L'histoire d'ATI
Nil Sanyas le 13 avril 2004 (41 193 lectures)
Retards, erreurs et mauvaise gestion.
Quelques mois plus tard, confirmé lors de l'été 1998, ATI annonce que sa prochaine carte sera une révolution, dotée d'un chip de toute nouvelle génération, et qu'elle sera vendue avant la fin de l'année. NVIDIA communiquera d'ailleurs un message similaire pour son TNT1. ATI publia au même moment un communiqué sur la vente de plus de dix millions de ses chips en version AGP, sortis depuis assez peu de temps donc. A posteriori, on remarquera que le canadien aura bien du mal à réitérer cet excellent résultat avant un moment... La disponibilité de la Rage 128 (Xpert, Magnum, Fury) sera effective en fin de compte uniquement aux mois de février/mars 1999 (en masse en avril). En sus d'être en retard, la carte connaît d'énormes problèmes de drivers.
Sur le papier, la carte est effectivement très intéressante, gravée en 0.25 micron, composée de 8 millions de transistors, armée d'une bonne bande passante et d'excellents Fillrates, exploitant l'AGP 2x (des versions AGP 4x suivront peu de temps après), première carte à gérer le Z-Buffer en 32 bits, et surtout première carte graphique à calculer le MPEG-2 100% hardware pour la lecture de DVD, aspect assez intéressant pour les petits processeurs (et même les moyens à l'époque...). Vendue aux alentours de 250 € - 1600 FF, prix maximum à l'époque - et estampillée carte la plus performante du monde, supérieure à la TNT1 et aux Voodoo 2 en SLI dans certaines conditions, vu le bijou technique, ce prix ne paraît pas un achat dispendieux. De plus, les testeurs du moment auront pour la plupart une conclusion similaire : "La carte est extrêmement puissante, elle a certes quelques soucis concernant ses pilotes, mais cela devrait s'arranger avec le temps, alors n'hésitez pas à l'acheter, vous ne le regretterez pas, foncez !"
Les fameux pilotes censés être disponibles rapidement et arranger tous les problèmes de compatibilités ne sont jamais réellement sortis. Une catastrophe...
La Rage 128 s'en sortait assez bien face aux Voodoo2 SLI (source)
Après un tel achat, on a subitement une autre vision du marché, des cartes graphiques, des produits hardware en général, des testeurs, des magazines et du Web (!). Première et principale conclusion que traînera ATI durant au moins deux voire trois ans (si ce n'est encore maintenant pour certaines personnes) : ne pas faire lui confiance concernant les drivers... Le chip avait pourtant un potentiel immense, mais ATI en ne proposant de nouveaux drivers que par intermittence a donné un bel exemple de ce qu'il ne fallait surtout pas faire. La carte étant très attendue, les acheteurs furent extrêmement nombreux, les déçus ne furent pas moins nombreux...
Pire, ou mieux selon les points de vue, son désormais rival NVIDIA lui porta une quasi estocade en proposant très peu de temps après la TNT 2, une carte puissante et fiable. La situation est claire, l'un décline (s'écroule oui), l'autre s'élève (s'envole plutôt). Rien de plus simple. ATI ne s'en relèvera pas avant un bon bout de temps. La société canadienne commencera son martyr pour une durée biennale, avec entre temps deux éclairs foudroyants (...). L'un fut une erreur pire que la Rage 128 - sisi c'est plausible... - avec la Rage Fury MAXX. L'autre fut un signe du renouveau, la Radeon, confirmée par la Radeon 8500 puis par les Radeon 9500/9700. Le rachat d'une certaine société dénommée ArtX n'étant probablement pas étrangère à ce retour.
Avant de retracer succinctement l'époque d'excommunication du canadien, n'omettons pas une réussite totale pour ATI, la Rage Mobility . Vendue à peu près au même moment que la magique Rage 128, ATI en écoulera à un rythme d'un million par mois pendant le premier semestre suivant sa vente, un chiffre impressionnant. Mais cela s'explique principalement par un manque de réelle concurrence à ce niveau de performances.
Le Rage Mobility connu un franc succès (source)
Six mois plus tard, soit vers août/septembre 1999, ATI a la sublime idée de sortir la Rage 128 Pro. Ce n'est pas bien compliqué, il s'agit uniquement d'une Rage 128 overclockée (mémoire, core, RAMDAC) avec 32 Mo de mémoire et gérant l'AGP 4x. Mais une bouse overclockée ne résulte que d'une bouse plus puissante, une grosse bouse en somme... Entre temps, 3DFX a sorti ses Voodoo 3, NVIDIA ses TNT2 et Matrox ses G400. ATI est à ce moment-là totalement à la ramasse, passant d'un quasi-démiurge des cartes vidéo à un véritable comparse aux yeux du monde et de la populace.
