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L'histoire de NVIDIA

Nil Sanyas le 01 décembre 2003 (42 657 lectures)
David Kirk n'est pas n'importe qui La RIVA 128 a elle aussi une histoire assez intéressante. A l'époque, nous n'avions que peu d'information sur feu le NV2, donc pour tout le monde, NVIDIA rimait avec NV1 raté et NV2 annulé. Piètre bilan comparé à la concurrence. Par conséquent, lorsque la société de la côte ouest des Etats-Unis annonce une carte armée d'un bus mémoire 128 bits SGRAM et capable d'engendrer 100 Méga pixels par seconde, nombreux sont ceux qui ont vu leurs commissures remonter. Petit rappel tout de même : la Voodoo 1, sortie un an auparavant (hiver 1996), n'avait qu'un bus mémoire 64 bits EDO et dégageait une puissance de 50 Méga pixels par seconde... Et surtout, c'était LA carte à avoir (Quake1 avec et sans une 3DFX Voodoo1, c'était le jour et la nuit).

En automne 1997 donc, la RIVA 128 vient achalander tous les assembleurs car elle tiendra toutes ses promesses ou presque. Elle était puissante, gérait la 2D comme la 3D (cette dernière était loin d'être parfaite par contre), aspect pour l'instant inconnu pour 3DFX avant la Voodoo Rush mais surtout la Banshee sortie neuf mois plus tard. Cette carte tout-en-un a rapidement fait la joie des OEM, qui auparavant avaient boudé le NV1. Dell et Gateway furent notamment sur le coup. Cependant NVIDIA n'étais toujours pas un véritable leader, 3DFX et même ATI avec sa Rage Pro proposaient déjà depuis longtemps soit une carte plus puissante, soit une carte plus stable et/ou proposant une qualité graphique supérieure. Mais l'avancée est franchement visible et augure de joyeux achats en perspective. Les contrats OEM allant, les développeurs de jeux vidéo surfèrent sur cette petite vague pouvant potentiellement se transformer en vague Hawaïenne.

Les partenariats et autres accointances pour les ventes dites retail explosèrent tout autant. Outre Diamond (avec la Diamond 330) présent depuis le début, ELSA et ASUS rejoignèrent la "société qui monte". On notera qu'aujourd'hui, la situation a légèrement évolué...

Avant de passer à la suite, notons que la société a recruté une autre "tête" en sus des trois créateurs cités précédemment : David Kirk (photo ci-dessus). Il était à cette époque Chief Scientist de Crystal Dynamics, pour ceux que cela intéresse.


La RIVA 128 ZX offrait quelques "plus", mais rien d'incroyable...


Au mois d'avril 1998, soit à peu près six mois plus tard, la RIVA 128ZX voit le jour. Le fameux cycle infernal d'une "nouvelle" carte tous les semestres commença pour ne quasiment plus s'arrêter, du moins pour NVIDIA.

Quels sont les avantages de cette carte graphique par rapport à sa petite soeur ? Tout d'abord, elle compte le double de mémoire, soit 8 Mo. Ensuite, elle gère l'AGP 2x. Elle peut donc faire transiter en théorie 533 Mo/seconde contre 266 pour la RIVA 128 (AGP 1x donc). La vitesse de son RAMDAC a aussi légèrement augmenté. Mais surtout, la RIVA 128ZX gère parfaitement l'OpenGL, l'API qui monte à cette époque (et dont la qualité est toujours saluée par les joueurs aujourd'hui).

Arrive ensuite le TNT 1, pour TwiN Texel et non Tri-Nitro-Toluène. Vendu en septembre/octobre 1998, son nom de code est bien entendu NV4, mais revenons tout de même un peu en arrière afin de comprendre l'ambiance du marché à ce moment là précis.
A ce moment là, NVIDIA a des rapports normaux avec les développeurs de jeux vidéo. Mais plus tard cela s'intensifiera...

Très peu de temps après la sortie du RIVA 128ZX, NVIDIA est en pleine excitation et annonce d'ores et déjà que sa future carte va tout fracasser et massacrera 3DFX, ATI et consors. NVIDIA prétend que le core de son RIVA TNT sera cadencé à 125MHz et pourra fournir 250M Pixels par seconde grâce à ses deux Pixel Pipelines. La vérité sera un peu moins joyeuse puisque la carte n'offrira "que" 180M Pixels/sec, soit une fréquence réduite de 28% par rapport aux prévisions : 90MHz au lieu des 125 escomptés. Le petit complexe de supériorité de NVIDIA se révéla donc rapidement au grand jour, ce qui aujourd'hui en fera sourire plus d'un...

