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- On a la furieuse impression qu'il y a une hiérarchie de la gravité des actes et que pirater une BD c'est quelque part moins grave. Dans l'esprit des auteurs de BD, peut-on justement assimiler le pirate des oeuvres de BD et celui de la musique ?
C'est ce que j'appelle la "logique électorale" : celui qui a la majorité a gagné. Dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça, mais comme les médias entretiennent les gens dans cette idée, eh bien c'est effectivement ce que les gens finissent par penser.
Convaincus de s'adresser à des débiles mentaux (à du "temps de cerveau disponible"), les médias traditionnels simplifient les faits à outrance, et au lieu de parler de la diffusion et de la reproduction illicite d'oeuvres protégées telles que les images, les textes, et tous ces machins dûment protégés par le CPI [NPDA : Code de propriété intellectuelle], ils résument en disant "MP3". Ah, évidemment, c'est pratique : si on peut faire court, ça laisse plus de temps ensuite pour passer un spot publicitaire !
Je conteste cette "logique" : un cas minoritaire n'est pas moins réel que le cas majoritaire, et le piratage n'est pas pratiqué par des gens qui ont un regard statistique sur le monde.
Plus grave encore, à mon sens : on ne parle que de business. On ramène toujours tout au pognon ! Il y a un fond qui est réaliste, bien sûr : le premier des droits d'auteur, c'est le droit de bouffer. Si on ne peut plus vendre ses oeuvres parce que tout le monde les a eues gratos, va y avoir un problème pour payer le loyer... Mais il y a aussi un problème très grave de droit moral, et là-dessus la technique est très injustement favorable à l'industrie musicale, au
détriment notamment de l'image fixe.
Dans un MP3, il y a des sections du fichier qui sont réservées aux stockages d'informations comme le nom de l'auteur, le nom de l'album, la date de création, le genre, etc. Ces infos sont très facilement lisibles et standardisées, au point que sous la plupart des OS le seul fait de passer la souris sur le nom du fichier donne accès à ces informations. Le seul fichier, même sans le lire, fait ainsi la promotion de l'auteur de l'oeuvre. Il n'est donc pas faux de considérer que la diffusion et le partage, même illicites, de fichiers musicaux compressés assurent la promotion des artistes.
A l'inverse, le jpeg d'une illustration exposée sur le web (exemple idiot : une Bellaminette) ne délivre pas ce genre d'infos. Et très souvent, les algorithmes de compression dégradent l'image au point que la signature n'est pas aisément lisible. Idem, donc, pour la BD... Pourtant, les images sont reprises sur des sites, ré-exploitées pour des pubs, des T-shirts, des flyers, souvent sans que les auteurs soient au courant.
Or non seulement, on ne les paye pas pour ça, mais en plus on porte atteinte au premier des droits moraux : la reconnaissance de leur nom et de leur qualité d'auteur. Ca craint du pâté... :(
Idem, on sait pertinemment que les artistes de l'"industrie" musicale ont d'autres sources de revenus que la vente des disques, même s'il est illégitime de les déposséder de leur pourcentage. C'est Richard Stallman, je crois, qui suggérait que les musiciens gagnent leur vie en faisant payer les concerts, et qu'on arrête d'enquiquiner les utilisateurs de P2P. Je veux bien croire, car c'est un type très bien ;) , que monsieur Stallman disait cela avec une bonne intention, mais ce faisant il faisait lui aussi le jeu des médias en résumant le piratage on-line à celui de la musique : ce serait quoi, selon lui, l'équivalent des "concerts" pour les auteurs de BD et les illustrateurs ?
Et pour rester dans le thème de l'implication du monde du Logiciel Libre, je suis plus généralement choqué par le fait de voir de plus en plus de monde, dans ce secteur, prôner une abolition pure et simple de la propriété intellectuelle. Je comprends leur point de vue, et pas mal de gens qui connaissent mes petits dessins savent que je suis très engagé, depuis un bail, en faveur de Linux et des Logiciels Libres. Mais le fait que dans bien des cas l'art soit "dématérialisable" et donc, par la voie de la numérisation, puisse être catégorisé comme "information" ne signifie pas qu'on puisse revendiquer le "droit à l'information" qui rend légitime le libre accès aux Logiciels Libres pour obtenir que les oeuvres d'art soient, elles aussi, libérées de tout droit.
