Interview de Laurent Fiscal, Virginmega.fr
Marc Rees le 30 juin 2006 (13 776 lectures)
PCI - N’est-il pas paradoxal de lutter d’un côté contre ces exclusivités et de l’autre, soutenir les DRM qui reposent sur des notions de droits exclusifs ?
J’ai du mal à vous saisir (rire). À titre purement personnel, je perçois les DRM comme un système de sécurisation qui permet à un contenu d’y associer un certain nombre de droits d’usage. Cette technologie de sécurisation appartient à un certain nombre d’acteurs technologiques qui ici ont deux attitudes : ou ils licencient ou ils ne licencient pas. De notre côté, nous n’avons jamais eu aucun problème pour licencier la technologie de Microsoft, mise à disposition de tout le monde. Je ne vois donc pas de problème par rapport à l’accès à cette technologie puisqu’elle nous est licenciée.
Le but même du DRM est d’associer un contenu à des droits d’usage. La question qui se pose n’est pas celle de l’existence de la technologie, c’est surtout de savoir quels sont ses droits d’usage, ce qu’ils permettent. Et cela, ce sont les ayants droit qui le disent. Quand j’ai débuté à VirginMega en 2002, nous avions droit à une gravure et un téléchargement lors de l’achat du disque. Aujourd’hui, quand vous achetez un titre sur VirginMega, on peut le transférer cinq fois et le graver sept fois. Je peux vous dire que ce niveau de droit d’usage est largement suffisant, et même supérieur à l’utilisation normale qu’en font nos clients. Jamais l’un d’eux n’est venu nous voir pour nous dire « j’ai voulu graver une huitième fois, et je n’ai pas pu ».
PCI - Sur la question de l'interopérabilité, votre plateforme reste pourtant limitée à Windows 2000 ou plus récent, avec Windows Media Serie player 9 ou Série 10, Internet Explorer 6.0, Firefox ou Mozilla… Peut-on vraiment parler d’une offre interopérable ?Premièrement, pour pouvoir vendre du contenu, vous devez avoir un DRM, le contenu doit être protégé. Ce sont contractuellement les ayants droit qui nous le demandent. On peut très bien dire qu’on ne mettra pas de DRM, mais on n’aura pas les contenus !
Deuxièmement, on est agnostique vis-à-vis de ces technologiques de DRM. Simplement, il n’y a qu’une société qui nous licencie des DRM... Il y a deux ans, nous précisions déjà que ce l’on demandait, c'était la compatibilité, c'est-à-dire la mise à disposition de toutes les technologies de DRM pour qu’on les agrège sur notre plateforme, les unes à côté des autres sous un même toit. Et ce, afin que chaque client trouve le bon format et le bon DRM. Mais pour pouvoir faire cela, il faut que les éditeurs de logiciels DRM acceptent de nous licencier, ce qu’ils refusent actuellement.
PCI - Sur ces questions, la loi DADVSI, elle vous convient… ou pas ?
Si je ne me trompe pas, une haute autorité pourra être saisie par un professionnel, type VirginMega, pour obtenir un accès à tel DRM. L’autorité rendra un avis susceptible d’appel ou de cassation. D’une manière pragmatique, j’attends de voir les avis de cette haute autorité et les décisions rendues en cas de recours. Pour l'instant, le processus est simplement formalisé.
PCI - Il y a tout de même des problèmes avec le domaine du logiciel libre et de la diffusion de la culture. Par exemple, la loi fixe que « Le titulaire des droits sur la mesure technique peut imposer au bénéficiaire des informations d’interopérabilité de renoncer à la publication du code source et de la documentation technique de son logiciel indépendant et interopérant (…) s’il apporte la preuve que celle-ci aurait pour effet de porter gravement atteinte à la sécurité et à l’efficacité de ladite mesure technique ».
Écoutez, ça, c’est pas mon sujet. Moi mon sujet, c’est le DRM et de pouvoir livrer du contenu protégé à tous les possesseurs de n’importe quel type de matériel…
PCI - Et si l'on s’oriente vers l’avenir, quels sont les projets de Virginmega.fr ?
Après la vidéo, on va donc lancer en partenariat avec HDS Digital, un site de téléchargement de magazines pour bientôt. Très clairement, notre objectif est donc de poursuivre notre développement, passant d’un site de téléchargement de musique à un site d’entertainment numérique.
Merci Laurent Fiscal pour cette interview.
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- 2. Interview de Laurent Fiscal, Virginmega, p. 2/2






