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Comment les maisons de disques vendent des bonus périssables

Xavier Berne le 28 juillet 2012 (3850 lectures)

Cela fait maintenant près de 10 ans que l’industrie du disque est entrée dans une crise en partie liée à l’évolution des supports musicaux, et plus particulièrement du CD. Afin de conquérir à nouveau des clients, plusieurs maisons de disques ont tenté de proposer des contenus interactifs disponibles uniquement pour ceux ayant acheté un album, depuis une interface en ligne gérée par la société OpenDisc.

 

opendisc

 

C’est ainsi que depuis le début des années 2000, un accès privilégié à différents bonus (site privé, vidéos, photos, inédits,...) a été mis en avant sur plusieurs centaines d’albums produits par différentes maisons de disques dont EMI, Universal ou Naïve. De fait, ces nouveaux services constituent une réelle valeur ajoutée au CD, puisque seules les personnes disposant du disque original peuvent en profiter. Conditionné à une authentification en ligne, l’accès est impossible pour les personnes ayant copié ou téléchargé illégalement cet album.

 

Problème : si la commercialisation de ces services semble tout à fait légitime de la part de l’industrie du disque, on comprend moins pourquoi certains ne fonctionnent que dans une durée limitée. En effet, nous avons remarqué qu’après quelque temps, les bonus en question deviennent parfois inaccessibles ou ont tout simplement été retirés. Pour les consommateurs, la douche est froide : alors que vous vous attendiez à pouvoir bénéficier de ces services au moins aussi longtemps que le reste des chansons de votre CD, vous vous trouvez amputé d’une partie de votre bien au bout de quelque temps... Un peu comme si vous achetiez un livre et que les annexes venaient à s’évaporer par l’effet du temps. Cela est d’autant plus dommageable que les contenus proposés sont bien souvent protégés à coups de DRM, rendant impossible le téléchargement pour copie privée.

 

Pour mieux comprendre, voici l’illustration très concrète d’un CD proposant un accès OpenDisc : « No Promises » de Carla Bruni, sorti en 2007.

Les promesses douchées de « No Promises »

Sur le CD, il est très clairement indiqué : « Créez votre lien unique avec Carla Bruni ». Sont ainsi promis, depuis la pochette : « Bonus, nouveautés, contenus exclusifs ».

 

bruni opendisc

 

Une fois le disque acheté et inséré dans l’ordinateur, l’interface OpenDisc se charge et demande à l’utilisateur de s’enregistrer pour avoir accès aux contenus. Au passage, ce dernier doit obligatoirement laisser de nombreuses données personnelles pour réussir à s’authentifier : nom, âge, adresse, mail,.... Quelques minutes plus tard, il reçoit un courriel l’informant que son accès a été validé, et lui présente à nouveau ce à quoi il va pouvoir accéder.

 

bruni opendisc

 

Seulement voilà, si l’enregistrement des données personnelles fonctionne très bien, de même que l’envoi du courriel indiquant fièrement qu’un « lien privilégié » est désormais créé entre l’internaute et l’artiste, il n’en va pas de même pour l’accès aux contenus : l’interface renvoie vers une page affichant très sobrement que « l’OpenDisc de votre artiste n’est plus actif ». Les bonus et le site privé sont passés à la trappe. On vous propose tout de même, dans un élan de grande générosité, de vous rediriger vers le site public de Carla Bruni, lequel est accessible par un tout un chacun, acheteur ou non du CD.

 

bruni opendisc

 

Comme dans la plupart des cas, le détail des contenus disponibles via l’OpenDisc n’était pas mis en avant de manière très précise sur la pochette, laquelle se contentait de faire miroiter différents « bonus » à l’acheteur potentiel. Ce n’est toutefois pas le cas de tous les CD.

100 concerts live qui partent en fumée...

En 2008, Jean-Louis Aubert, ancien chanteur du groupe Téléphone, sort un coffret dans lequel il est proposé un accès à 100 concerts live de la tournée précédente, « Un tour sur moi-même ». Ici, le contenu est loin d’être symbolique : l’équivalent de 100 CD live ! Le chanteur fait d’ailleurs une promotion très importante de ce coffret, soulignant bien la valeur ajoutée d’un tel accès à ses centaines de titres disponibles. Pour les fans, ces enregistrements recèlent de véritables trésors : Aubert avait fait le pari (presque tenu), d’interpréter à l’occasion de cette tournée acoustique la totalité de son répertoire, et ce depuis les débuts de Téléphone. Il avait également effectué de nombreuses reprises (Stones, U2, Lennon,...).

 

Jean-Louis Aubert présente le service... et explique quoi faire en cas de problème technique (à 0'58)

 

Seulement voilà, trois ans après la sortie du coffret, l’accès à l’OpenDisc devient impossible. Plus question donc d’avoir accès aux concerts dont l’écoute était uniquement possible en streaming. Vu qu’il n’y avait pas de possibilité de téléchargement, aucune sauvegarde n’a pu être faite par les acquéreurs du coffret (hormis pour les courageux ayant réalisé une capture analogique des enregistrements depuis leur carte son).

 

En décembre 2011, nous alertons OpenDisc après de fastidieuses étapes d’enregistrement sur son forum prévu à cet effet. Début janvier, la société nous répond : « Nous avons prévenu la maison de disque de ce problème et attendons toujours leur retour après plusieurs relances. Dès que cela sera corrigé, nous vous en informerons dans les plus brefs délais ». Problème : les « plus brefs délais » s’avèrent relativement longs... Après une relance au mois de février puis au mois de juin, rien ne bouge.

 

PC INpact décide alors de mener l’enquête, afin de faire le point sur ces situations, et d’y apporter des éléments de compréhension.