Certains s'appuient sur le fait qu'il existe des exemples d'art libre, et des licences (type Creative Commons, etc) plus ouvertes que le droit d'auteur classique, pour exiger que ce cadre juridique soit étendu par défaut à toutes les oeuvres de l'esprit. Mais c'est du somnambulisme intellectuel complet...
Oui, il existe des oeuvres libres. Parce que leurs auteurs ont CHOISI de les offrir à la communauté, ou qu'ils ont accompli une démarche artistique qui consiste à rendre l'oeuvre modifiable s'ils jugeaient pertinent de lui accorder une vie propre, de lui donner des caractéristiques "virales", etc. Mais ça veut dire aussi qu'ils pouvaient se le permettre financièrement (ils ont des ressources par ailleurs) ou qu'ils estimaient que c'était nécessaire (diffuser par exemple une partie de leur travail pour se faire connaître afin de décrocher des commandes rémunérées). Mais ça c'est un choix personnel, pas une décision du public.
Et il en va exactement de même pour le Logiciel Libre : les codes sources qui sont offerts à la communauté par leurs créateurs ne le sont que parce que ceux-ci estiment pouvoir se le permettre ! Ceux qui offrent de tels cadeaux ont, je présume, un salaire (dans une SSII, ou un marchand de fruits et légumes, peu importe), un moyen de nourrir leur famille. Ce ne sont pas les utilisateurs qui "libèrent" les logiciels, ce sont les auteurs de ces softs qui choisissent, en leur âme et conscience, de les offrir à la communauté.
Quand on achète une BD, qu'on la scanne, et qu'on la diffuse sur l'Internet, avec sans doute la "bonne" intention de faire profiter les autres d'une oeuvre qu'on a appréciée, ça n'a rien à voir : on "libère" l'oeuvre sans se soucier de savoir si l'auteur peut se passer de cette ressource. Donc désolé de paraître aussi radical, mais oui, une telle action est bel et bien du vol...
Les tenants de l'abolitionnisme évoqué plus haut, quand ils se posent la question de la rémunération des auteurs, ont à mon avis une drôle de vision du monde : ils suggèrent que, comme les auteurs de logiciels libres qui gagnent souvent leur vie en vendant du service informatique, les artistes renoncent à leurs droits sur leurs oeuvres, et profitent de la notoriété qu'ils en retireraient pour décrocher des commandes rémunérées, l'équivalent artistique du "service" des informaticiens... Est-ce que ça signifie que, selon eux, un artiste devrait faire don de ses oeuvres d'inspiration personnelle, des créations où il a mis le meilleur de lui-même, et ne vivre que de... de quoi ? D'illustration publicitaire ?
C'est ça le monde d'échange et de liberté ? Un monde où les artistes ne pourraient vivre qu'à la condition de mettre leur talent au service de la vente de savonnettes ou de yaourts, au lieu de créer les images qui n'ont rien d'autre à vendre qu'elles-mêmes, qui offrent pour quelques sous du rêve et des émotions pour lesquels il n'y a pas de mot, et qu'on ne peut donc exprimer qu'avec des images ou des couleurs ? On nous dit, considérant que le P2P et là et qu'il y a tellement de monde qui s'en sert qu'on ne pourra pas empêcher les usages illicites qu'en font certains, que c'est comme ça, que le monde change, et qu'on n'y peut rien. Si c'est pour que la culture ne soit plus qu'un "paysage audio-visuel" couvert de panneaux publicitaires, bravo l'avancée de civilisation !