Au début de l'année suivante, en janvier 2000, nous avons eu la joie de découvrir une curiosité assez amusante, le résultat du projet Aurora. Tels des badauds, la vision de la Rage Fury MAXX fut pour le public une belle attraction et un superbe sujet de moquerie. La carte est probablement le produit qui diffère le plus entre ses caractéristiques techniques et ses performances réelles. Dotée de deux chips chacun cadencé à 135/155 MHz pour le VPU et la mémoire, la carte est la plus puissante du monde sur le papier. Sa bande passante et ses Fillrates sont même supérieurs à la dernière bombe de NVIDIA, la GeForce 256 DDR.
Armée de 64 ou 128 Mo de mémoire et affichant les dernières technologies DirectX 7 (sorti quelques mois plus tôt), son seul intérêt concerne la technologie AFR (Alternate Frame Rendering). Conçue spécialement pour gérer les deux chips greffés à la carte, l'AFR enthousiasmera uniquement certains professionnels qui auront l'immense chance de pouvoir exploiter parfaitement le monstre d'ATI. Même les plus fanATIques et autres pro-ATI avoueront que la Rage Fury MAXX fut la pire carte vendue (chèrement d'ailleurs) par leur concepteur préféré.
La Rage Fury MAXX, une carte qu'elle est bien pour la regarder... (source)
La société native du pays du curling et du hockey est vraiment au fond du trou, la question de la faillite se murmure même, malgré ses bonnes relations avec les OEMs et ses excellentes ventes de chips pour ordinateurs portables. Cependant, la concurrence s'accroît dans ce dernier marché, et S3 avec ses Savage et PowerVR/STM avec ses Kyro commencent à pointer leur nez dans le marché des PC de bureau. Mais sa traversée du désert arrivera bientôt à son terme, le phare d'Alexandrie l'appelant de toute sa puissance lumineuse. Ce phare aura pour nom Radeon pour certains, ArtX pour d'autres.
ArtX, entreprise américaine bourrée de talent, a été définitivement rachetée par ATI au mois d'avril 2000, après de nombreuses négociations et autres tractations. Il faut savoir que cette société, dès lors qu'il était possible de l'acheter, fut la cible de tous ces vautours que sont NVIDIA, ATI et leurs acolytes ultra voraces comme tout le monde le sait. Il s'agit sûrement d'un tournant dans l'histoire d'ATI. Pour de plus amples informations à propos d'ArtX (et son partenariat avec Nintendo), voir l'aparté en fin d'article. Quant à son rival NVIDIA, il se contentera de 3DFX quelques mois plus tard...
Quelques mois plus tard, confirmé lors de l'été 1998, ATI annonce que sa prochaine carte sera une révolution, dotée d'un chip de toute nouvelle génération, et qu'elle sera vendue avant la fin de l'année. NVIDIA communiquera d'ailleurs un message similaire pour son TNT1. ATI publia au même moment un communiqué sur la vente de plus de dix millions de ses chips en version AGP, sortis depuis assez peu de temps donc. A posteriori, on remarquera que le canadien aura bien du mal à réitérer cet excellent résultat avant un moment... La disponibilité de la Rage 128 (Xpert, Magnum, Fury) sera effective en fin de compte uniquement aux mois de février/mars 1999 (en masse en avril). En sus d'être en retard, la carte connaît d'énormes problèmes de drivers.
Sur le papier, la carte est effectivement très intéressante, gravée en 0.25 micron, composée de 8 millions de transistors, armée d'une bonne bande passante et d'excellents Fillrates, exploitant l'AGP 2x (des versions AGP 4x suivront peu de temps après), première carte à gérer le Z-Buffer en 32 bits, et surtout première carte graphique à calculer le MPEG-2 100% hardware pour la lecture de DVD, aspect assez intéressant pour les petits processeurs (et même les moyens à l'époque...). Vendue aux alentours de 250 € - 1600 FF, prix maximum à l'époque - et estampillée carte la plus performante du monde, supérieure à la TNT1 et aux Voodoo 2 en SLI dans certaines conditions, vu le bijou technique, ce prix ne paraît pas un achat dispendieux. De plus, les testeurs du moment auront pour la plupart une conclusion similaire : "La carte est extrêmement puissante, elle a certes quelques soucis concernant ses pilotes, mais cela devrait s'arranger avec le temps, alors n'hésitez pas à l'acheter, vous ne le regretterez pas, foncez !"
Les fameux pilotes censés être disponibles rapidement et arranger tous les problèmes de compatibilités ne sont jamais réellement sortis. Une catastrophe...

La Rage 128 s'en sortait assez bien face aux Voodoo2 SLI (source)
Après un tel achat, on a subitement une autre vision du marché, des cartes graphiques, des produits hardware en général, des testeurs, des magazines et du Web (!). Première et principale conclusion que traînera ATI durant au moins deux voire trois ans (si ce n'est encore maintenant pour certaines personnes) : ne pas faire lui confiance concernant les drivers... Le chip avait pourtant un potentiel immense, mais ATI en ne proposant de nouveaux drivers que par intermittence a donné un bel exemple de ce qu'il ne fallait surtout pas faire. La carte étant très attendue, les acheteurs furent extrêmement nombreux, les déçus ne furent pas moins nombreux...
