Enregistrer via magnétoscope en ligne n'est pas de la copie privée
De la copie privée à la privation de copie
L’avenir des magnétoscopes virtuels est bien sombre, du moins en l'état des solutions techniques utilisées. Le Tribunal de grande instance de Paris, statuant en référé vient une nouvelle fois de plomber le modèle économique de Wizzgo, à la demande de France 2, France 3, France 5 et France 4 (une décision similaire interdira l'enregistrement des chaînes TF1 et NT1).
Wizzgo ? Il s’agit d’un service en ligne gratuit qui propose aux internautes de sélectionner à l’aide d’un logiciel (iWizz) les programmes de la T.N.T. qu’ils désirent faire enregistrer, lors de leur diffusion, par Wizzgo. Une fois la copie réalisée par l’éditeur, l’internaute peut procéder au rapatriement du fichier au format .Mov. Pour France télévision, pas de doute : ce modèle n’est pas compatible avec les droits exclusifs de reproduction et de communication au public qu’elle détient. Par ailleurs, les chaînes publiques, titulaire des marques France 2, France 3, etc. exigent l’interdiction d’utiliser, sous quelque forme que ce soit, les marques en question.
Pas de copie privée
Que diront les juges ? Ils estimeront d’abord qu’on a bien là des « actes de reproduction et de communication au public susceptibles d’être qualifiés d’actes de contrefaçon » puisqu’il y a copie d’éléments sous droits exclusifs.
La justice rappellera en outre que les activités de Wizzgo ne sont pas couvertes par l’exception de copie privée, s'inspirant là d'une jurisprudence définie en 1984. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’article L 122-5 2° du code de propriété intellectuelle dispose que « lorsque l’oeuvre a été divulguée, l’auteur ne peut interdire : (...) les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective ». L’article L 211-3 poursuite : « les bénéficiaires des droits ouverts au présent titre ne peuvent interdire : (...) les représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille. ». Les exceptions à la toute-puissance des droits d’auteur étant d’interprétation stricte, il en ressort que « la copie doit être réservée à l’usage du copiste. Elle doit être faite par le copiste pour son propre usage. Dès lors, l’exception de copie privée ne saurait être applicable à une société qui offre un service de copie à des tiers, le copiste et l’usager n’étant pas la même personne ».
En clair : pour que l'exception de copie privée s'applique, il faut que la personne qui réalise la copie et celle qui l'utilise soient la même personne. Cette décision confirme une première ordonnance rendue cet été cette fois à la demande de M6 et W9.
Ce « vice » pourrira toutes les fondations juridiques de Wizzgo, et la justice dira par exemple qu’il importe peu que la copie envoyée à l’utilisateur soit cryptée « puisqu’elle est décryptable par l’utilisateur et que la copie dans sa version cryptée et décryptée forme un tout ».
Des contrefaçons qui sont doublées par la reproduction prohibée des marques de France Télévision : Wizzgo « qui reproduit les marques sous forme incrustées dans les programmes copiées ne justifie pas avoir une autorisation des titulaires de marque ». Enfin, le tribunal dira que les activités de Wizzgo constituent également des actes de concurrence déloyale dans la mesure où France Télévision est également active sur internet (catch-up TV, Vod en ligne, etc.) : « le service proposé par la société Wizzgo est susceptible de détourner les téléspectateurs de regarder la télévision, d’affecter l’évaluation de leur nombre et donc les recettes publicitaires qui s’en déduisent ».

Reproduction illicite des marques du groupe France Télévision
Conclusion : le tribunal de grande instance interdit à Wizzgo de manipuler les programmes diffusés sur les chaînes France 2, France 3, France 4 et France 5, d’utiliser les marques de ces chaînes, sous astreinte à chaque fois de 10 000 € par infraction constatée. L’affaire pourra se poursuivre au fond puisque Wizzgo a en outre été contraint de communiquer le nombre d’heures de programmes copiés des chaînes France 2, France 3, France 4 et France 5, le nombre d’internautes inscrits au service copie, et le montant des recettes publicitaires générées.
On notera au final que ces services de magnétoscopes numériques sont actuellement abordés par la Commission sur la rémunération pour copie privée. Wizzgo demandait justement que ses activités soient soumises à cette rémunération, mais la Commission précitée a estimé que leurs activités ne relevaient pas de ce régime.
