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Vers l'instauration d'un ordre moral du Net ?

Marc Rees le 08 février 2007 (30 390 lectures)
Le risque est alors grand de labelliser à outrance tout contenu sous contrôle ou politiquement validé, pour jeter dans l’ombre les autres solutions ou acteurs. Une censure qui ne dit pas son nom : « En pratique les marques de confiance « publique » délivrées par cette structure constitueront une pression économique et médiatique sur certains prestataires qui préfèreront appliquer toute sorte de recommandations déontologiques plutôt que de prendre le risque d’être publiquement sanctionnés par un retrait d’un label par les autorités publiques » anticipe encore Christophe Espern.

Représentativité et légitimité

Cette commission sera certes composée de sept représentants des pouvoirs publics (dont du ministère de l’Intérieur, de la famille), un conseiller d’Etat et un magistrat de la Cour de cassation, mais encore de sept personnalités qualifiées représentant les acteurs professionnels et sept personnalités qualifiées représentant les utilisateurs, nommées pour 5 ans par simple arrêté et renouvelable une fois. Nulle précision sur les modes de désignation. Mais quelle peut être la représentativité de ces « personnalités » chargées de définir un ordre déontologique public pour des millions d’usagers ?

« Cette très discrète nomination d'une telle commission dans ces conditions, pour cinq ans, à la veille des élections présidentielles, ne peut qu'interpeller les internautes » glisse pour sa part la Ligue Odebi.

Bientôt une presse certifiée sur le net

Sur le thème de la labellisation, ne perdons pas de vue le projet de Renaud Donnedieu de Vabre sur la presse en ligne : le ministre de la Culture, sans doute encore éprouvé par les débats de la Dadvsi sur le net, l’a dit à plusieurs reprises. Il compte « s'attaquer un jour au problème de la presse et de l'Internet ».

RDDV

A l’antenne d’iTélévision, rapportait justement notre confrère Ratiatum, l’intéressé exposait un peu plus sa pensée : « Vous savez très bien que, aujourd'hui, sur Internet, circulent beaucoup de choses, parfois le pire comme le meilleur, ce qui veut dire que paradoxalement redevient essentielle la certification, c'est-à-dire la signature par un journaliste parce que ça garantie l'authenticité. Donc je crois (...) qu'internet est une grande chance mais ça suppose aussi qu'il y ait des règles du jeu et des principes de déontologie ». (voir la vidéo de RDDV, sur DailyMotion).

La boucle est bouclée. On pariera sans risque que cette commission de déontologie sera le bras mécanique de l’Etat pour une reprise en main douce de la diffusion de l’information.

Sur ce point, la Ligue Odebi considère elle aussi ce projet comme « un cheval de Troie qui pourrait permettre d'imposer d'autres labels comme le label presse souhaité par le ministre de la Culture, permettant d'imposer une censure de fait par un double mécanisme : en premier lieu il s'agirait de discréditer certains sites d'information aux yeux des internautes en ne leur accordant pas le label, et en second lieu, de museler les responsables de ces sites en les menaçant de ne pas leur accorder, ou de leur retirer, ce label. Ce mécanisme pourrait très rapidement toucher les plates-formes de blogs ».

Odebi

Côté April, Christophe Espern voit là « un risque notable [de] première marche pour faire tomber par la suite les boucliers protecteurs de la loi de 1881 sur la liberté de la presse pour les sites non labellisés, provoquant ainsi le divorce définitif entre ces sites et ceux qui ne le sont pas ». L’intéressé dresse au final le pont entre l’informatique de confiance, et l’information de confiance, qui se dessine ici.

Ce projet de décret pourrait être adopté ces prochaines semaines dans l'ombre du bulldozer médiatique des présidentielles.
Sommaire
  • 2. Commission de déontologie : 2ème partie