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Salon Solutions Linux 2010 : Interview de l'April

Il y a de l'April en mars

Alors que s’ouvre aujourd’hui le salon Solutions Linux 2010, Benoît Sibaud et Tangui Morlier, ex et nouveau présidents de l’APRIL ont bien voulu répondre à nos questions autour des thèmes de l’association : la promotion et la défense du logiciel libre.  Une interview croisée et l’occasion de faire un point avec cette structure qui compte désormais plus de 5300 adhérents.

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Benoit Sibaud et Tangui Morlier

L’April vient de changer de présidence, Benoît Sibaud laissant sa place à Tangui Morlier. Pourquoi ?

Benoît :
J'ai été président de l'April pendant 5 ans. C'est une charge conséquente. L'association a su évoluer fortement, et il m'a semblé qu'il était temps de laisser ma place : il est important de montrer que l'April est une association qui sait se renouveler. Nous existons depuis 14 ans, nous faisons la promotion et la défense des mêmes valeurs depuis notre création. Cette continuité va être incarnée par de nouvelles figures comme Tangui. C'est un vrai signe de vitalité !

Tangui : Lorsque Benoît est arrivé à la tête de l'association, elle ne comptait que 400 membres. Il a su transformer une association 100% bénévole en une organisation alliant salariés et bénévoles. Lorsqu'il a quitté ses fonctions de président, l'association comptait plus de 5000 membres et 3 salariés. Sous sa présidence, l'April a été active sur les dossiers brevets logiciels, RGI / normalisation OOXML, vente liée, Candidats.fr, etc., et particulièrement sur DADVSI et HADOPI. C'est un incroyable bilan ! Si l'équipe dirigeante est renouvelée cette année, nous inscrivons nos actions dans la continuité. C'est pour cela que je me réjouis que Benoît reste au conseil d'administration comme vice-président.

Cette nomination est intervenue à quelques encablures du salon Solutions Linux qui débute aujourd’hui. Qu’attendez-vous d’une telle manifestation ?

Benoît : Le salon Solutions GNU/Linux est une manifestation très importante pour le Logiciel Libre français. À l'image de l'April, c'est une manifestation qui regroupe tous les acteurs du libre : les entreprises, qui font vivre de nombreux contributeurs et permettent de créer des services basés sur le Logiciel Libre, des représentations d'administrations et de collectivités, qui utilisent et développent du Logiciel Libre, mais également de nombreuses associations et des bénévoles faisant la promotion de leurs projets libres.

Tangui : Le salon est effectivement un formidable lieu d'échange. En y passant ne serait-ce qu'une demi-journée, on peut à la fois discuter déploiement du Logiciel Libre chez les grands comptes, création de services innovants avec des entrepreneurs spécialisés dans les solutions libres puis en s'attardant au village des associations, rencontrer des experts passionnés ou découvrir le prochain projet libre phare. Je connais peu de rendez-vous alliant ainsi entreprises et communautés.

Le libre a une place de choix dans un récent rapport parlementaire sur l’éducation. Quels sont selon vous les obstacles à la diffusion de la culture libre dans ce secteur ?

Benoît :
Concernant les logiciels, il faut savoir que les professeurs sont parmi les catégories socioprofessionnelles les plus équipées en informatique. Beaucoup d'entre eux sont utilisateurs voire développeurs de logiciels libres. En revanche, l'institution ne les accompagne pas. Il suffit de parcourir les préconisations académiques en matière de TICE pour les établissements scolaires.

Aucune ne mentionne GNU/Linux comme station de travail alors que ce système d'exploitation libre a été déployé dans des écoles, des collèges et des lycées. Cela entraîne de la frilosité de la part des décideurs locaux dans leurs choix techniques et ne permet finalement qu'une faible évolution. Les compétences existent, elles sont nombreuses et la demande du côté des professeurs est bien présente.

