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Port gratuit : les libraires répondent aux clients d'Amazon

Un nouvel angle sur ce dossier

livre libreLe Syndicat de la Librairie Française a obtenu en justice la condamnation d’Amazon pour sa politique tarifaire qui consiste à offrir les frais de port gratuits lors de l’achat d’un livre sur ce site d’e-commerce. Amazon France a été condamné à 100 000 euros de dommages et intérêts, en sus d’une astreinte de 1 000 euros par jour de retard, passé le délai de 10 jours à compter de la signification du jugement.

Face à une rude contestation provenant des « amazoniaques » et autres partisans des frais de port gratuits, le SLF a décidé de rédiger la réponse que voici. « Cela engagera sans doute le débat avec les internautes les plus ouverts » nous indique le SLF qui préférerait que les internautes n’aient pas de vision manichéenne du dossier (on nous cite : « les petits libraires physiques poussiéreux contre la belle et moderne société de vente en ligne »). Au passage, le SLF nous souligne qu’il n’est en aucun cas « contre la vente en ligne, mais pour le respect de la loi par tous les vendeurs de livres, et ce, au profit de la création et de la diversité éditoriale ».

Voici la réponse aux clients d'Amazon :

« Xavier Garambois, directeur général d'Amazon, vous a adressé un courriel le 24 novembre dernier, relatif au procès qui oppose sa société au Syndicat de la Librairie Française. Au-delà du procédé qui est discutable, nous déplorons la simplicité de la présentation du dossier, simplicité qui confine à de l'instrumentalisation puisqu'elle omet, délibérément, de vous donner tous les éléments pour comprendre les enjeux.

Notre action, au-delà de l’aspect purement juridique, pose des questions plus fines sur le mode de consommation des produits culturels, sur la notion de gratuité, sur le rôle des différents acteurs dans l’intérêt de la diversité culturelle.

Pourquoi le SLF a-t-il assigné Alapage et Amazon pour la pratique de la gratuité des frais de port ?

Pour faire en sorte que ces sociétés de vente en ligne respectent la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre (dite Loi Lang). Les lecteurs ont aujourd'hui accès à une large diversité éditoriale, maintenue, promue, encouragée par le cadre légal qui a permis aux librairies de ne pas se battre sur le terrain des prix (remise maximale de 5 % quel que soit le point de vente) mais sur le terrain de la qualité des conseils, du fonds…L'impossibilité du recours au discount préserve ainsi la liberté de choix des lecteurs: la France a l'un des réseaux de librairies les plus denses au monde, le prix du livre augmente deux fois moins vite que l'inflation, les livres de diffusion lente (le fonds) ne sont pas plus chers que les autres.

Pourquoi Amazon choisit-elle de perdre autant d'argent en pratiquant les frais de port gratuits ?

Parce que ne pouvant avoir recours au discount, elle tente de contourner la loi. Parce qu'à terme, elle vise l'éviction des autres acteurs du marché du livre, en ligne ou physique, la gratuité empêchant tout modèle économique viable.

Quel est l'intérêt de ne pas avoir Amazon comme seul point de vente du livre ?
Si Amazon était, demain, le seul vendeur de livres, elle s'empresserait de revoir sa politique tarifaire aux dépens de l'internaute afin de satisfaire son actionnariat. De surcroît, elle appliquerait une politique drastique aux éditeurs (ce qu'il fait déjà avec les petits éditeurs voulant être référencés dans sa base et soumis à des conditions commerciales très dures).

Si Amazon œuvre dans l'intérêt des lecteurs, pourquoi ne propose-t-elle pas la gratuité du port sur les autres produits culturels comme le disque ?

Pourquoi Amazon n'accompagne-t-elle pas notre démarche auprès de la Poste pour obtenir des tarifs postaux préférentiels pour le livre alors qu'Alapage est pleinement d'accord avec nous sur ce point-là (pour exemple: l'acheminement d'un livre de 300 grammes coûte 5,10 euros en France, 0,85 euro en Allemagne, 0,53 euro en Espagne !) ?

Le SLF se voit conforté par les instances judiciaires et par les nombreux clients des librairies qui bénéficient chaque jour du réseau des libraires indépendants. Il va sans dire que ce débat doit avoir une large audience afin que les citoyens comprennent les enjeux autour de la loi du 10 août 1981, première loi du développement durable fragilisée par des appétits incompatibles avec une culture ouverte à tous.
»
Marc Rees

Journaliste, rédacteur en chef

Publiée le 13/12/2007 à 15:44

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