Wizzgo promet d'adapter sa technologie
Sur son blog, l'équipe de Wizzgo se dit déterminée et ne baisse pas les bras. « Contrairement à ce que certains écrivent non sans délectation, pour Wizzgo cela "ne sent pas le sapin". Ces décisions nous amèneront à modifier une partie de la techno utilisée, à faire preuve d'encore un peu plus de créativité, à poursuivre nos efforts, mais pas à renoncer au service en lui-même. Vous, nos désormais 360 000 utilisateurs, vous le savez, il est évident que l'évolution de la technologie et des usages rend inéluctable le développement de tels services dématérialisés. »
Le 15 novembre 2008 à 10:21
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Il y a 227 commentaires
Il y a cependant quelque chose qui me chiffonne dans le raisonnement du juge. Wizzgo est peut être un site, mais cette société offre avant tout un moyen technique de reproduction pour un usage personnel, en quoi le juge peut estimer qu'il s'agit d'un tiers ? C'est comme si un tribunal condamné Sony (où une autres marques) sous prétexte que j'enregistrai des émission avec un de leurs magnétoscopes VHS ! C'est également une société, qui peut donc être considéré comme un tiers, donc condamnable.
Car si Wizzgo ne mets pas la reproduction faite par un utilisateur ;où à sa demande (comme la programmation d'un magnétoscope); à la disposition du public cela reste dans le domaine de la copie privé.
Si par contre il y a rétention d'informations, là, c'est différents...
Car si Wizzgo ne mets pas la reproduction faite par un utilisateur ;où à sa demande (comme la programmation d'un magnétoscope); à la disposition du public cela reste dans le domaine de la copie privé.
Si par contre il y a rétention d'informations, là, c'est différents...
+1
represent
Le samedi 15 novembre 2008 à 17:57:14
#82
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Tu te trompes. Tofu a raison et ce n'est pas une copie de masse puisque les enregistrements sont individualisés.
Si 20'000 personnes veulent le Methode Cauet, ils vont avoir 20'000 tuners, 20'000 magnetoscopes virtuels, et 20'000 copies differentes? Je serais curieux de voir ca tiens...
Puis ca ne regle pas le probleme de fond, le visionneur ne fait pas la copie mais une societe externe qui se remunere en diffusant sans redevances de droit des contenus a des utilisateurs ne possedant pas l'original.
deepinpact
Le samedi 15 novembre 2008 à 17:57:58
#83
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Oui, on peut considérer que Wizzgo est l'équivalent d'un magnétoscope. Si l'on regarde le fonctionnement "externe", c'est exactement la même chose que notre bon vieux magnétoscope physique
Oui, on peut aussi considérer que Wizzgo est une société qui diffuse du contenu soumis à droits d'auteurs sans en avoir le droit. Car si l'on regarde le fonctionnement interne, Wizzgo récupère un contenu pour le redistribuer ensuite sans en avoir le droit (comme si nous enregistrions un programme TV pour le donner ensuite à d'autres personnes, par milliers d'exemplaires).
Les deux interprétations se tiennent, mais le juge a tranché. Point.
Oui, on peut aussi considérer que Wizzgo est une société qui diffuse du contenu soumis à droits d'auteurs sans en avoir le droit. Car si l'on regarde le fonctionnement interne, Wizzgo récupère un contenu pour le redistribuer ensuite sans en avoir le droit (comme si nous enregistrions un programme TV pour le donner ensuite à d'autres personnes, par milliers d'exemplaires).
Les deux interprétations se tiennent, mais le juge a tranché. Point.
En ce qui concerne le fonctionnement interne on peut aussi considérer que ton constructeur de magnétoscope récupère un contenu pour le redistribuer ensuite sans en avoir le droit.
Dans les deux cas, fonctionnement interne et externe, il n y a pas la moindre différence.
Considérons que ton constructeur de magnétoscope physique. Pour t'affranchir de la contrainte d'acheter sans cesse un support de stockage externe (CD/DVD/BR/VHS) ou encore, s'il veut proposer un stockage illimité. Propose de connecter ton magnétoscope à un disque dur en ligne.
Serait-ce considéré comme illégal ? Concrètement, c'est toujours toi qui choisit ce que tu vas enregistrer, et c'est toujours toi qui est à l'origine de l'action.
Tu est constructeur et prestataire de ce service, que vas tu faire ? Enregistrer autant de fois le documentaire de 21h qu'il y a d'utilisateur de ton service qui le demande, on enregistrer tout les contenus en une seule fois et proposer ce même contenu aux personnes qui l'auront choisit ?
Philosophiquement et techniquement il n y a aucune différence entre les deux.
Avec des pots de vin on persuade n'importe qui de passer n'importe quelle loi
represent
Le samedi 15 novembre 2008 à 18:00:16
#85
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-1
Parceque le juge sait faire la difference entre des comportements individuels et un comportement de masse facilite par une societe qui en tire des revenus commerciaux.