Mis à part cela, la carte est excellente et n'est pas trop onéreuse. L'intérêt ici étant principalement d'étudier l'histoire de NVIDIA dans son contexte et non d'établir les spécificités de ses cartes, nous ne nous pencherons que modérément sur les caractéristiques des cartes.

Son principal challenger est certainement les Voodoo2 en SLI (Scan Live Interleave) disponibles depuis un certain temps déjà. Leurs spécificités sont assez proches sauf que : la TNT n'a pas besoin d'une carte 2D supplémentaire, elle gère le 32 bits et le Z-Buffer 24 bits. Par contre, la Voodoo2 est dotée de deux Unités de Texture par Pipeline, ce qui lui confère en SLI 360M/Texels par seconde, soit le double de la TNT1.


3DFX avec ses Voodoo2 fait un carton... mais fait aussi des jaloux...


3DFX ne fut donc pas détroné mais la concurrence montrait véritablement ses crocs. Et ATI dans toute cette situation belliqueuse ? Après un Rage Pro un peu moyen, ATI annonça qu'à la fin de l'année 1998 elle offrirait une carte qui cassera la baraque. Soit plus ou moins le même style d'annonce que NVIDIA. La fin fut du même acabit mais en pire puisqu'ATI ne put proposer sa carte qu'à la fin du premier trimestre 1999 et avec des spécifications bien moindres que prévues (ainsi que quelques bugs), une véritable catastrophe.

La TNT 1 ne connut pas néanmoins un succès digne de ses qualités. La faute aux Voodoo 2 (en SLI ou non) au succès phénoménal mais aussi aux attentes de la future carte de ATI normalement surpuissante. Une situation peu ou prou similaire (mais inversée) à celle que nous avons connu fin 2002/début 2003 avec la Radeon 9700 et la GeForce FX...

En avril/mai 1999, NVIDIA enfonce le clou avec la TNT 2, premier signe de la domination de l'américain, premier signe aussi des multiples dérivés de cartes avec des versions à bas prix telles que les Vanta (LT-16-32) et autres TNT2 M64, qui n'avait de TNT2 que le nom.

La TNT2 a rendu heureux de nombreux consommateurs

La TNT2, véritable détonateur pour NVIDIA.


Cette carte était en fait la TNT 1 annoncée par NVIDIA, ce ne fut donc que partie remise, sans compter que la concurrence (ici ATI) a plutôt déçu. Concernant la TNT 2 Normale, les 125MHz sont bien présents, tout comme les 0,25 micron prévus au départ. Son nom de code est le NV5, le NV6 revenant aux diverses Vanta et à la TNT2 M64. En haut de gamme, NVIDIA nous a gratifié d'une version Ultra surcadencée tant au niveau des fréquences qu'au niveau du prix... Autre nouvelle amélioration, la carte gère dorénavant pour ses meilleures versions l'AGP 4x (AGP 2.0 ; 1.06Go/s) et propose enfin un Z-Buffer 32 bits. En juillet 1999, NVIDIA propose aussi la TNT2 Pro, légèrement moins bien cadencée que la fameuse version Ultra mais gravée en 0,22 micron contre 0,25 micron rappelons le pour toutes les autres TNT2.

La concurrence s'appelle à cette époque 3DFX, qui vient de sortir ses tant attendues Voodoo 3 (Avenger). Déclinées en trois versions (1000, 2000 & 3000), et proposant enfin la 3D comme la 2D, ces cartes étaient très intéressantes mais avaient tout de même pas mal de défauts. Les avantages des Voodoo 3 : gèrent le Glide et DirectX, très rapides en 16 bits, très bon 24 bits, excellent Texel Fillrate grâce à ses deux Unités de Texture par Pipeline et aussi prix assez intéressants. Leurs défauts sont très nombreux et surtout très pénalisants : AGP 2x, bloqués aux 24 bits (pas de 32 bits, important au niveau marketing...), W-Buffer inférieur au Z-Buffer, produits et vendus par 3DFX lui-même (ce qui sera en fin de compte une erreur stratégique...).

NVIDIA a donc la voie toute tracée pour balayer les trottoirs afin d'annoncer en fanfare une carte qui fera parler d'elle : la GeForce 256 !