Les logiciels libres ont des qualités pédagogiques très intéressantes : non seulement ils garantissent une utilisation non discriminante et permettent de lutter contre la fracture numérique, mais en autorisant l'étude et la modification, ils permettent aux élèves ou aux étudiants de comprendre les mécanismes mis en œuvre. L'usage de formats ouverts garantit l'interopérabilité et facilite les échanges dans l'école à l'ère du numérique. Ceci est d'autant plus vrai avec la généralisation des ENT (ndlr : espace numérique de travail).

Tangui : Il manque une réelle incitation de l'institution éducative pour encourager les professeurs à diffuser leurs ressources sous une licence libre. Pour le moment, rien n'est mis en place. Un projet comme Sésamath, qui accueille un million de visiteurs chaque mois, s'est construit par la seule volonté de quelques enseignants ; l'institution ne l'a jamais soutenu. Pire, parfois certaines inspections ou rectorats reproduisent d'anciennes pesanteurs : ils ont tendance à étouffer ce mouvement naissant.

Pourtant, beaucoup de professeurs mutualisent déjà énormément de ressources pédagogiques. Sans reconnaissance de l'importance des licences libres, ce mouvement ne sera sans doute pas majoritaire. Leur utilisation est pourtant une solution intéressante pour résoudre le problème d'accès aux supports de cours tout comme pour diminuer le sentiment d'isolement du corps enseignant.

En parlant d’obstacle, les DRM reviennent en force au sein du fameux traité ACTA. Comment expliquez-vous la persistance de ce sujet, alors que le bilan même de la DADVSI n’a toujours pas été dressé ?

Tangui : Nous avons appris l'existence du traité ACTA fin 2008. Les discussions étant secrètes, nous pensions que l'axe principal des négociations était les brevets. Cela pouvait signifier pour nous un retour des brevets logiciels. Nous avions participé à la victorieuse lutte européenne contre les brevets logiciels. Ces brevets représentent un vrai danger pour l'innovation informatique en général, et pour le Logiciel Libre en particulier.

Ces dernières semaines, les négociations ont filtré et nous nous sommes rendu compte qu'en plus des brevets, l'ACTA faisait renaître les DRM, ces menottes numériques qui empêchent les consommateurs de biens culturels d'écouter de la musique, lire des livres ou regarder les films qu'ils ont légalement achetés. En 2006 et en dépit de leur inefficacité, la notion de DRM a été introduite dans le droit français via la loi DADVSI. Les députés ont demandé qu'un bilan soit produit 18 mois après la promulgation de la loi. Quatre ans plus tard, nous apprenons que des représentants français assistent aux discussions ACTA alors qu'aucun bilan de la loi n'a été produit.

Nous avons le sentiment que le travail des parlementaires est bafoué : la France participe aux négociations sans en informer ni les députés ni les sénateurs et alors que le bilan de la loi précédente n'a pas été fait.

De nombreuses voix se sont élevées, dont récemment le Parlement européen, pour réclamer de la transparence sur ces négociations. Cela commence à porter ses fruits, ainsi la DGTPE (direction générale du trésor et de la politique économique) nous a convié, ainsi que d'autres organisations comme La Quadrature du Net ou Act Up, à une réunion d'information et d'échanges sur ACTA le 18 mars.

Vous avez relancé l’opération Candidats.fr cette fois à l’occasion des élections régionales. Quel peut être l’apport du libre à l’économie locale et quel premier bilan tirez-vous (ex : nombre de signatures, échanges avec politiques locaux, etc.) ?

Benoît : avec plus de 250 signataires parmi les candidats (dont une quarantaine de têtes de liste régionales et plus de quatre-vingts têtes de liste départementales), tous partis et régions confondus, la campagne Candidats.fr est d'ores et déjà un beau succès. L'entre-deux tours va permettre de concentrer les contacts vers les candidats non-signataires encore en lice et de faire progresser encore ces chiffres (les conseillers signataires du Pacte du Logiciel Libre des régionales 2010 rejoindront les 76 députés français et les 34 députés européens - de sept États membres - signataires).

Les campagnes Candidats.fr permettent de faire connaître les enjeux liés au Logiciel Libre, de sensibiliser en particulier les candidats (et leur parti) sur ces questions et bien évidemment d'établir des contacts pour des actions/réalisations par la suite. Les contacts sont menés à la fois localement par des volontaires bénévoles dans leur circonscription, et globalement par l'association au niveau des partis.

