Dans une affaire de diffamation dont nous avons eu copie cet après-midi, le TGI de Paris a apporté le 13 octobre dernier une importante pièce à l’édifice du statut d’hébergeur et du déclenchement de sa responsabilité. Aucun contrôle sur le contenu
Sans entrer dans les détails au fond, assez complexe, il s’agissait ici du site 20minutes.fr pris en tant qu’hébergeur d’un blog dont le contenu avait été attaqué en diffamation. La décision rendue par la 17e chambre, spécialisée en cette matière, confirme que 20minutes a bien le statut d’hébergeur de blog dès lors que « le contenu ne résulte d’aucun choix éditorial de sa part et sur lequel [il] n’effectue aucun contrôle a priori ou a posteriori ». C’est donc l’absence de choix et de contrôle du contenu qui ont été jugés primordiaux et qui évitent de placer l’intermédiaire sous le coup d’une obligation générale de surveillance ou de recherche proactive de faits illicites.
Formalisme de la notification
Après avoir validé ce statut, la justice va le cimenter en vérifiant si le formalisme de la loi sur la confiance dans l’économie numérique avait été respecté. En effet, la LCEN conditionne la responsabilité de l'hébergeur d'un contenu illicite à un strict formalisme. Or, ici, ni la mise en demeure ni la sommation qui avaient été envoyée à 20minutes suite aux propos litigieux n’ont été jugées conforme aux rigueurs de la LCEN, jugées comme obligatoires : 20minutes n’a pas été alertée dans les règles, le site ne pouvait donc prendre en aval de décision adéquate sur le contenu, spécialement apprécier son caractère « manifestement illicite ».
L’apport de cette décision est d’affirmer clairement le caractère obligatoire du passage par la LCEN, une interprétation qui avait pu être égratignée après les travaux parlementaires autour de ce texte.
L'application de la LCEN à la diffamation
Reste que cette décision pose un problème spécifique : il est difficilement tenable qu’un contenu diffamatoire soit jugé comme « manifestement illicite » puisque la diffamation accepte l’exception de vérité : l’auteur de propos diffamatoires peut toujours rapporter la preuve de la véracité de ces propos. Or, ici l’hébergeur est un tiers absolu : si l’on dit sur un SkyBlog que X est un imbécile de première catégorie et qu’Y est abruti né, l’hébergeur ne peut s’immiscer dans le débat puisqu’il ne connaît ni X ni Y… On comprend pourquoi de nombreux interprètes estiment que la LCEN s’applique plus naturellement à des contenus très spécifiques touchant à la dignité de la personne, comme la pédophilie, le racisme, le négationnisme, etc. Bref, là où le caractère illicite frappe aux yeux.
Cette décision, par sa rigueur, est à rapprocher d’une ordonnance de référé du 16 juin 2008 qui a, quant à elle, souligné l’obligation de solliciter d’abord le retrait d’un contenu auprès du principal intéressé, qui a la possibilité de justifier le contenu de ses propos, avant de s’adresser à un hébergeur. On en trouvera une copie sur le site de Juriscom.
Le 21 octobre 2008 à 17:33
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Il y a 16 commentaires
Comment ça peut être cohérent avec les décisions rendues pour les sites de mash-up qui, alors qu'ils ne font que recopier un flux rss sans la moindre ligne éditoriale, sont jugés éditeurs et non hébergeur ?
Y a un truc qui m'échappe...
Y a un truc qui m'échappe...
Mouarf...
Et sur mon 20 minutes de ce matin p21 "high-tech" il y avait encore écrit..
Spa gagné.
Et sur mon 20 minutes de ce matin p21 "high-tech" il y avait encore écrit..
Une révolution numérique de velours
"Eric Besson a promis de ne pas modifier la loi qui protège les hébergeurs de contenu"
"Eric Besson a promis de ne pas modifier la loi qui protège les hébergeurs de contenu"
Spa gagné.
À la fin on pourra plus rien dire. Puis difficile de prouver que x est un crétin, c'est suivant des critères personnels : du ressenti.
Comment ça peut être cohérent avec les décisions rendues pour les sites de mash-up qui, alors qu'ils ne font que recopier un flux rss sans la moindre ligne éditoriale, sont jugés éditeurs et non hébergeur ?
si l'on dit sur un SkyBlog que X est un imbécile de première catégorie et qu'Y est abruti né, l'hébergeur ne peut s'immiscer dans le débat puisqu'il ne connaît ni X ni Y…
Donc si je dis "qu'un admin est une petite bite" j'ai le droit puisqu'il faudrait juger sur "pièce" ?
Je sors...
Comment ça peut être cohérent avec les décisions rendues pour les sites de mash-up qui, alors qu'ils ne font que recopier un flux rss sans la moindre ligne éditoriale, sont jugés éditeurs et non hébergeur ?
Y a un truc qui m'échappe...
Y a un truc qui m'échappe...
Les sites de mash-up trient les flux par catégories, ce qui les rends éditeurs. Je crois que c'est [strike]l'excuse bidon[/strike] la raison qui à été invoquée.
Demain nous ne pourrons plus critiquer le pouvoir en place, c'est grave
digital-jedi
Le mardi 21 octobre 2008 à 20:02:45
#8
Inscrit
le mardi 26 septembre 06
-
1458
commentaires
Comment ça peut être cohérent avec les décisions rendues pour les sites de mash-up qui, alors qu'ils ne font que recopier un flux rss sans la moindre ligne éditoriale, sont jugés éditeurs et non hébergeur ?
Y a un truc qui m'échappe...
Y a un truc qui m'échappe...
Est-ce que tu peux mettre n'importe quel flux RSS sur le site de mash-up, ou est-ce que mash-up sélectionne les flux qu'ils veulent afficher? Si ils sélectionnent les flux, c'est un choix éditorial (présent, et pour les futurs billets des RSS sélectionnés, même automatisés : ils ont choisi de faire confiance à un tiers, par choix éditorial, il faut assumer, ils peuvent ensuite se retourner contre le diffuseur du RSS, mais ils resteront quand même condamnés pour avoir édité la chose).
La justice est bien plus cohérente que les être humains qui regardent qu'un bout... Celui qui les arrange.
HS total
Pas forcement la news parle des conclusions du tgi mais aussi ce que ça eux impliquer plus tard. Si tu suis d'un côté la chartre des droits de l'homme, et de deux de constater la mainmise des groupes sur les médias hébergeant ces blogs. On peux s'amuser à sortir ce type de conclusion. A quant un blogueur ayant la même réputation qu'un rédacteur en chef ?
Maintenant, je ne connais pas la teneur du contenu attaqué hébergé sur 20minutes (certes ce n'est pas minute
).
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