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Le Peer-to-Peer (Partie 1)

Nil Sanyas le 25 novembre 2002 (22 225 lectures)
INTRODUCTION :

Le Peer-to-Peer fait depuis de nombreuses années partie du paysage du web. Son immense ascension a principalement pu se faire grâce au MP3, au DivX et à la généralisation du haut-débit. Pour le grand public, l'image du P2P n'existe que par l'intermédiaire de publicités faîtes par Eminem et Britney Spears ou encore par Steven Spielberg et dernièrement Georges Lucas, expliquant que "voler" leurs oeuvres "artistiques" est mauvais pour leur développement et la création (ainsi que leur porte-feuillle...), et donc que cela nuit à tous... C'est là que l'hypocrisie commence, et c'est le sujet qui sera traité ici.

Avant de commencer...

Mettons les choses au clair tout de suite, je vais ici me faire l'avocat du diable (non politiquement correct pour le grand public, un peu plus ici peut-être) et donc appuyer l'utilisation du P2P et par là même ses utilisateurs. Une seconde partie nuançant cet édito sera faite plus tard, ce ne sera pas une sorte d'antithèse, mais plutôt une dénonciation de certains abus du P2P, chose qui ne sera pas faite. Voilà qui est dit, mais que cela n'empêche pas ceux qui sont totalement opposé à cet édito de donner leur avis avant même de voir la seconde partie. Peut-être pourrez vous faire évoluer cette dernière.

Autre détail à bien préciser, le sujet porte bien entendu sur les fichiers illégaux (à droit d'auteur) échangés et non des images, des vidéos ou des sons créés par des particuliers. Le P2P 100% légal pourrait aussi faire partie d'un autre édito d'ailleurs, mais ce n'est pas le fond du problème ici présent (même s'il est très intéressant).

La nuance entre "perte" et "manque à gagner"

Il est assez irritant de lire et d'entendre un peu partout que le piratage a causé un manque à gagner de plusieurs millions de $ à telle entreprise. Non seulement rien ne lui dit que la personne ayant procédé au "vol" de son produit ne l'a pas acheté par la suite. Rien ne lui dit non plus si elle l'a supprimé pour cause de non-satisfaction du produit (bel intérêt d'utiliser une version complète piratée) mais surtout si elle n'en aurait jamais fait l'acquisition si le piratage n'était pas possible, le principal motif étant la plupart du temps le prix du produit.

Autre fait intéressant, le piratage ne coûte strictement rien aux sociétés lésées. Le "manque à gagner" est donc bien moindre qu'un véritable vol dans un entrepôt ou en magasin, le coût de production étant nul.

Cela n'excuse en rien les personnes usant du P2P, mais l'expression "manque à gagner" perd tout de même beaucoup de son sens... La perte directe quant à elle est inexistante...

Quand le malheur des uns fait le bonheur des autres (?)

Les gros perdants du peer-to-peer sont sans conteste les sociétés ou les artistes les plus connus, ceux qui vendent le plus et donc les plus riches. Voir des millionnaires comme Britney Spears ou Eminem pleurer sur leur sort en est presque choquant. Ces "artistes" n'ont effectivement aucun intérêt à voir le P2P s'épanouir, leur publicité est déjà si vaste qu'ils n'en ont pas besoin, mais peut-être pourraient-ils penser aux "petits vendeurs", ceux qui vendent quelques miliers ou dizaines de milliers de disque dans le monde et sont par conséquent assez juste financièrement ?

Pour eux, le P2P est une véritable vitrine, cela les arrangent bien plus qu'il ne les desserts. Ainsi les "riches" y perdent un peu, les "pauvres" n'y perdent rien, voire en profitent. Sans compter que la solidarité entre artistes (sauf quand il s'agit de leur pognon) est quasi inexistante, "quasi" car il en existe tout de même qui essaient de faire bouger les choses, mais proportionnellement au nombre d'artistes, c'est une goutte d'eau.

Encore une fois, cela n'est pas une raison pour pirater, mais n'y a t-il pas une certaine hypocrisie de la part de certains artistes (pas tous) et des majors ?

Les majors en question...

