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L'industrie du disque : un Etat dans l'Etat ?

De pire en pire

Voyons, qu'avons-nous ici ? En Europe, et déjà en France, des projets de lois promettent une future sauvegarde des logs de connexion dans des lieux qui pour l'instant en sont exempts, tels que les cybercafés, ou encore un allongement de la durée de cette sauvegarde. Toutes ces lois se font dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Elles...
Voyons, qu'avons-nous ici ?

En Europe, et déjà en France, des projets de lois promettent une future sauvegarde des logs de connexion dans des lieux qui pour l'instant en sont exempts, tels que les cybercafés, ou encore un allongement de la durée de cette sauvegarde. Toutes ces lois se font dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Elles n'intéressent pour autant pas seulement les gouvernements.

Eh bien oui ! Plusieurs sociétés, réunies autour de la nouvellement forgée Creative and Media Business Alliance (CMBA), ont décidé que ces lois étaient très intéressantes pour la lutte contre le piratage. Donc, nous avons d'un côté une loi créée dans le but de protéger les citoyens européens contre le terrorisme, de l'autre des sociétés qui veulent utiliser ces lois pour punir ces mêmes citoyens et de fait, leurs propres consommateurs.

Sony BMG, Disney, EMI, l'IFPI, MPA et bien entendu Universal Music sont de la partie et tentent actuellement, à travers une lettre à tous les membres du Parlement, de faire comprendre que la future loi aurait tout intérêt à posséder un amendement. Cet amendement permettrait alors à ces mêmes sociétés de poursuivre en justice toute personne reconnue coupable de piratage à partir des données sauvegardées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

N'est-ce pas là un peu trop ?

Les usagers payent déjà, en particulier en France, un nombre conséquent de taxes sur la musique, les périphériques ainsi que les médias de stockage (sans même parler de leur redondance). On parle de suppression du droit à la copie privée, la répression s'intensifie et voici maintenant que des sociétés se prennent pour des gouvernements et se proposent de faire elles-mêmes justice à partir d'informations obtenues dans la lutte contre le terrorisme. Il n'en faut plus beaucoup pour assimiler finalement un utilisateur qui télécharge le dernier Madonna sur un réseau P2P à un terroriste.

C'est à se demander où se situe le point d'équilibre entre les intérêts outranciers de ces sociétés et les envies de loisir et les droits des consommateurs. Jamais la musique, qui répond quand même du domaine culturel, n'a été aussi difficile d'accès dans un cadre légal. Mais les majors craignent par-dessus tout l'ouverture complète des vannes et la perte du contrôle total de la distribution. Nous suivrons de près les avancées de cette directive européenne, mais après tout, la demande des majors pourrait être simplement déboutée. Il suffira aux euro-députés de jeter un regard vers le ridicule de Sony BMG et de son rootkit. Heureusement, le ridicule ne tue pas...

Voilà donc une merveilleuse époque où des sociétés privées ont plus de pouvoirs que des gouvernements. La différence entre Dieu et une major ? Dieu ne se prend pas pour une major.

Source : The Register
Vincent Hermann

Rédacteur/journaliste spécialisé dans le logiciel et en particulier les systèmes d'exploitation. Ne se déplace jamais sans son épée.

Le 28 novembre 2005 à 14:31 (26 309 lectures)

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