pour emprunter régulièrement des images à d'autres artistes pour les incorporer dans ses films, sous forme d'hommages, de clins d’œil ou pour en transformer la signification. Du coup si le droit d'auteur était respecté à la lettre la plupart de ses films devraient être interdits. Pour lui aucune restriction ne devrait empêcher la citation d'autres œuvres dans un film (comme dans la littérature ou en sciences), et sa façon de reprendre des images et explorer leur sens dans un nouveau contexte ne devrait pas tomber sous le coup du droit d'auteur : une œuvre nouvelle est créée.
Pour enfoncer le clou il rappelle que le droit de propriété intellectuelle est très récent :
« Le socialisme du film consiste à saper l’idée de propriété, à commencer par celle des oeuvres… Il ne devrait pas y avoir de propriété des oeuvres. Beaumarchais voulait seulement bénéficier d’une partie des recettes du Mariage de Figaro. Il pouvait dire “Figaro, c’est moi qui l’ai écrit”. Mais je ne crois pas qu’il aurait dit “Figaro, c’est à moi”. Ce sentiment de propriété des oeuvres est venu plus tard. Aujourd’hui, un type pose des éclairages sur la tour Eiffel, il a été payé pour ça, mais si on filme la tour Eiffel on doit encore lui payer quelque chose ».
On le voit, Godard ne nie pas que les artistes méritent une rémunération pour leur travail. Mais donner un titre de propriété sur une œuvre de l'esprit est contraire à sa vision du travail d'un artiste : une œuvre appartient à tous. Une même réflexion peut être étendue aux brevets (en particulier logiciels) et aux droits des marques.
L'artiste est ainsi résolument opposé à l'Hadopi, mais ses arguments ne sont pas ceux repris habituellement sur Internet. Pour lui, qui en est à 55 ans de carrière dans le cinéma, c'est le concept même de droit d'auteur qui est absurde :
« [Si on parle politique on peut parler] par exemple de la loi Hadopi, de la question du téléchargement pénalisé, de la propriété des images…
Je suis contre Hadopi, bien sûr. Il n’y a pas de propriété intellectuelle. Je suis contre l’héritage, par exemple. Que les enfants d’un artiste puissent bénéficier des droits de l’oeuvre de leurs parents, pourquoi pas jusqu’à leur majorité… Mais après, je ne trouve pas ça évident que les enfants de Ravel touchent des droits sur le Boléro…
Vous ne réclamez aucun droit à des artistes qui prélèvent des images de vos films ?
Bien sûr que non. D’ailleurs, des gens le font, mettent ça sur internet et en général c’est pas très bon… Mais je n’ai pas le sentiment qu’ils me prennent quelque chose. Moi je n’ai pas internet. Anne-Marie (Miéville, sa compagne et cinéaste – NDLR) l’utilise. Mais dans mon film, il y a des images qui viennent d’internet, comme ces images de deux chats ensemble ».
Le cinéaste est connu pour emprunter régulièrement des images à d'autres artistes pour les incorporer dans ses films, sous forme d'hommages, de clins d’œil ou pour en transformer la signification. Du coup si le droit d'auteur était respecté à la lettre la plupart de ses films devraient être interdits. Pour lui aucune restriction ne devrait empêcher la citation d'autres œuvres dans un film (comme dans la littérature ou en sciences), et sa façon de reprendre des images et explorer leur sens dans un nouveau contexte ne devrait pas tomber sous le coup du droit d'auteur : une œuvre nouvelle est créée.
Pour enfoncer le clou il rappelle que le droit de propriété intellectuelle est très récent :
« Le socialisme du film consiste à saper l’idée de propriété, à commencer par celle des oeuvres… Il ne devrait pas y avoir de propriété des oeuvres. Beaumarchais voulait seulement bénéficier d’une partie des recettes du Mariage de Figaro. Il pouvait dire “Figaro, c’est moi qui l’ai écrit”. Mais je ne crois pas qu’il aurait dit “Figaro, c’est à moi”. Ce sentiment de propriété des oeuvres est venu plus tard. Aujourd’hui, un type pose des éclairages sur la tour Eiffel, il a été payé pour ça, mais si on filme la tour Eiffel on doit encore lui payer quelque chose ».