Les majors, parlons en d'ailleurs. Ce sont clairement elles qui sont les grandes perdantes du P2P. Leur part dans le prix de vente d'un CD est immense comparé à celle de l'artiste, qui est totalement exploité (il touche entre 5 et 15% du prix du CD, et ses oeuvres ne lui appartiennent pas). Ces firmes sont certes indispensables pour faire connaître un artiste, car il faut un capital de départ conséquent pour se lancer nationalement, a fortiori internationalement, mais il ne faut pas non plus qu'elles abusent à outrance à tous les niveaux, sinon cela conforte presque l'utilisateur de P2P. Maintenant, les majors, que ce soit Vivendi Universal, BMG ou encore AOL Time Warner, achètent Napster et MP3com ou font des clones, et donc se servent du P2P pour faire de l'argent (action tout à fait normale, le bénéfice est leur but premier ne l'oublions pas).

Ainsi, les majors veulent le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière (désolé pour l'expression). En effet, en sus d'une belle inflation du prix du disque (le beurre) pour une qualité quelquefois médiocre (quand 50% de l'album est bon on peut s'estimer heureux), nous avons une taxe sur les CD-R et sur certains supports de stockage, taxe totalement injuste, soit l'argent du beurre, et en plus le cul de la crémière, soit l'interdiction totale du P2P qui n'a rien d'illégal en lui même (ce qui n'est certes pas le cas de son utilisation générale).

La musique et le cinéma : même combat ?

Au niveau cinématographique, le problème est un peu différent. Tout d'abord, voir un film en DivX chez soi et au cinéma n'est pas comparable. D'ailleurs, nombreux sont ceux qui voient le film en DivX et paient leur place de cinéma puis achètent le DVD (pas donné non plus...) pour le bonheur de Georges Lucas, Steven Spielberg et les Majors comme Universal Studio, Warner Bros, Sony Pictures, MGM, Paramount, 20th Century Fox et j'en passe. Ils sont assez peu touchés par le P2P et l'industrie du cinéma se sert même à merveille d'internet et de l'échange de fichiers pour faire sa propagande.

Bien entendu, ce sont les bons films qui tirent leur épingle du jeu. Et même si Matrix 2 se retrouve rapidement sur KaZaA et autres eDonkey, cela ne l'empêchera pas d'attirer des dizaines de millions de spectateurs. Peut-être même que cela permettra à ceux qui on raté le premier (voire ceux qui ne l'on pas aimé) de découvrir ce film extraordinaire (avis totalement subjectif de ma part). Si le P2P peut permettre de faire le tri entre une belle daube et un chef d'oeuvre, tant mieux. Peut-être que certains spectateurs du dernier James Bond ne seraient pas allés le voir s'ils l'avaient vu auparavant grâce à un logiciel de P2P (attention, c'est juste un exemple, je n'ai pas vu le film, je ne sais donc pas s'il est bon ou mauvais, c'est histoire de citer un film récent cartonnant au Box-Office).

Conclusion :

Cet édito pourrait être extrêmement long mais cela ne sert à rien d'insister sur le même sujet. Pour conclure, je n'ai plus que deux courtes choses à dire. Tout d'abord, à propos de l'hypocrisie de sociétés telles que Sony vendant des CD-R, des CD Audio et des graveurs de CD/DVD, et qui en même temps bloquent toute possibilité (avant qu'une parade ne soit trouvée) de graver les CD achetés, alors que c'est tout à fait légal (bloquer la gravure devrait être illégal d'ailleurs...). Et le japonais Sony est loin d'être la seule société à oser faire ce genre de manipulation...

Et enfin le dernier point. Il faudrait qu'elles (les majors) se mettent en tête que l'expression un de perdu dix de retrouvés est on ne peut plus adaptées aux logiciels de Peer-to-Peer. Napster et AudioGalaxy fermés, ce sont d'autres clones qui ont fleuri : KaZaA, eDonkey, Morpheus, Gnutella, Grokster, BearShare, etc. Les trois premiers formant d'ailleurs un bon triumvirat du P2P. Quant à BoBdown, inutile d'en parler...

A bientôt pour la seconde partie de cet édito (aucune date de prévue, une, deux, ou trois semaine peut-être).
Sommaire
  • 1. Edito : Le peer-to-peer (Partie 1)