« Xavier Niel a déclaré qu’on lui avait fait signer un accord en blanc. C’est totalement faux. J’ai du mal à imaginer qu’un garçon si sérieux puisse signer un accord en blanc. C’est une plaisanterie de webmaster ». Les propos, attribués à Denis Olivennes, ont été rapportés par la lettre professionnelle Satellifax. Le patron du Nouvel Obs’, ex-numéro un de la FNAC, répond là à l’épisode épique de la signature des accords de l’Élysée par tous les acteurs, tel que raconté par le PDG de Free. Celui-ci nous racontait à nouveau, lors de la présentation des résultats d’Iliad, avoir « personnellement, signé une feuille blanche, dans laquelle tout le monde croit qu’il a signé des choses différentes. Nous avons été à l’Élysée et nous avions une feuille avec les noms de tout le monde. La veille, nous avions vu monsieur Olivennes et des conseillers du ministère de la Culture. Ils ne nous voyaient jamais tous ensemble. Nous étions tous vus dans notre coin, on nous faisait une lecture [du texte] sans copie et on disait est-ce que c’est bon ou ce n’est pas bon. Puis tout le monde disait "on veut modifier ça". On pensait le lendemain avoir une version condensée puis lorsqu’on est arrivés à l’Élysée, on nous a dit "non, mais vous l’aurez l’après-midi". On l’a finalement découvert dans le communiqué de presse du soir même. Donc tout le monde a signé un document différent. C’est le mérite ou la force de Monsieur Olivennes qui est plutôt brillant puisqu’il a réussi d’obtenir pour la première fois la signature de tout le monde sur une feuille blanche, je vous le concède, mais à obtenir la signature de tout le monde. Ce qui est déjà très méritoire ».
Quelle caution morale ?
L’ex-vendeur de vinyles n’a donc pas apprécié cette présentation des choses par ce « webmaster ». On le comprend : la signature des accords de l’Élysée est présentée comme la caution morale à l’adoption de la loi Hadopi. On le verra aux débats, cet épisode sera mis en avant à chaque détour, à chaque discours pour tenter de convaincre les députés et sénateurs indécis.
Denis Olivennes a omis par exemple de rappeler que les accords de l’Élysée, sur lesquels tous les acteurs se sont donc engagés, prévoyaient une phase de test pour le filtrage, avec possible mise en œuvre en cas de faisabilité technique et économique. Or que voit-on ? Les rédacteurs de l’avant-projet Hadopi n’ont pas tenu compte de la difficulté de la mise en œuvre de ces tests et ont ajouté l’outil filtrage dans le texte du projet de loi. S’il s’agit de respecter, de contractualiser les engagements des uns et des autres, ce non-respect de la parole des professionnels n’est-il pas plus grave ou amorale que l’épisode de la feuille blanche ?
La bouée européenne
Au-delà de l’épisode, n’oublions pas une deuxième branche de l’étau Hadopi : le Paquet Télécom. Dans ce lot de directives, plusieurs amendements tentent de faire passer le système de la riposte à l’échelon européen. Avec des engagements de l’Élysée vermoulus, cette légitimité européenne permettra d’asseoir le projet de loi, à condition toutefois que le vote de mercredi soit favorable et que l’incident Edvige n’éclabousse pas trop les fichiers monstres que cache l’Hadopi.
Marc Rees
le 23 septembre 2008 à 09:40
(22 045
lectures)
Actualités et brèves relatives
- 20 / 09 / 2008 : Ultime tentative pour écarter la riposte graduée en Europe
- 03 / 09 / 2008 : Filtrage : les prévisions de Nadine Morano démontées par Free
- 01 / 09 / 2008 : Piratage, label Presse sur Internet : Albanel bogue en touche
- 28 / 08 / 2008 : Hadopi : Xavier Niel repart à la charge contre le filtrage
- 30 / 07 / 2008 : Albanel prépare les députés au vote de la riposte graduée
- 25 / 06 / 2008 : Free et l'AFA furieux contre le texte sur la riposte graduée
- 17 / 06 / 2008 : Loi Hadopi : le Conseil d'État inflige un camouflet à Albanel
- 12 / 06 / 2008 : SNEP : sur le filtrage, « on est au point mort avec les FAI »






