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Purge des pubs Adwords : interview de Katrina Senez (FIFAS, CNAC)

D'autres solutions que le blocage...

Katrina Senez a bien accepté de répondre à nos questions sur les récentes mesures prises par Google pour purger les liens Adwords des publicités vers des sites de contrefaçons. L’intéressée est responsable "propriété intellectuelle" pour la FIFAS, et préside également le groupe « cybercontrefaçon » du Comité National Anti-Contrefaçon. La démarche suivie par Google et en collaboration avec les professionnels montre qu'il existe d'autres voies que le blocage pur et simple des sites pour tenter de corriger un problème.

marques sports

Comment a été mise en place cet outil de dénonciation des sites contrefacteurs qui utilisent les adwords ?

C’est Google qui a mis cela en place, dans le cadre de sa politique de lutte contre la contrefaçon. Notre objectif à la FIFAS est de lutter vraiment contre la contrefaçon de la façon la plus efficace possible afin que les sites contrefacteurs ne puissent plus vendre. On ne peut pas les empêcher d’être sur internet, c’est trop compliqué surtout pour les sites chinois, ni empêcher les gens d’acheter car les sites contrefacteurs savent très bien se donner l’apparence de la légalité. Notre idée est donc de rendre les choses plus difficiles pour les contrefacteurs : on s’est dit d’une part que les internautes doivent pouvoir reconnaitre ces sites facilement, car s’ils sont parfois complices, ils sont souvent victimes quand ils achètent des contrefaçons et ne reçoivent pas leur commande ou payent une amende douanière. Nous avons donc mis sur notre site quelques informations pour leur montrer ce qu’ils risquent en achetant de la contrefaçon (perdre leur argent, ne pas recevoir la bonne taille, payer une amende douanière), mais il faut aussi les aider à reconnaître les sites contrefacteurs. Il serait important que les pouvoirs publics mettent en place une campagne de ce type.

De l’autre, nous considérons que les prestataires de l’Internet ne devraient plus fournir leurs prestations aux contrefacteurs (organismes financiers et cartes bancaires, FAI, transporteurs, moteurs de recherche, etc.) car ils facilitent la vie des contrefacteurs : On a commencé par Google car nous savions qu’un site qui utilise Adwords multiplie son chiffre d’affaires par 100 ou 150. Nos adhérents sont les marques de sport, mais leurs clients, les distributeurs (comme Spartoo, Footcenter, Décathlon, etc.) qui utilisent ce service n’apprécient pas de se trouver mélangés avec des contrefacteurs : quand quelqu’un tape chaussure de sport sur Google, avant sur 62 réponses il y avait 56 contrefacteurs : comment voulez-vous qu’un internaute s’y retrouve ?

Nous avons donc rencontré Google qui nous a confirmé que le règlement Adwords permet, lorsque l’activité illicite est avérée, de désactiver les campagnes Adwords. Bien entendu, il n’est pas possible d’obtenir un jugement sur le fait que le site est contrefacteur, car nous avons recensé plus de 500 Urls contrefaisantes pour le secteur sport. Par contre, Google demande de fournir les éléments leur permettant d’analyser les sites et c’est ce que nous leur fournissons : par exemple, quand un site propose « envoyez-moi vos photos, je vous fabrique n’importe quoi », ou explique comment éviter les saisies en Douanes... et puis il y a l’expertise de nos adhérents, les marques de sport, qui ont énormément travaillé sur ce dossier. Nous avons transmis à Google une première analyse sur 42 sites.

Pendant cette période, nous sommes également intervenus auprès d’un certain nombre de médias sur lesquels des annonces contrefaisantes pouvaient apparaître, comme l’Équipe par exemple, qui travaille très régulièrement avec les marques de sport.

Avec quel résultat ?

Nous, nous considérons que ce dispositif va diviser le C.A. de ces sites contrefacteurs par 100 ou 150. Et dans le seul domaine du sport, nous en avons fait désactiver 90 à ce jour. Le résultat c’est que la contrefaçon est moins visible, et c’est le commerce licite qui en profite.

