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Massachusetts : le principal supporter d'ODF démissionne

Les chaussettes de Bruno aussi ont démissionné

L’avenir du format OpenDocument au Massachusetts s’assombrit un peu plus. Son principal supporter, Peter Quinn, vient en effet d’annoncer sa démission. Cet acte est le fruit d’une période complexe et difficile dont les remous ont été bien plus politiques que techniques.

La recommandation officielle d’OpenDocument au sein de l’administration de l’Etat du Massachusetts avait provoqué un grand nombre de vagues, et n’est sûrement pas étrangère à la volonté actuelle de Microsoft de faire certifier son format Open XML par l’ECMA. OpenDocument est un format libre et ouvert créé par les développeurs de la suite bureautique OpenOffice.org.

Peter Quinn était le CIO (Chief Information Officer) du Massachusetts. Il avait mis en place un vaste projet de migration qui devait concerner l’ensemble de l’administration de l’Etat. Mais les protestations de Microsoft ont eu tôt fait de chambouler le décor. Les enjeux sont devenus très important, des hommes politiques se sont lancés dans le débat, la population a commencé à exprimer son avis et la presse s’en est mêlée.

Les implications du projet de migration étaient nombreuses. Sur le plan technique tout d’abord, car cela impliquait bien évidemment de se débarrasser d’Office et d’installer OpenOffice.org sur l’ensemble des machines de l’administration. Le format OpenDocument serait devenu le standard d’échanges de facto pour la distribution des données. Ce qui impliquait que les autres Etats américains auraient dû s’équiper en conséquences.

De la même manière qu’une pierre crée des cercles qui s’éloignent quand elle percute la surface de l’eau, ce projet de migration faisait de nombreuses vagues. Les protestations de Microsoft ont été entendues, et la société a joué la carte de la transparence avec la procédure de standardisation du format Open XML par l’ECMA, puis sans doute ensuite par l’ISO.

Quinn a été soumis à un nombre importants de pressions. D’après ses propres dires, sa décision de démissionner de son poste de CIO n'est pas due à ces pressions, mais au fait que les choses s’étaient aggravées pour lui. Un article du Boston Globe tentait en effet de démontrer qu’il était impliqué dans des rapports d’influence louches avec les différents acteurs qui auraient pu tirer partie de l’utilisation du format OpenDocument, comme Sun et IBM.

Une enquête interne a démontré que Peter Quinn n’était en rien coupable des soupçons qui pesaient sur lui, mais il est certain que la procédure l’a miné. Il précise aujourd’hui que son départ ne signifie en rien l’arrêt du projet et que le combat continue. Il est certain que Microsoft ne se laissera pas faire.

Pour la firme, il est évident qu’un tel revirement de situation sur le sol américain pourrait créer des échos négatifs pour sa santé financière, ou tout du moins pour son image de marque. Qu’un gouvernement d’un pays d’Afrique parle de migration et Microsoft tente une ristourne conséquente (et certains n’ont pas hésité à se lancer dans ce jeu). Mais il est clair qu’un tel projet dans son propre pays d’origine ne laissera pas la firme sur le banc de touche.

L’ancien patron de Quinn, Eric Kriss, a expliqué que l’ex-CIO s’était heurté au monde politique avec tout ce qu’il comporte de difficultés. Il se serait trouvé dans une bataille qui n’était pas la sienne et il aurait trouvé les derniers mois plutôt désagréables.

L’affaire n’est cependant pas terminée, et il faut sûrement s’attendre à de nouveaux rebondissements.
le 28 décembre 2005 à 14:40 (11 738 lectures)