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PC INpact interviewe Richard Stallman (FSF)

Marc Rees le 11 juin 2011 (2612 lectures)
Lors de son passage en France, Richard Stallman nous a accordé une interview depuis le siège de l'April. Un rendez-vous rare où le père du projet GNU et de la licence publique générale (GPL) revient avec nous sur plusieurs faits d'actualité. Le Kindle, Apple, l'eG8, Hadopi ou encore la problématique des logiciels privateurs et des menottes numériques

richard stallman GNU linux RMS APRIL

En 1996 vous aviez écrit « le droit de lire ». Un texte aujourd’hui qui semble d’une éclatante actualité...

C’est vrai. D’ailleurs, le Tennessee vient de voter une loi qui interdit le partage des comptes (login/mot de passe) pour des services informatiques d’accès aux œuvres. Comme je l’avais anticipé dans ce texte de 1996.

Une prophétie… ?

Peut-être, mais c’est la tendance. Chaque avancée chronologique dans une époque où les entreprises règnent est l’opportunité d’imposer d’autres contrôles. Des avancées qui pourraient nous libérer mais qui en réalité nous soumettent.

Avec votre texte de 1996, on peut également parler du Kindle d’Amazon

Oui, où on ne peut prêter les œuvres librement. Ils ont inventé un ersatz de prêt, avec du temps limité, de l’identification d’autres clients du même produit, etc. Ce serait une erreur que d’accepter même une seule de ces limites. Le système qu’on veut nous imposer est injuste et il s’agira bien de nous l’imposer ! Pendant quelques années, il y aura toujours des livres disponibles en papier, mais peut-être pas tous. Un jour nous devrons alors choisir : ou accepter leur système ou ne pas lire les nouveaux livres. Mon choix est déjà fait.

Je ne vais pas vous le demander (rire). Mais pourquoi les utilisateurs acceptent-ils de s’enchaîner à ces technologies ?


Car ils voient la commodité immédiate, non la perte qui viendra plus tard, indirectement. Si tu utilises le Kindle, tu ne perds pas la possibilité d’emprunter des livres. Mais ce sont tes amis qui le perdent. Tu abimes le futur de tes relations sociales.

Typiquement, voilà un progrès qui est une régression...


Oui. Techniquement un progrès, socialement une régression. Je pourrais l’appeler la loi du progrès technique sous l’empire des entreprises selon laquelle chaque avancée technique implique une régression sociale.

richard stallman GNU linux RMS APRIL

Est-ce incompatible pour une entreprise que de cumuler progrès technique et progrès social ?

Quand les entreprises dominent l’État et écrivent les lois, elles n’acceptent pas de gagner moins. Les entreprises pourraient coexister avec ces deux idées mais ce n’est pas leur choix. Tant que les entreprises pourront choisir, elles choisiront la régression sociale. Elles veulent diviser et dominer.

Là est donc le rôle de l’État ?


Oui. Le but d’un État démocratique est de résister au pouvoir des entreprises, des riches. La démocratie a été inventée pour que la grande quantité de pauvres puisse avoir plus de puissance que les riches. Mais aujourd’hui la démocratie est malade : l’État-traitre aide les entreprises et ne défend pas la majorité des citoyens. Il ne fait pas son devoir.

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