Vous nous signalez aussi que les contrefacteurs ont déjà trouvé la parade. Est-ce que vous envisagez de demander un système de blocage des sites ?

Non, ce n’est pas possible ça, du moins pas encore, et puis le demander à qui ? En Chine, ce n’est pas possible et ces sites sont majoritairement chinois. Ce serait le rêve, mais c’est trop compliqué sur le plan pratique et sur le plan juridique. Il faut des mois ou des années pour faire fermer un site, qui réapparaît en quelques minutes. Il faut travailler autrement, et prendre le problème différemment, en se rapprochant de prestataires qui ont une vraie volonté de lutter contre la contrefaçon.

Nous avons envoyé plusieurs notifications à Google, la première, avec 42 sites, il y en a 12 qui sont revenus. Actuellement sur les 90 que nous avons notifiés au total, il y en a cinq qui sont revenus : ils souscrivent un nouveau compte sur Google Adwords en ajoutant dans leur page d’accueil un lien qui renvoie au site initial.

Nous envoyons dans tous les cas le maximum d’informations à Google, y compris les adresses IP. Les contrefacteurs sont certes malins, mais si tous les titulaires de droits utilisent ce dispositif simple et efficace, ils vont gagner cette partie-là. Dans la liste des sites, il y a des articles de sport, mais également des marques de luxe, des parfums, des montres, du matériel informatique, des cigarettes. Autrement dit, nous avons un petit peu travaillé pour les autres et s’ils font la même chose, tout le monde travaillera pour tout le monde. Il ne faut que quelques minutes pour faire une notification. Il faut un peu de temps pour monter le dossier, car Google est très attentif sur la gestion des demandes, mais en 3 ou 4 jours ces sites sont désactivés : on ne les voit plus dans Adwords et leur chiffre d’affaires diminue de façon importante.

Certes, mais ils sont toujours présents dans les résultats du moteur...

On ne les voit plus dans les Adwords, et au niveau du référencement naturel, on les voit toujours. Ils sont toujours sur Internet, ils ont toujours leur abonnement internet, ils émettent toujours. Cependant, ils perdent également de plus en plus de terrain sur le référencement naturel, ils se trouvent éloignés des premiers résultats. Il y a donc un cercle vertueux.

C’est ce genre de réponses qui est efficace et il faut souhaiter que d’autres exemples suivent. Par exemple, si les organismes financiers acceptent de ne plus transporter les fonds de la contrefaçon, qui est quand même une activité illicite, la contrefaçon disparaîtra totalement de l’internet.

Il faudrait également pouvoir alerter les consommateurs de la même façon que pour d’autres risques comme l’hameçonnage (phishing), et alors ces sites ne vendront plus et le consommateur y gagnera également. Ou alors il achètera des contrefaçons en sachant vraiment ce qu’il fait.

Avec un tel système, ne craignez vous pas de mettre en place une sorte de justice privée ?

Non, certainement pas, il ne faut pas tout mélanger, et il faut savoir ce que l'on veut : ou Internet c'est du grand n'importe quoi, ou on essaie d'être clean dans son business. Google Adwords est une régie publicitaire, et ils ont toujours été clairs sur le règlement de leur régie, qui prévoit le droit de supprimer les annonces faisant la promotion d'une activité délictuelle. En la matière, il y a des règles, une responsabilité, une déontologie : franchement, vous, Marc, vous accepteriez de faire de la publicité pour une activité illégale ? Et puis, il faut aussi penser aux consommateurs, pour qui Google devient presque une référence. Nous avons des témoignages d'internautes qui, lorsqu'ils se sont fait "avoir" par un site contrefacteur et ont perdu leur argent sans recours possible, ne comprennent pas pourquoi ils ont trouvé ce site sur un moteur de recherche comme Google. Ce n'est pas de la justice privée, c'est seulement faire des choix et décider de ne pas manger à tous les râteliers.

Merci Katrina Senez

le 17 octobre 2009 à 11:12 (19 519 lectures)