Pire, ou mieux selon les points de vue, son désormais rival NVIDIA lui porta une quasi estocade en proposant très peu de temps après la TNT 2, une carte puissante et fiable. La situation est claire, l'un décline (s'écroule oui), l'autre s'élève (s'envole plutôt). Rien de plus simple. ATI ne s'en relèvera pas avant un bon bout de temps. La société canadienne commencera son martyr pour une durée biennale, avec entre temps deux éclairs foudroyants (...). L'un fut une erreur pire que la Rage 128 - sisi c'est plausible... - avec la Rage Fury MAXX. L'autre fut un signe du renouveau, la Radeon, confirmée par la Radeon 8500 puis par les Radeon 9500/9700. Le rachat d'une certaine société dénommée ArtX n'étant probablement pas étrangère à ce retour.
Avant de retracer succinctement l'époque d'excommunication du canadien, n'omettons pas une réussite totale pour ATI, la Rage Mobility . Vendue à peu près au même moment que la magique Rage 128, ATI en écoulera à un rythme d'un million par mois pendant le premier semestre suivant sa vente, un chiffre impressionnant. Mais cela s'explique principalement par un manque de réelle concurrence à ce niveau de performances.

Le Rage Mobility connu un franc succès (source)
Six mois plus tard, soit vers août/septembre 1999, ATI a la sublime idée de sortir la Rage 128 Pro. Ce n'est pas bien compliqué, il s'agit uniquement d'une Rage 128 overclockée (mémoire, core, RAMDAC) avec 32 Mo de mémoire et gérant l'AGP 4x. Mais une bouse overclockée ne résulte que d'une bouse plus puissante, une grosse bouse en somme... Entre temps, 3DFX a sorti ses Voodoo 3, NVIDIA ses TNT2 et Matrox ses G400. ATI est à ce moment-là totalement à la ramasse, passant d'un quasi-démiurge des cartes vidéo à un véritable comparse aux yeux du monde et de la populace.
Au début de l'année suivante, en janvier 2000, nous avons eu la joie de découvrir une curiosité assez amusante, le résultat du projet Aurora. Tels des badauds, la vision de la Rage Fury MAXX fut pour le public une belle attraction et un superbe sujet de moquerie. La carte est probablement le produit qui diffère le plus entre ses caractéristiques techniques et ses performances réelles. Dotée de deux chips chacun cadencé à 135/155 MHz pour le VPU et la mémoire, la carte est la plus puissante du monde sur le papier. Sa bande passante et ses Fillrates sont même supérieurs à la dernière bombe de NVIDIA, la GeForce 256 DDR.
Armée de 64 ou 128 Mo de mémoire et affichant les dernières technologies DirectX 7 (sorti quelques mois plus tôt), son seul intérêt concerne la technologie AFR (Alternate Frame Rendering). Conçue spécialement pour gérer les deux chips greffés à la carte, l'AFR enthousiasmera uniquement certains professionnels qui auront l'immense chance de pouvoir exploiter parfaitement le monstre d'ATI. Même les plus fanATIques et autres pro-ATI avoueront que la Rage Fury MAXX fut la pire carte vendue (chèrement d'ailleurs) par leur concepteur préféré.

La Rage Fury MAXX, une carte qu'elle est bien pour la regarder... (source)
La société native du pays du curling et du hockey est vraiment au fond du trou, la question de la faillite se murmure même, malgré ses bonnes relations avec les OEMs et ses excellentes ventes de chips pour ordinateurs portables. Cependant, la concurrence s'accroît dans ce dernier marché, et S3 avec ses Savage et PowerVR/STM avec ses Kyro commencent à pointer leur nez dans le marché des PC de bureau. Mais sa traversée du désert arrivera bientôt à son terme, le phare d'Alexandrie l'appelant de toute sa puissance lumineuse. Ce phare aura pour nom Radeon pour certains, ArtX pour d'autres.
ArtX, entreprise américaine bourrée de talent, a été définitivement rachetée par ATI au mois d'avril 2000, après de nombreuses négociations et autres tractations. Il faut savoir que cette société, dès lors qu'il était possible de l'acheter, fut la cible de tous ces vautours que sont NVIDIA, ATI et leurs acolytes ultra voraces comme tout le monde le sait. Il s'agit sûrement d'un tournant dans l'histoire d'ATI. Pour de plus amples informations à propos d'ArtX (et son partenariat avec Nintendo), voir l'aparté en fin d'article. Quant à son rival NVIDIA, il se contentera de 3DFX quelques mois plus tard...
Sommaire
- 1. ATI : Array Technology Industry
- 2. Premiers produits et premières cartes
- 3. 3D Rage et Rage Pro
- 4. Rage 128 et le début de l'enfer
- 5. Radeon & Radeon 8500





