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Après Besson, Fréderic Lefebvre s'attaque aux sites de streaming

Le Grand Bleu II

Aidé par Luc Besson à quelques jours de l’ouverture de l’examen du projet Création et Internet, le député Frédéric Lefebvre, pourtant fin connaisseur d’internet, découvre le streaming et réclame une commission parlementaire.

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Cela n’aura pas tardé. Le député Frédéric Lefebvre vient d’écrire au président de l’Assemblée Nationale pour solliciter la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les sites de streaming. C’est une énième secousse tellurique au plan média de Luc Besson qui s’est attaqué à Free et Pierre Kosusko Morizet de Priceminister, accusés de financer ou épauler des sites pirates comme Beemotion.fr.

La lettre intégrale postée par Frédéric Lefebvre :

« Frédéric LEFEBVRE
Député des Hauts-de-Seine Paris, le 16 Février 2009
N/Ref : fl/mcs


Monsieur Bernard ACCOYER
Président de l’Assemblée Nationale
Hôtel de Lassay
Assemblée Nationale
128, rue de l’Université
75008 – PARIS –

Monsieur le Président,

Monsieur Luc Besson, dans une tribune publiée le 14 février dans le quotidien « Le Monde », alerte l’opinion publique et les autorités sur le développement de sites permettant l’accès à la diffusion en Streaming instantané de contenus protégés par le droit d’auteur, en citant en exemple Beemotion. Ce ne sont, en dehors de l’hébergeur, pas moins de cinq opérateurs économiques domiciliés en France qui concourent volontairement ou non à la rémunération de l’éditeur de ce site, qui diffuse des films récents sans en avoir acquis les droits depuis le Canada. C’est un exemple parfait de piratage industriel.

Free, l’hébergeur mis en cause vient de mettre fin à six mois d’exploitation. Les responsables du site donnent rendez-vous aux internautes pour recommencer sous une autre forme. Cet exemple n’est pas isolé. Le site « Allo Streaming », hébergé à l’étranger fonctionne lui aussi avec la complicité d’annonceurs français.

L’augmentation des débits disponibles sur les réseaux Internet rend possible la consommation de films sans avoir à utiliser les technologies dites de Peer To Peer pour les télécharger et les visualiser.

Les investissements colossaux consacrés aux développements des réseaux à haut débit sont de nature à faciliter et à augmenter très rapidement cette forme de piraterie. L’évolution rapide des technologies et des usages nous contraint à nous informer en « temps réel » sur ces points afin de pouvoir légiférer en toute connaissance de cause et d’apporter les réponses adaptées pour lutter contre une forme de délinquance dont les premières victimes sont l’intelligence et la création françaises.


Dans l’attente de votre réponse, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de mes sentiments les meilleurs. »

Complicité des annonceurs français

Le député Lefebvre joue ici sur plusieurs tableaux : il met en cause Free et Priceminister (celui-ci n’est pas cité) évoquant indirectement et par raccourci un « exemple parfait de piratage industriel » et le terme de « complicité ».

Il oublie cependant que la situation des hébergeurs est encadrée à l’échelon européen et qu’une loi, votée par les députés, encadre fermement la responsabilité de ces intermédiaires techniques. La première mission de cette commission serait ainsi de redécouvrir les grandes lignes voire mieux, les détails de ce texte en application, et sur lequel la jurisprudence abonde aujourd’hui.

Responsabilité des annonceurs

Quant à la responsabilité des autres sociétés, comme les annonceurs, on pourra relire les explications de Priceminister qui a éclairé Besson dès vendredi soir dans nos colonnes. Ou celle de la justice qui s’est déjà penchée sur ces questions à la demande du réalisateur des Choristes : la justice est prête à y répondre mais le droit pénal est juste un peu têtu et exige des preuves pour mettre en cause la responsabilité pénale d’un acteur dans une affaire de contrefaçon (voir notre actualité).

Les raccourcis empruntés par l’Hadopi pour se passer du juge ne sont pas encore généralisés à toutes les branches du droit pénal, d’où il est vrai, certaines frustrations.

L'utilité du haut débit ? Le streaming de film

Enfin, on notera le jeu d’équilibrisme du député qui n'hésite pas à se rallier à demi-mot avec la position de Vivendi selon qui la fibre optique ne sert à rien si ce n’est au piratage.

Lefebvre ne dit pas que la fibre ne sert à rien, mais que « l’augmentation des débits disponibles sur les réseaux Internet rend possible la consommation de films sans avoir à utiliser les technologies dites de Peer To Peer pour les télécharger et les visualiser », et que « les investissements colossaux consacrés aux développements des réseaux à haut débit sont de nature à faciliter et à augmenter très rapidement cette forme de piraterie ». Malgré tout, indiquons-lui que les internautes débordent justement d’idée pour faire fructifier le très haut débit. On pourra en découvrir quelques-unes dans notre Vivendithon.

Le filtrage sous le bosquet ?

Enfin, on remarquera qu’aucune solution concrète n’est apportée par le député, sauf peut-être entre ces lignes : « L’évolution rapide des technologies et des usages nous contraint à nous informer en « temps réel » sur ces points afin de pouvoir légiférer en toute connaissance de cause et d’apporter les réponses adaptées pour lutter contre une forme de délinquance dont les premières victimes sont l’intelligence et la création française ».

Des outils sont actuellement disponibles : ce sont les actions en contrefaçon qui punissent de 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende les contrefacteurs et leurs complices.

De fait, seul le filtrage semble trotter dans la tête du parlementaire puisque cette couche de protection est réclamée par les majors depuis bien longtemps. Cela tombe bien : le sujet est justement d’actualité dans la lutte contre la pédopornographie et l’industrie de la Culture n’a jamais caché son intention de suivre à la trace les progrès qui y seront réalisés. Le SNEP (Universal, etc.) l'avait dit dans nos colonnes : « la question de la pédophile un, ne m’étonne pas et deux, m’intéresse forcément parce qu’il va bien falloir que Free nous explique que, si c’est possible pour la pédophilie, c’est peut-être possible pour des contenus illégaux de musique même si je ne mets pas les deux choses en rapport ! ». (notre actualité)
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

Publiée le 17/02/2009 à 16:07

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