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Firefox a 5 ans, interview de Tristan Nitot

Le renard roux souffle ses cinq bougies

Ce lundi soir avait lieu une soirée un peu spéciale au Conseil Régional d'Île-de-France : on y fêtait les 5 ans de Firefox, célèbre navigateur de la Fondation Mozilla qui ne cesse de grignoter des parts de marché à Internet Explorer, le butineur de Microsoft. À cette occasion nous avons pu interviewer Tristan Nitot, président et fondateur de Mozilla Europe depuis 2003.

Tristan Nitot, votre meilleur souvenir et le pire sur ces cinq années Firefox ?

C’est à peu près pareil à chaque fois : ce sont les nouvelles versions, qui sont à la fois un très bon souvenir et surtout un soulagement (rire). Je crois que les gens ne réalisent pas à quel point c’est difficile de sortir un logiciel ! Le stress qu’il y a à chaque release... Mais c’est un soulagement de voir les Firefox successifs sortir. La 1.0 a forcément un peu une valeur particulière. D’un autre côté, c’est bien de transpirer pour en arriver là, ne serait-ce que pour lancer FF 1.0 : partir à l’assaut des parts de marché de Microsoft avec une équipe de 12 permanents aux États-Unis et se dire : « allons-y, on va leur prendre des parts de marché en distribuant gratuitement un truc fait par la communauté ». Il fallait vraiment y croire, cela n’a pas été toujours très facile.

Avez-vous le sentiment d’avoir commis des erreurs stratégiques à un moment donné ?

Non, même s’il y a sûrement des trucs qu’on pourrait mieux faire - je ne veux pas tomber dans l’autosatisfaction. Là, on a encore moins le droit à l’erreur : Microsoft s’est réveillé, Google est entrée dans la partie. Apple, dans une moindre mesure avec un Safari pour Windows. La concurrence qu’on a souhaitée est enfin là, mais d’un autre côté cela nous laisse moins ce droit à l’erreur.

Justement, Google Chrome, vous en pensez quoi ?

Je n’ai aucun doute sur la qualité technique du produit, d’autant plus qu’il est fait par d’ancien « Mozilliens », donc je ne peux en dire du mal, effectivement. Maintenant je suis un peu déçu en termes de part de marché, déçu pour eux, compte tenu des investissements publicitaires qu’ils ont fait, du battage médiatique, de la présence en Home page (NDLR : de Google.fr), cela fait 14 mois que c’est sorti, je pensais qu’il prendrait plus que 3,5 parts de marché. Je sais qu’ils veulent les prendre à Internet Explorer, donc cela nous dérange pas plus que cela, mais quand même… je pensais qu’ils auraient plus de succès.

Quel est votre point de vue sur le Ballot Screen, fameux écran d’accueil multi-navigateur, qui est d’actualité à l’échelon européen ?

Il y a un proverbe américain qui dit que le diable est dans les détails. Je crois que c’est encore plus vrai pour ce genre de chose. C’est très bien que la commission européenne ait pris conscience que Microsoft a un avantage énorme par rapport à tous ses concurrents, qui est la distribution d’Internet Explorer avec Windows. Parce que, effectivement, on voit les parts de marché aujourd’hui de ce navigateur, ce n’est pas parce que c’est un bon produit, objectivement. Si vraiment les parts de marché dépendaient de la qualité d’un produit à 100%, aujourd’hui les navigateurs modernes auraient éradiqués Internet Explorer, et ce n’est vraiment pas le cas. On voit bien que la distribution a une influence énorme. L’autre question c’est : est-ce que la Commission européenne, ou plus généralement la régulation par un État ou un organisme, peut avoir un effet efficace ? Si je regarde ce qui a été fait par exemple avec Windows N du temps où on essayait d’avoir une version de Windows qui ne bénéficiait pas au Media Player, c’est malheureusement la démonstration que la régulation par une entité, un Etat, est très difficile à réaliser. J’espère qu’on va faire mieux cette fois-ci. A dire vrai, je n’en sais rien. Par exemple, dans le ballot screen, est-ce que c’est présenté dans une fenêtre Internet Explorer ou pas ? Est-ce que l’utilisateur peut fermer la fenêtre sans avoir pris de choix et si oui, qu’est-ce qu’il y a comme navigateur installé ? Des tas de détails de cet ordre-là… pour bien faire, il faudrait tester ce système-là sur une échelle, sur peut être quelques millions d’utilisateurs et voir, je ne sais pas, si 80% des gens choisissent Internet Explorer c’est que probablement, il y a un problème… 

tristan nitot mozilla fondation firefox cinq ans

Le marché a été aussi pollué par le phénomène de la vente liée, sur lequel l’Europe ne s’est pas encore saisie, curieusement.


Oui alors que finalement, la vente liée, c’est peut-être un problème plus simple : ce n’est pas difficile de mettre un Linux, un multiboot sur le marché…

Si l’on parle de l’avenir, que pourrait-on savoir de la future version 4 de Firefox ?

Déjà, on va sortir une version 3.6, ce qui nous occupe pas mal, ensuite il y aura la version 3.7, et ensuite la version 4 ou peut être 3.8. C’est encore trop flou, trop lointain pour se décider. Une des choses qu’on souhaite faire c’est d’upgrader le web, rendre le web aussi puissant, aussi riche, que les applications natives.

C'est-à-dire ?

On l’a vu avec Firefox 3.5, on a rajouté TraceMonkey c'est-à-dire la compilation à la volée. On a rajouté la vidéo native en Théora. Ça c’est bien et il faut continuer à aller plus loin. A terme, je vois l’intégration de la 3D avec WebGL, qui est un standard type openGL dans le naviagteur, etc. Bref, il faut s’assurer que les technologies web sont au moins d’aussi bonnes plateformes pour le développement que les technologies propriétaires type Dotnet, Flash, Silverlight ou même l’Appstore de l’iPhone, l’un des défis aujourd’hui c’est de s’assurer que ce qu’on est en train de faire au niveau du poste de travail, avec Firefox on soit aussi capable de le faire. Un autre risque aujourd’hui, c’est de se retrouver avec tout le monde qui a un iPhone, obligé de passer par un Appstore, censuré par une organisation quelle qu’elle soit. Ça, c’est très inquiétant ! On voit qu’Apple a clairement expliqué qu’elle ne souhaitait pas distribuer d’applications qui soient concurrentes de celles déjà disponibles sur iPhone. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que sur un PC on ne pourrait pas avoir de suite bureautique qui soit concurrente d’un Microsoft Office ? Ça serait fou ça ! C’est très préoccupant ce mécanisme d’App Store qui est contrôlé par une entité qui fait du matériel. C’est là qu’il faut que la plateforme web soit performante de façon à ce que les gens puissent utiliser un navigateur moderne et utiliser des applications web sans avoir à demander des autorisations, sans passer par les Fourches Caudines d’un App Store.

Merci Tristan Nitot.
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

Publiée le 10/11/2009 à 08:23

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