Un peu comme graver un CD pour un pote, et entrenir un serveur bourre de mp3 illegaux a disposition de tous qui genere des revenus publicitaires.
Interessant comme on reproche souvent aux juges de ne pas faire la part des choses, et quand ils la font on rale encore.
Yutani
Le samedi 15 novembre 2008 à 18:00:20
#86
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Avec des pots de vin on persuade n'importe qui de passer n'importe quelle loi
+1
tout le monde a son prix
Olipla
Le samedi 15 novembre 2008 à 18:03:03
#87
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On constate une fois de plus que sous couvert de lois vieillotes, la porte à l'invovation est encore fermée une fois de plus.
Non : la loi n'empêche pas de conclure des accords (cf Deezer, YouTube, etc). Après on peut regretter que France Télévision n'ait pas choisi cette voie, mais ça c'est un autre problème.
Ce que fais Wizzgo revient a ouvrir un iTunes finance par la pub qui distribuerais a la demande des utilisateurs des titres diffuses sur radio.
En quoi est ce que ca peut bien avoir l'air legal?
En quoi est ce que ca peut bien avoir l'air legal?
Tout a fait d'accord. Mais ce n'est pas parce qu'une chose est "legale" qu'elle est adaptée à l'environnement d'aujourd'hui. Il est tres facile de sortir un paquet de lois qui ne sont plus d'usage aujourd'hui (jusqu'a ce que quelqu'un s'en serve pour faire valoir un "droit").
Ce que fait Wizzgo part d'un bon sentiment. Je ne pense pas que leur objectif ait ete de spolier qui que ce soit, mais simplement d'offrir un service aux consommateurs que nous sommes. Alors leur tomber dessus comme ca c'est un peu gros.
On a simplement en face de nous des gens completement obtus qui refusent obstinément de voir l'évolution des pratiques en se cramponnant à leurs vieux modèles.
deepinpact
Le samedi 15 novembre 2008 à 18:09:01
#89
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-1
Parceque le juge sait faire la difference entre des comportements individuels et un comportement de masse facilite par une societe qui en tire des revenus commerciaux.
Un peu comme graver un CD pour un pote, et entrenir un serveur bourre de mp3 illegaux a disposition de tous qui genere des revenus publicitaires.
Interessant comme on reproche souvent aux juges de ne pas faire la part des choses, et quand ils la font on rale encore.
Ce n'est absolument pas la même chose.
Quel est le rapport entre un magnestocope (numérique ou physique) et un vidéoclub (numérique ou physique).
Si on prend ton exemple, ton serveur de fichiers musicaux pourrait aussi bien être considérée comme une vidéothèque si on l'on considère un serveur de fichiers vidéos.
On fait bien la différence entre vidéothèque et magnétoscope que je sache ?
Qu'un site propose des fichiers numériques sous droits d'auteurs et qu'il se rémunère dessus en pay per view c'est illégal.
Qu'un site propose un magnétoscope numérique n'est pas du tout illégal. Il y a une sacré différence dans les deux concepts !!!!
Edité par deepinpact le samedi 15 novembre 2008 à 18:11
represent
Le samedi 15 novembre 2008 à 18:09:55
#90
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Tout a fait d'accord. Mais ce n'est pas parce qu'une chose est "legale" qu'elle est adaptée à l'environnement d'aujourd'hui. Il est tres facile de sortir un paquet de lois qui ne sont plus d'usage aujourd'hui (jusqu'a ce que quelqu'un s'en serve pour faire valoir un "droit").
Ce que fait Wizzgo part d'un bon sentiment. Je ne pense pas que leur objectif ait ete de spolier qui que ce soit, mais simplement d'offrir un service aux consommateurs que nous sommes. Alors leur tomber dessus comme ca c'est un peu gros.
On a simplement en face de nous des gens completement obtus qui refusent obstinément de voir l'évolution des pratiques en se cramponnant à leurs vieux modèles.
Je te rejoins sur le fait que ce que fait Wizzgo part d'un bon sentiment. Seulement c'est illegal et le juge ne fait qu'appliquer la Loi.
Cela ne veut pas dire que la Loi est adaptee et qu'une evolution des textes n'est pas souhaitable. Mais cela doit aussi se faire dans le respects des differentes parties, et on ne parle pas uniquement de riches actionnaires et producteurs, mais bien de toute une industrie et ses employes.
Wizzgo a voulu passer outre en toute connaissance de cause, c'est une strategie qui se tient, Deezer l'a deja fait. Ils en payent les consequences, ca me parait normal. Ca n'est pas la fin de l'histoire.
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