Dossier Vista : première partie
Rédigé par le 30 janvier 2006
[ Logiciel ]

Remerciement :
Nous tenons à remercier tout spécialement Guillaume Belmas, MVP Microsoft pour son soutien dans cette entreprise.

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La genèse de Vista


La genèse de Vista est longue et complexe. Le système prend racine dans plusieurs constats faits sur l’histoire de Windows. Toutes les versions de Windows se sont suivies bien que parfois sans se ressembler. Pourtant, alors que Windows 95 et XP furent tous deux présentés comme des systèmes destinés au grand public, il existe un monde d’écart entre ces deux versions.

Avec le temps, le noyau NT a montré bien plus de puissance et de robustesse que les anciens noyaux des systèmes 9x, sans même parler de la génération précédente. Pourtant, globalement, la philosophie de construction restait la même : Windows est un système monolithique, une grande colonne de fonctions et d’éléments inextricablement liés entre eux. Certains composants sont optionnels et gravitent autour de la colonne en attendant d’y être éventuellement rattachés, mais la quasi-totalité du système est solidaire. Dans cette philosophie de développement, chaque développeur écrit sa portion de code, avant de tout réunir dans une version que l’on nomme « build ».

Si d’un côté on peut parler d’une certaine cohérence du système, ce modèle a aussi de multiples défauts. Par exemple, les éléments étant liés, la faille d’un composant peut entraîner un danger pour tout le reste du système (on parle de surface d’attaque). A cause de ces mêmes liens, la maintenance peut parfois s’avérer complexe, et les mises à jour labyrinthiques.

Entre le développement actuel de Vista et ce que devait être le projet Longhorn à son origine, la différence est conséquente. En fait, la table des prévisions pour les versions de Windows faisait apparaître deux noms consécutifs : Whistler et Blackcomb. Ces deux noms de code correspondaient à des stations de ski canadiennes. Depuis, les plans ont changé.

Whistler est sorti sous le nom commercial de Windows XP, et Blackcomb représentait une coupure franche dans les technologies Windows. Ce système devait présenter notamment une interface totalement nouvelle qui devait se servir de dix années de recherches dans les laboratoires de Microsoft sur les interactions entre l’homme et la machine. Mais la trop grande coupure technologique posait un problème de taille, en particulier en regard de la compatibilité.

Trancher dans le vif lorsque l’on équipe 90% des ordinateurs dans le monde n’est pas nécessairement une chose aisée. Aussi fut-il décidé de placer entre Windows XP et Blackcomb une version intermédiaire de Windows qui serait destinée à rafraîchir de manière conséquente les technologies maison. Les prévisions sont désormais de mettre en place de nouvelles bases sur lesquelles Blackcomb, devenu récemment Vienna, pourrait prendre appui.

Le projet Longhorn lui-même a subi une histoire chaotique. Bill Gates y voyait une occasion unique de reconstruire Windows depuis la base, en restant toutefois dans une philosophie traditionnelle de Windows dans laquelle les nouveautés seraient implémentées, notamment WinFS. Il existe deux phases très distinctes dans la gestion du projet Longhorn, séparées par ce que la presse anglo-saxonne a appelé le « Longhorn Reset » : un redémarrage du projet selon des bases nouvelles et suivant une optique complètement différente.

A la vision de Bill Gates s’est opposée celle de Jim Allchin, l’une des têtes pensantes de Microsoft. Employé par le géant depuis 1990, Allchin a pratiquement toujours été rattaché à la plateforme Windows et est connu pour ne pas avoir cru en Windows XP. Il se définit lui-même comme habité constamment par certains petits démons qui lui montrent depuis des années que la plateforme Windows fonce dans un mur, car sa conception et sa philosophie étaient en décalage avec son temps.

Jim Allchin fait partie de Microsoft depuis 1990. Devant prendre sa retraite après la sortie commerciale de Longhorn, devenu Vista, Allchin décida qu’il laisserait son empreinte dans le monde en imposant en quelque sorte sa vision des choses, ou tout du moins en démontrant le bien fondé de sa réflexion. Ce qu’il considérait comme une évolution nécessaire dans l’organisation des équipes de développement, l’infrastructure de Windows ou encore les outils de développement allaient mener finalement à une réorganisation complète de la firme.

Sous l’impulsion de Jim Allchin, les développeurs ont changé leurs habitudes. Allchin souhaitait en finir avec une culture qu’il appelait « fast and loose ». Etant donnée l’ampleur du projet Longhorn, coordonner le travail de 4000 ingénieurs selon le modèle traditionnel était impossible. Aussi, on compte parmi les changements apportés une restructuration des équipes pour des échanges plus dynamiques, une importante évolution des outils de développement, de nouvelles techniques, et à l’échelle de la firme toute entière, un dépoussiérage massif destiné à sortir Microsoft de sa léthargie et de sa bureaucratie.

Allchin, entouré par deux hommes appelés à la rescousse pour donner vie à sa vision, Brian Valentine et Amitabh Srivastava, va se pencher sur ce qui semble être désormais la solution idéale : Windows doit être éclaté en composants librement interconnectables. L’idée tranche radicalement avec ce qui se fait chez Microsoft depuis le début et d’ailleurs, dans un premier temps, déplaît fortement à Bill Gates, qui n’avait pas imaginé que le système provoquerait autant de remue-ménage. Eclater le système en composants pour que ces composants puissent faire l’objet de mini projets séparés articulés autour d’un axe commun, accélérer le développement, dynamiser les échanges, repenser entièrement la conception d’un système d’exploitation : le projet est vaste.

Le projet Longhorn se transforme donc en une série de composants qui doivent finalement réunir au sein d’un même système les anciennes et nouvelles technologies. Par exemple, l’ensemble des applications disponibles actuellement sous Windows est développé pour l’environnement Win32. Mais il fallait également que les développeurs puissent se servir des nouvelles technologies réunies sous la bannière de WinFX. Le système est en quelque sorte un mélange de nouvelles technologies clairement orientées vers l’efficacité et d’anciennes souvent remises au goût du jour.



La nouvelle organisation et les nouveaux outils mis au point pendant le développement de Vista servent d’ailleurs aujourd’hui dans d’autres projets, comme celui d’Office 12 par exemple. La nouvelle organisation a d’ailleurs permis de rattraper un énorme retard sur le développement de certaines technologies associées à Vista mais qui n’en feront pas partie, comme Monad (nouveau Shell) et WinFS.

Les objectifs de Vista sont multiples. Le système doit faire table rase du passé sur une multitude de domaines, notamment la sécurité. Les systèmes Windows ont acquis une mauvaise réputation en termes de protection contre les intrusions et attaques en général. Pour ce qui est des performances, le système devrait également changer la donne avec en particulier une gestion de la mémoire entièrement repensée.

En définitive, bien que le système puisse s’accommoder de machines moyennes, Vista devrait relancer quelque peu les ventes de nouvelles machines. Nous sommes bien loin des spécifications chimériques parlant de processeur à 4GHz et de 2Go de mémoire, et pour ceux qui participent au bêta test du système, il suffit de tester la build 5270 pour s’en rendre compte.

Mais qu’à cela ne tienne, nous allons détailler un peu toute la mécanique interne de ce système dont on parle tant sans vraiment savoir ce qui se trame dans ses rouages. Bien que certaines parties du dossier puissent être ardues à comprendre et qu’il faille quelques connaissances techniques, nous avons fait en sorte de vulgariser au maximum les explications.