D'autres suggèrent que la rémunération des auteurs repose sur le bénévolat : voilà, on expose ses images en haute def' sur un site web, et les gens qui les ont trouvées jolies envoient des dons via PayPal. A votre bon coeur m'sieurs dames. Le statut d'auteur est déjà dramatiquement précaire, alors passer à celui de mendiant, franchement, je le sens pas.
Mais j'ai du mal comprendre... Oui, ça doit être ça. ;)
Sur un sujet pareil, franchement, je ne demande pas mieux que d'être contredit !
C'est ce que j'appelle la "logique électorale" : celui qui a la majorité a gagné. Dans la vraie vie, ça ne se passe pas comme ça, mais comme les médias entretiennent les gens dans cette idée, eh bien c'est effectivement ce que les gens finissent par penser.
Convaincus de s'adresser à des débiles mentaux (à du "temps de cerveau disponible"), les médias traditionnels simplifient les faits à outrance, et au lieu de parler de la diffusion et de la reproduction illicite d'oeuvres protégées telles que les images, les textes, et tous ces machins dûment protégés par le CPI [NPDA : Code de propriété intellectuelle], ils résument en disant "MP3". Ah, évidemment, c'est pratique : si on peut faire court, ça laisse plus de temps ensuite pour passer un spot publicitaire !
Je conteste cette "logique" : un cas minoritaire n'est pas moins réel que le cas majoritaire, et le piratage n'est pas pratiqué par des gens qui ont un regard statistique sur le monde.
Plus grave encore, à mon sens : on ne parle que de business. On ramène toujours tout au pognon ! Il y a un fond qui est réaliste, bien sûr : le premier des droits d'auteur, c'est le droit de bouffer. Si on ne peut plus vendre ses oeuvres parce que tout le monde les a eues gratos, va y avoir un problème pour payer le loyer... Mais il y a aussi un problème très grave de droit moral, et là-dessus la technique est très injustement favorable à l'industrie musicale, au
détriment notamment de l'image fixe.
Dans un MP3, il y a des sections du fichier qui sont réservées aux stockages d'informations comme le nom de l'auteur, le nom de l'album, la date de création, le genre, etc. Ces infos sont très facilement lisibles et standardisées, au point que sous la plupart des OS le seul fait de passer la souris sur le nom du fichier donne accès à ces informations. Le seul fichier, même sans le lire, fait ainsi la promotion de l'auteur de l'oeuvre. Il n'est donc pas faux de considérer que la diffusion et le partage, même illicites, de fichiers musicaux compressés assurent la promotion des artistes.
A l'inverse, le jpeg d'une illustration exposée sur le web (exemple idiot : une Bellaminette) ne délivre pas ce genre d'infos. Et très souvent, les algorithmes de compression dégradent l'image au point que la signature n'est pas aisément lisible. Idem, donc, pour la BD... Pourtant, les images sont reprises sur des sites, ré-exploitées pour des pubs, des T-shirts, des flyers, souvent sans que les auteurs soient au courant.
Or non seulement, on ne les paye pas pour ça, mais en plus on porte atteinte au premier des droits moraux : la reconnaissance de leur nom et de leur qualité d'auteur. Ca craint du pâté... :(
Idem, on sait pertinemment que les artistes de l'"industrie" musicale ont d'autres sources de revenus que la vente des disques, même s'il est illégitime de les déposséder de leur pourcentage. C'est Richard Stallman, je crois, qui suggérait que les musiciens gagnent leur vie en faisant payer les concerts, et qu'on arrête d'enquiquiner les utilisateurs de P2P. Je veux bien croire, car c'est un type très bien ;) , que monsieur Stallman disait cela avec une bonne intention, mais ce faisant il faisait lui aussi le jeu des médias en résumant le piratage on-line à celui de la musique : ce serait quoi, selon lui, l'équivalent des "concerts" pour les auteurs de BD et les illustrateurs ?