Sur les aspects économiques, le marché lié aux logiciels libres en croissance de +33% en 2009 et +30% en prévision sur 2010 (étude PAC 2010), favorisant l'emploi local, interpelle bien évidemment les candidats.

En outre, cette campagne est l'occasion de constater les effets du travail de fond entrepris par l'April et tous les volontaires sur le terrain depuis 2007. En effet pour la première fois le Logiciel Libre figure au programme de nombreuses listes partout en France. Cela montre que les élus locaux perçoivent de mieux en mieux les enjeux liés au Logiciel Libre et à l'interopérabilité. Nous espérons que le prochain mandat sera l'occasion de généraliser des projets comme ceux que la région Île-de-France a réalisés ces dernières années [1], voire même d'engager des projets encore plus ambitieux comme ceux annoncés par Alain Rousset pour la Région Aquitaine [2].

Quelles seront vos priorités pour 2010 ?

Tangui : L'April se définit comme une association de promotion et de défense du Logiciel Libre. Ces dernières années, nous avons surtout communiqué sur ses activités de défense : entre les brevets logiciels, les DRM avec la DADVSI et notre recours au Conseil d'État, la vente liée ou l'HADOPI, nous n'avons pas chômé ! Dans la même période, nous avons également beaucoup travaillé pour sensibiliser au Logiciel Libre auprès de publics très variés : les associations, le grand public, les entreprises ou l'éducation. Par contre, ca n'a pas été aussi visible. Nous allons cette année essayer de rééquilibrer les choses.

À l'occasion du salon « Solutions Linux », nous dévoilerons une étude sur le rôle joué le Logiciel Libre pour la filière informatique française. Nous préparons un document papier de sensibilisation orienté grand public. Nous continuerons également à faire en sorte que le logiciel libre continue à jouer un vrai rôle pédagogique et non discriminant dans l'enseignement de l'informatique.

Merci Tangui & Benoit

Notes :

[1]. En particulier, les bureaux mobiles libres distribués aux lycéens franciliens sur clés USB, l'environnement numérique de travail libre et le soutien au tissu économique francilien du Libre par l'intermédiaire des groupes de travail Logiciel Libre des pôles de compétitivité
[2]. Migration des postes de travail de la Région Aquitaine en Logiciel Libre, développement de pôles industriels autour du Logiciel Libre, reconditionnement d'ordinateurs, équipement numérique des lycées... Voir cet article Alain Rousset présente son « Aquitaine numérique » et ce document de présentation.
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

Publiée le 16/03/2010 à 09:15

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Il y a 53 commentaires

Avatar de mmp35h INpactien
mmp35h Le mardi 16 mars 2010 à 09:22:17
Inscrit le samedi 24 septembre 05 - 2898 commentaires
\o/ Tangui \o/
Nouveau prez
Avatar de Tolor Modérateur
Tolor Le mardi 16 mars 2010 à 09:25:55
Inscrit le mercredi 5 août 09 - 12179 commentaires
Il leur manque la barbe, c'est pas des vrais
Avatar de geekounet85 INpactien
geekounet85 Le mardi 16 mars 2010 à 09:28:07
Inscrit le mercredi 9 juin 04 - 8092 commentaires
Il leur manque la barbe, c'est pas des vrais

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Avatar de jb18v INpactien
jb18v Le mardi 16 mars 2010 à 09:30:38
Inscrit le lundi 23 mai 05 - 105643 commentaires
Il y a de l'April en mars dd.gif
Avatar de cid_Dileezer_geek INpactien
cid_Dileezer_geek Le mardi 16 mars 2010 à 09:42:21
Inscrit le lundi 16 mars 09 - 11559 commentaires
Il leur manque la barbe, c'est pas des vrais


+1 et en plus ils ont leurs deux bras, fake!

ça fait Tangui et [strike]Laverdure[/strike]Benoit

Edité par cid_Dileezer_geek le mardi 16 mars 2010 à 09:44

Il y a 53 commentaires

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