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Piratage de BD : Interview de Bruno Bellamy
 Rédigé par le 23 août 2005
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Comme nous vous l'annoncions ce matin, le Tribunal de Grande instance de Paris, réuni en section correctionnelle déclarait un internaute coupable de contrefaçon. L'individu avait été surpris les mains dans le sac en pleine "diffusion ou représentation" de bandes dessinées sur le Net, depuis un ordinateur "monté en serveur". Attrapé alors qu'il diffusait près de 2300 BD, il a été condamné à verser 1 euro symbolique au Syndicat national de l’édition, qui vient de communiquer sur cette affaire. Outre un jugement à la saveur particulière, il se pose ici pour une première fois (ou presque) le cas du piratage de bande dessinée. Peut-on faire un parallèle avec celui de l'industrie du disque ? Quels peuvent être aujourd'hui les rapports entre le Net et ce milieu artistique ? Voilà quelques une des questions posées par cette affaire.

Bruno BellamyPlutôt que d'interroger le syndicat en question, nous avons préféré interviewer un auteur de BD bien connu, Bruno Bellamy. L'auteur des fameuses et croustillantes Bellaminettes, connu pour ses multiples engagements et sa passion pour l'informatique, a gentiment accepté de nous répondre Il nous faire part de ses sentiments au fil d'un long et passionnant entretien que voici. Bonne lecture !

PC INpact- Qu'est ce que t'inspire cette condamnation ? 2 288 bandes dessinées piratées sur le net d'un côté, et un euro de dommages et intérêts de l'autre.

Bruno Bellamy : La première chose qui m'a marqué en lisant le texte auquel tu fais référence, c'est que toute symbolique qu'elle soit, la "réparation" était destinée au syndicat national de l'édition... La question qui devrait brûler immédiatement toutes les lèvres s'impose forcément à moi : "et les auteurs, dans tout ça ?".

On en revient toujours au même problème : on parle sans arrêt du "droit d'auteur", mais dans les faits, on assiste à un pugilat planétaire entre éditeurs/producteurs/diffuseurs (et leurs avocats) d'une part, et public/consommateurs d'autre part. Or, ça c'est du droit commercial, c'est pas du droit d'auteur. Evidemment, c'est sous l'angle du droit d'auteur que les plaignants attaquent, parce que juridiquement c'est la voie la plus efficace pour obtenir gain de cause, mais dans ce contexte c'est vrai que l'expression anglo-saxonne "copyright" est bien plus adaptée, parce que ce qui est en cause ici n'a rien à voir avec les auteurs, mais avec le droit (ou pas) de copier.

C'est navrant, parce que (et là je sais bien que je n'apprends rien à personne) du coup on ne sait plus très bien ce que devient le droit du public à profiter de l'art, et on ne comprend pas très bien non plus ce qui se passe dans la tête de gens qui croient "normal" de bénéficier des oeuvres sans les rémunérer (est-ce que ceux qui téléchargent gratos des choses qu'ils devraient payer accepteraient, eux, que leur patron leur dise "ah tiens, ce mois-ci je ne vais pas vous verser votre salaire, j'ai pas envie" ?).

Et puis ce débat est totalement déformé, simplifié, parfois même perverti, par les médias, qui pensent peut-être le rendre ainsi plus intelligible (en fait, pour dire les choses crûment, ils prennent les gens pour des cons, ça n'est pas très gentil...). Par exemple, on oublie totalement les logiciels libres, ou à l'inverse on interprète abusivement et à la va-vite une décision (celle du tribunal de Montpellier, je crois ?) qui évoquait le droit à la "copie privée" mais ne jugeait pas pour autant le cas sur le fond...

Ceux qui veulent prendre leurs désirs pour des réalités en ont évidemment déduit une "jurisprudence" totalement hors de propos assimilant tout échange sur le P2P à de la "copie privée". C'est naze, et surtout ça discrédite la réalité de la copie privée, qu'on devrait préserver à tout prix ! Au lieu de ça, on est en train avec ce genre d'erreurs grossières de fourbir les armes qui permettront bientôt aux poids lourds du business de la "culture" d'éradiquer purement et simplement de la loi les droits du public. C'est triste...

Comme personne ne peut rien y comprendre (et de fait, ces batailles juridiques ne font qu'augmenter le taux d'entropie de la loi, particulièrement quand, pour faire plaisir aux maisons de disques, on invente de petites lois particulières qui détournent ou font oublier l'esprit de la Loi, qui devrait permettre à des humains raisonnables de juger tous les cas avec bon sens), tout ce qui reste c'est une impression de boxon et d'injustice. Et cette injustice a un nom : "droit d'auteur". Du coup, qui c'est les méchants ? Les auteurs, bien sûr !

Ben ça, ça me fout les boules... ;)

A part ça, le rapport entre 2288 BD piratées et un seul euro de pénalité, je m'en fiche. Je me dis que le gars qui s'est retrouvé devant un juge pour avoir fait ça a quand même du avoir la trouille de sa vie, et que lui en tout cas, il y a peu de chances qu'il recommence. Maintenant, savoir si une décision comme celle-la aura un effet dissuasif... Est-ce que les retraits de permis de ceux qui ont grillé un feu rouge ont mis fin à toutes les infractions et à tous les accidents de bagnole ? Ca se saurait... Et puis on est en France, mine de rien.



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