ou INSCRIVEZ-VOUS Mot de passe oublié ?
Publicité

L'histoire d'ATI

Nil Sanyas le 13 avril 2004 (41 193 lectures)
ATI : Array Technology Industry

ATI est aujourd'hui une société majeure puisqu'elle a fêté ses 18 ans le 20 août dernier. Créée ce même jour en 1985, ATI est encore fortement présente dans le marché des cartes graphiques, ce qui après tant d'années est tout à son honneur. Pourtant, de nombreux concurrents ont maintes fois bien failli avoir sa peau de caribou. ATI compte environ deux mille sept cents employés à plein temps à Markham (Ontario, Canada), mais aussi en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, en Irlande, aux États-Unis (principalement), au Japon, à Hong-Kong, Taiwan, Barbados et en Malaisie.

De par son ancienneté et son statut de pionnier, Monsieur ATI a cependant eu sa crise d'adolescence entre 1999 et 2001, soit entre 14 et 16 ans (...). Au grand dam de nombreux consommateurs fidèles, cette crise eu des répercussions nombreuses, notamment l'essor du p'tit jeune beau gosse américain (NVIDIA), sorte d'adonis, qui n'a pas hésité à lui subtiliser sa copine dénommée Clientèle. Mais les boutons partis, la voix enfin totalement muée et la confiance retrouvée, petit ATI est devenu grand, tel un véritable éphèbe. La suite est prévisible. L'ex-copine Clientèle est revenue au dépend du jeune NVIDIA qui a débuté sa crise en 2003, soit à l'âge de 10 ans, confirmant sa précocité.


Markham, Ontario, Canada : le QG d'ATI au crépuscule (photo de driverheaven.net)

Les grandes questions aujourd'hui sont donc :

  • ATI, la crise définitivement passée, va t'il bonifier avec le temps, ou devenir un sauvageon ?
  • La crise pré-adolescente de NVIDIA va t'elle durer plus longtemps que prévue ou sa rapidité d'adaptation légendaire sera t'elle encore de mise ?
  • Un troisième concurrent sérieux pourrait-il entrer dans la danse, la fameuse Clientèle étant assez volatile voire polyandre comme chacun le sait... ?

    Trois questions dont les réponses pourraient très bien signer la mort irrémédiable de l'un des deux ou trois protagonistes.

    Mais en attendant, étudions l'historique du "vieil" ATI, ce dernier étant en fin de compte assez méconnu, même des spécialistes. Il est pourtant capital d'en savoir plus sur la "biographie" d'une entreprise, le futur étant souvent lié au passé...

    Ce dossier, tout comme l'Histoire de NVIDIA, décrit chronologiquement tous les chips graphiques du premier au dernier tout en inscrivant chacun de ces produits dans leur contexte (concurrence, difficulté financière, rachats récents, et caetera). ATI n'étant pas NVIDIA, cet article comporte logiquement quelques différences. Ainsi une pleine page est consacrée à ArtX, ceci dû à son importance vitale pour ATI. D'autre part, grâce au site FiringSquad, nous sommes en mesure de vous présenter en français les péripéties du créateur de la société ATI.

    Nous finirons d'ailleurs l'introduction de ce dossier par ce thème avant de traiter de tous les produits proposés par ATI, soit : les EGA Wonder et VGA Wonder, Mach8, Mach32 et Mach64, 3D Rage, 3D Xpression+ (la première All In Wonder), le Rage Pro, la Rage 128, Rage Mobility, Rage 128 Pro, Rage Fury MAXX, Radeon, Radeon 8500, et les dernières Radeon 9x00.

    Ses principaux rachats stratégiques seront aussi traités, à savoir ceux de Tseng Labs, d'ArtX, de FireGL et d'Appian Graphics (Hydravision), avec de très nombreux détails sur ArtX en fin de dossier.


    Le Quartier Général d'ATI enneigé... (source de cette photo)

    Mais avant de nous intéresser à la création d'ATI, sachez que nous n'avons strictement aucun contact avec cette société, ce que nous regrettons amèrement. Nous avons pourtant tenté une multitude d'approches, sans jamais recevoir de réponse. ATI nous snobe, pensant tout simplement que le Web français se limite à quelques gros sites se comptant sur les doigts d'une patte d'oie...

    Kwok Yuen Ho : le fondateur

    L'homme à la base de la société canadienne se nomme Kwok Yuen Ho. Né en Chine en 1950, il n'est plus à l'heure actuelle le chef de l'entreprise ATI. Vivant dans une famille de paysans assez pauvres, les arrivées de Mao Tsé Toung, de son "grand bon en avant" et de sa "grande révolution culturelle" ont changé l'histoire de la Chine et, comme nous allons le découvrir a fortiori, celle de Monsieur Ho. Son père a donc changé de statut en devenant professeur. Muté à Hong-Kong, le paternel ne fut rejoint par sa famille qu'en 1962. Cette rapide ascension et ce choc eu pour conséquence une éducation inespérée pour Kwok Yuen Ho.

    Fraîchement émoulu et fort d'un diplôme d'Ingénierie Electrique acquis à la Cheng Kung University de Taiwan à l'âge de 24 ans, Kwok Yuen Ho fit ses gammes durant dix ans en de nombreuses entreprises situées à Hong-Kong reconnues nationalement voire internationalement. Il a ainsi travaillé chez Philips Electronics, Control Data Systems, National Semiconductor et Wong's Electronics, une société spécialisée dans la fabrication de PCs. Le monde de la haute technologie et des PCs avec la dernière citée était donc parfaitement connu de Monsieur Ho.

    Cependant en 1984, Kwok Yuen Ho émigre au Canada pour une raison pour l'instant obscure (politique ou personnelle ?). Mais Ho n'arrive pourtant pas sur le Nouveau Continent la fleur au fusil et peine à recouvrer la très bonne situation qui était la sienne en Asie. Un an après son arrivée, il réunit avec deux compatriotes peu ou prou récemment établis au Canada la somme de 300 000 $.


    Kwok Yuen Ho et ses lunettes légendaires... (source de cette photo)

    Cette société, ayant dès le départ pour but le graphisme, eu et a toujours pour nom Array Technology Industry, dont l'acronyme ATI est bien plus usité. Les premières heures de l'histoire d'ATI commencèrent avec un effectif de six personnes dont les trois créateurs. Deux mois après sa naissance, soit en octobre 1985, ATI développe son premier contrôleur graphique à l'aide de la technologie ASIC et présente une première ébauche de puce graphique.

    Les quatre premiers mois étant terriblement difficiles, faute de réelle crédibilité, ATI n'ayant pas fait ses preuves, les 300 000$ furent rapidement dilapidés. Le "sauveur" ne fut pas Canadien mais est venu de Singapour. En effet une banque de l'île asiatique nommée Overseas Union Bank eut confiance en Kwok Yuen Ho et ses ambitions, et lui prêta 300 000 $, plus 1,2 million de $ quelques temps plus tard.

    Grâce à ce nouvel apport financier, les membres d'ATI ont pu travailler plus sereinement et ont enregistré au second semestre une commande de 7000 puces par semaine pour un certain Commodore... En fin d'année, ATI a ainsi affiché pour sa première année un chiffre d'affaires de 10 millions de $. Le succès était encore à mille lieues d'être garanti, mais l'entreprise canadienne fondée par un chinois et financée par Singapour pouvait survivre sans risquer de mettre la clef sous la porte.