On le voit, Godard ne nie pas que les artistes méritent une rémunération pour leur travail. Mais donner un titre de propriété sur une œuvre de l'esprit est contraire à sa vision du travail d'un artiste : une œuvre appartient à tous. Une même réflexion peut être étendue aux brevets (en particulier logiciels) et aux droits des marques.
Jeff,
Le 19 mai 2010 à 15:36
(22 490
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Il y a 74 commentaires
MER IL AI FOU !!
il veut tuer le cinéma ou quoi ?!!?
On voit que c'est un vieux radin qui ne veut rien laisser à ses enfants...
C'est vrai ça, la progéniture de Ravel palpe encore sur le Boléro ??
il veut tuer le cinéma ou quoi ?!!?
On voit que c'est un vieux radin qui ne veut rien laisser à ses enfants...
C'est vrai ça, la progéniture de Ravel palpe encore sur le Boléro ??
On le voit, Godard ne nie pas que les artistes méritent une rémunération pour leur travail. Mais donner un titre de propriété sur une œuvre de l'esprit est contraire à sa vision du travail d'un artiste : une œuvre appartient à tous. Une même réflexion peut être étendue aux brevets (en particulier logiciels) et aux droits des marques.
Je reprends la phrase de Jeff : elle est pour moi très importante et résume tant de choses !
Chapeau, Godard, tu es un vrai artiste !
doctor madness
Le mercredi 19 mai 2010 à 15:44:10
#3
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1914
commentaires
bah voila, enfin quelqu'un qui pense la meme chose que moi, sur le droit d'auteur sur les brevets, et meme sur l'héritage :à)
Vrai pour ravel, et il y a bien d'autres cas tordus ou la longévité des droits dépassent allègrement les 100 ans.
En tout cas voila enfin des paroles censées. Merci Mr Godard de nous montrer que le fruit n'est pas entièrement pourri !
En tout cas voila enfin des paroles censées. Merci Mr Godard de nous montrer que le fruit n'est pas entièrement pourri !
Vrai pour ravel, et il y a bien d'autres cas tordus ou la longévité des droits dépassent allègrement les 100 ans.
En tout cas voila enfin des paroles censées. Merci Mr Godard de nous montrer que le fruit n'est pas entièrement pourri !
En tout cas voila enfin des paroles censées. Merci Mr Godard de nous montrer que le fruit n'est pas entièrement pourri !
Génération d'assistés
Jean_Peuplus
Le mercredi 19 mai 2010 à 15:47:36
#6
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le jeudi 18 septembre 08
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5579
commentaires
et un gros godardmichet pour HADOPI !
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Commentaire_supprime
Le mercredi 19 mai 2010 à 15:47:46
#7
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le vendredi 31 octobre 08
-
25025
commentaires
Juste ceci :
Bon résumé de ce que nous pensons en commun M. Godard. Enfin un homme du sérail qui donne un coup de pied dans la fourmilière !
Bon résumé de ce que nous pensons en commun M. Godard. Enfin un homme du sérail qui donne un coup de pied dans la fourmilière !
Godard c'est pas un tocard !
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Vrai pour ravel, et il y a bien d'autres cas tordus ou la longévité des droits dépassent allègrement les 100 ans.
L'exemple du Boléro de Ravel est saisissant, puisque selon Wikipédia, "depuis au moins 1970, ces droits [Note : droits d'auteur perçus par la SACEM pour le boléro] seraient versés sur le compte de sociétés écrans basées dans des paradis fiscaux. Ils y seraient gérés par Jean-Jacques Lemoine, un ancien directeur juridique de la SACEM"
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