Et pour rester dans le thème de l'implication du monde du Logiciel Libre, je suis plus généralement choqué par le fait de voir de plus en plus de monde, dans ce secteur, prôner une abolition pure et simple de la propriété intellectuelle. Je comprends leur point de vue, et pas mal de gens qui connaissent mes petits dessins savent que je suis très engagé, depuis un bail, en faveur de Linux et des Logiciels Libres. Mais le fait que dans bien des cas l'art soit "dématérialisable" et donc, par la voie de la numérisation, puisse être catégorisé comme "information" ne signifie pas qu'on puisse revendiquer le "droit à l'information" qui rend légitime le libre accès aux Logiciels Libres pour obtenir que les oeuvres d'art soient, elles aussi, libérées de tout droit.
Certains s'appuient sur le fait qu'il existe des exemples d'art libre, et des licences (type Creative Commons, etc) plus ouvertes que le droit d'auteur classique, pour exiger que ce cadre juridique soit étendu par défaut à toutes les oeuvres de l'esprit. Mais c'est du somnambulisme intellectuel complet...
Oui, il existe des oeuvres libres. Parce que leurs auteurs ont CHOISI de les offrir à la communauté, ou qu'ils ont accompli une démarche artistique qui consiste à rendre l'oeuvre modifiable s'ils jugeaient pertinent de lui accorder une vie propre, de lui donner des caractéristiques "virales", etc. Mais ça veut dire aussi qu'ils pouvaient se le permettre financièrement (ils ont des ressources par ailleurs) ou qu'ils estimaient que c'était nécessaire (diffuser par exemple une partie de leur travail pour se faire connaître afin de décrocher des commandes rémunérées). Mais ça c'est un choix personnel, pas une décision du public. Et il en va exactement de même pour le Logiciel Libre : les codes sources qui sont offerts à la communauté par leurs créateurs ne le sont que parce que ceux-ci estiment pouvoir se le permettre ! Ceux qui offrent de tels cadeaux ont, je présume, un salaire (dans une SSII, ou un marchand de fruits et légumes, peu importe), un moyen de nourrir leur famille. Ce ne sont pas les utilisateurs qui "libèrent" les logiciels, ce sont les auteurs de ces softs qui choisissent, en leur âme et conscience, de les offrir à la communauté.
Quand on achète une BD, qu'on la scanne, et qu'on la diffuse sur l'Internet, avec sans doute la "bonne" intention de faire profiter les autres d'une oeuvre qu'on a appréciée, ça n'a rien à voir : on "libère" l'oeuvre sans se soucier de savoir si l'auteur peut se passer de cette ressource. Donc désolé de paraître aussi radical, mais oui, une telle action est bel et bien du vol...
Les tenants de l'abolitionnisme évoqué plus haut, quand ils se posent la question de la rémunération des auteurs, ont à mon avis une drôle de vision du monde : ils suggèrent que, comme les auteurs de logiciels libres qui gagnent souvent leur vie en vendant du service informatique, les artistes renoncent à leurs droits sur leurs oeuvres, et profitent de la notoriété qu'ils en retireraient pour décrocher des commandes rémunérées, l'équivalent artistique du "service" des informaticiens... Est-ce que ça signifie que, selon eux, un artiste devrait faire don de ses oeuvres d'inspiration personnelle, des créations où il a mis le meilleur de lui-même, et ne vivre que de... de quoi ? D'illustration publicitaire ?
C'est ça le monde d'échange et de liberté ? Un monde où les artistes ne pourraient vivre qu'à la condition de mettre leur talent au service de la vente de savonnettes ou de yaourts, au lieu de créer les images qui n'ont rien d'autre à vendre qu'elles-mêmes, qui offrent pour quelques sous du rêve et des émotions pour lesquels il n'y a pas de mot, et qu'on ne peut donc exprimer qu'avec des images ou des couleurs ? On nous dit, considérant que le P2P et là et qu'il y a tellement de monde qui s'en sert qu'on ne pourra pas empêcher les usages illicites qu'en font certains, que c'est comme ça, que le monde change, et qu'on n'y peut rien. Si c'est pour que la culture ne soit plus qu'un "paysage audio-visuel" couvert de panneaux publicitaires, bravo l'avancée de civilisation !
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